Les vols dans les églises : rencontre avec Lucas Verhaegen

Ce 28 août 2020, Lucas Verhaegen, responsable fédéral de la lutte contre le vol d’œuvres d’art, a reçu le CIPAR dans les locaux de la Police Fédérale à Bruxelles afin de faire le point sur les tendances en matière de vols dans les églises. Nous l’avons interrogé tant sur les auteurs des vols que sur la nature de ceux-ci ou sur les moyens de lutter contre cette criminalité.

CIPAR : Qui vole dans les églises aujourd’hui ?
L.V. :Il y a une différence entre la Flandre et la Wallonie. En Wallonie c’est en série, par exemple sur l’axe Givet-Dinant-Namur où sur un laps de temps de plus ou moins un mois, il y a quatre ou sept vols dans les églises souvent commis par des bandes organisées et spécialisées. On retrouve le même phénomène en Province du Luxembourg.
Ce sont des cambriolages assez rentables car ce sont souvent plusieurs objets d’un coup et des pièces de valeur.
CIPAR : Que vole-t-on dans les églises ?

L.V. : Ce sont principalement des statues et des objets en métal, le plus souvent orfévrés. Lorsqu’on vole des objets en métal (dans le but de revendre ce métal, ndlr), ce sont souvent des chemins de croix ou parfois des cuves baptismales. Mais ce sont des objets encombrants, donc le ratio risque-rentabilité est peu élevé.

CIPAR : Certaines matières premières, comme le cuivre, sont assez prisées si l’on en juge par le nombre de vols de câbles commis le long des voies ferrées, peut-on en dire autant des biens d’églises ?
L.V. : On constate une corrélation entre les vols dans les églises et les vols de métaux. Quand le prix des métaux est assez élevé, on va avoir une augmentation du vol des métaux sur les chantiers. Si le prix est très bas, on va voir une augmentation des vols dans les églises, on a donc affaire aux mêmes auteurs. C’est une question de rendement : si le prix du cuivre est à 10 cents, on prend beaucoup moins de risques dans une église car on se fait beaucoup plus facilement attraper sur un chantier.
CIPAR : Dans le cas des métaux, est-on face au même genre de criminalité ? Ce sont aussi des vols en série ?
L.V. : Dans le cadre des métaux, c’est beaucoup plus aléatoire car les églises sont immobiles au contraire des chantiers.

CIPAR : Eglises ouvertes ou fermées : quelles différences en termes de risques ?
L.V. : Question vols, c’est moitié-moitié : dans les églises ouvertes, ils ont beaucoup moins de temps avec le risque d’être vus, donc ils doivent réagir très vite et les pièces ciblées vont être plus petites. Le véritable danger, c’est la nuit car les voleurs ont tout le temps d’agir à l’abri des regards.
statue protégée

CIPAR : Que faire lorsqu’une fabrique dispose de pièces exceptionnelles ? Les sécuriser ? Faire réaliser une copie ?
L.V. : Faire réaliser une copie, c’est un choix qui incombe à la fabrique (avec le conseil d’experts, ndlr). Sinon il y a la solution pratique des grillages qui permettent de protéger l’œuvre. Un voleur est sensible à la vitesse, à la facilité et à l’anonymat. Si on essaie d’éliminer ces trois points, on est déjà bien avancé sur la prévention des vols. Ne fût-ce qu’un détecteur avec lumière ou l’illumination de la nef, effraient les intrus potentiels. On peut aussi freiner leur progression en dressant des obstacles, comme des barrières ou des grilles.

Le CIPAR attire l’attention sur le fait que les grilles de protection suggérées par Lucas Verhaegen ne sont qu’une solution parmi d’autres. Le CIPAR se tient à la disposition des fabriciens pour proposer d’autres systèmes de sécurisation.
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Charles Melebeck