Un trésor redécouvert : l’église Saint-Martin de Slins

Delphine Gourdon restaurant un médaillon peint

La restauration de l’église Saint-Martin de Slins vient de se terminer. Ce petit trésor de patrimoine populaire est de nouveau accessible au public. Le Conseil de fabrique est heureux du travail accompli après plusieurs années de fermeture pour des raisons de sécurité. 

Un peu d’histoire 

Située en province de Liège, l’origine de l’église actuelle (chœur et 4 premières travées) date de 1777. Cet édifice a fait l’objet de transformation au XIXe siècle par l’architecte liégeois Eugène Halkin père qui dota le bâtiment d’une travée complémentaire à l’ouest et d’une tour entre 1882 et 1883.Nef et autel SLINS

La spécificité de cet édifice néoclassique tient à la totalité de son décor intérieur peint réalisé vers les années 1925 par le peintre Pierre Brouwers. Une pierre commémorative rappelle aux visiteurs que la décoration intérieure de l’église a été financée par les paroissiens. Qualifié de peintre décorateur, Pierre Brouwers a également décoré d’autres églises des environs de Liège dont l’église Saint-Pholien, et l’église Saint-Servais. On retrouve également ses peintures dans les églises respectives de Herve, de Mortroux et de Scry. Le décor surprend par la qualité de la mise en œuvre, et par une évidente maîtrise dans l’exécution.
L’intérêt de l’ensemble tient aussi au fait qu’aucune des peintures n’a été recouverte ni retouchée d’une manière ou d’une autre.

De l’avis d’un historien de la Division du patrimoine en 2015 « si ce décor ne présente pas à priori, le caractère exceptionnel qui justifierait un classement, sa valeur patrimoniale me paraît indéniable. Il apporte une plus-value artistique à une église qui, pour le reste, ne se distingue en rien des autres églises rurales de l’époque ». Cet historien de l’art plaidait pour le maintien du décor dans son état original.

De la conscience de la valeur patrimoniale aux travaux de restauration

Depuis dix ans, les fabriciens avaient décidé de constituer un fond en vue de la remise en peinture de leur église. Au moment d’envisager les travaux, des membres de la Commission vicariale d’art sacré se sont rendus sur place et tout en constatant la qualité des décors, ont attiré l’attention des fabriciens sur un affaissement visible de la voûte à hauteur du chœur. Il a été recommandé de faire procéder préalablement à un état sanitaire de l’église et de choisir un architecte tant pour l’état sanitaire que pour le suivi des travaux de remise en peinture.

Le rapport a conclu à l’existence de problèmes structurels liés à des défauts de conception des éléments de charpente et des problèmes de parements extérieurs.
Les constatations d’affaissements étant objectivées, il était urgent de procéder préalablement au renforcement de la voûte avant tout travail de remise en peinture des plafonds.
La fabrique ayant déjà obtenu des subsides pour la réfection de la tour dont certains éléments se détachaient, il semblait très difficile d’obtenir dans l’immédiat des subsides pour les travaux à la voûte. Que faire dès lors ? Fermer l’église en raison du danger ? Procéder aux travaux de réfection et de solidification de la voûte ? C’est finalement cette solution qui a été choisie.

A titre exceptionnel, la fabrique a été autorisée à réaliser la vente de terres. Le conseil de fabrique partiellement renouvelé s’est mis à la tâche avec détermination et enthousiasme, guidé et soutenu par son architecte Madame Valérie Fellin. Le renforcement de la voûte et la restauration du plafonnage et de ses ornements en staff nécessitant le placement d’un échafaudage dans toute la nef, le conseil de fabrique a pris la décision de profiter de celui-ci pour refaire la peinture de la voûte. L’option de la restauration à l’identique a été prise. Les artisans ont été choisis scrupuleusement sur base de leurs réalisations dans des chantiers similaires. Le résultat est exceptionnel et j’ai eu l’occasion de pouvoir admirer de près les artistes et le travail de précision réalisé, grâce à l’échafaudage. Quel bonheur, quelle émotion !
Dans la foulée le conseil de fabrique a décidé de restaurer l’autel majeur provenant de l’ancienne cathédrale Saint Lambert. Le grand soleil avec l’œil de Dieu, tombé derrière l’autel, a été retrouvé, restauré et replacé.
Après plus d’une année de fermeture pour des raisons de sécurité, l’église Saint-Martin de Slins va bientôt rouvrir ses portes.

Médaillon restauré dans l'église de SlinsCette réalisation peut convaincre d’autres fabriques que la restauration à l’identique d’un bâtiment non classé n’est pas une démarche obsolète et qu’une église dans son décor 1925 peut être une église du XXIe siècle.
Parmi les artistes acteurs de la restauration je me permets de citer : Delphine Gourdon pour les médaillons, Caroline Pholien pour la reconstitution des pochoirs, Carole et Christiane Brenu pour le traitement à la feuille d’or, Lambert Lahaye pour la remise en peinture générale, l’entreprise GESSO pour la restauration des voûtes, Sébastien Pirghaye pour la consolidation de l’autel majeur et la reconstruction du soleil et des pots à feu. Leur enthousiasme et leur cohésion dans le travail ont permis l’exécution du travail en un temps record.
Le chantier n’est pas terminé, il reste encore beaucoup à faire : la consolidation des fondations, le rejointoyage et l’isolation des murs extérieurs et restauration des peintures de la nef et du chœur.
Toute l’équipe de la fabrique, l’architecte, les artisans d’art, les bonnes volontés ayant participé à ce chantier méritent les félicitations et l’encouragement via le financement des travaux ultérieurs par les pouvoirs publics.

 

Isabelle Leclercq – Directeur- Service du
temporel Evêché de Liège