Pâques : Christ est ressuscité !

Resurrection Piero della Francesca

La Résurrection à travers l’oeuvre de Piero della Francesca.

La Résurrection de Sansepolcro est une des œuvres majeures de Piero della Francesca. Le peintre la réalisa entre 1463 et 1465 pour sa ville natale de Sansepolcro située aux confins de la Toscane, de l’Ombrie et des Marches. Elle a été conçue pour la sala magna de la residenzia où le Conseil de la ville tenait ses réunions et se trouve toujours à son emplacement d’origine, le palais ayant été depuis lors transformé en musée. Selon une légende locale, la ville de Sansepolcro doit sa fondation à la présence d’une relique du Saint-Sépulcre. Deux pèlerins l’auraient ramenée de Jérusalem au IXe siècle. Le thème de la résurrection était donc particulièrement important dans cette petite ville.

Resurrection Piero della Francesca
Piero DELLA FRANCESCA, Résurrection, 1463, Museo Civico de Sansepolcro, Toscane, Italie

L’œuvre nous montre le Christ triomphant de la mort, à l’aube du troisième jour, alors qu’il sort du tombeau où son corps avait été déposé. Il tient à la main la bannière triomphale portant la croix et qui deviendra l’étendard des croisés. Il porte une toge impériale dont le rose assez vif contraste avec l’arrière-plan sombre. Le vêtement dégage largement l’épaule droite et laisse bien visibles les plaies de son martyre. La pénombre matinale s’efface aux premières lueurs qui apparaissent derrière l’horizon. La lumière – celle de l’aurore et celle du Christ de la résurrection – va vaincre les ténèbres.

La composition est campée sur trois plans. A l’avant, les soldats gardiens du tombeau paraissent endormis. Ils n’ont pas remarqué l’évènement extraordinaire qui s’est passé. Comme si le temps de l’homme s’arrêtait et commençait le temps de Dieu. Le personnage assoupi sur le bord du sarcophage, devant la hampe du drapeau du Christ est considéré comme un autoportrait du peintre.
Le Christ est placé au second plan qui constitue le centre de la perspective. Les plaies de son flanc et de ses mains sont bien mises en évidence. L’attitude du Christ, campé de face, est assez froide et autoritaire comme c’est souvent le cas avec Piero. Cela accentue la solennité du personnage. Son regard est immobile, son visage impassible. L’attitude du Sauveur est à la fois mystérieuse, figée et hiératique. Le silence dans lequel baigne la scène donne au Christ une dimension d’éternité qui transcende son humanité soulignée par le traitement réaliste et sculptural du corps.

A l’arrière-plan un panorama planté d’arbres morts à la droite du Christ et de feuillus à sa gauche. Symboliquement, le paysage nous montre le passage de l’hiver au printemps, le Christ est donc bien un passage de la mort à la vie.
Piero s’appuie sur une structure mathématique rigoureuse pour donner une image parfaite de la réalité naturelle. Mais il va plus loin que le simple rendu de la réalité. Avec des personnages solennels et impassibles, avec l’utilisation de couleurs claires, tendres et lumineuses, il parvient à rendre sensible l’origine divine de la création. A des personnages solidement ancrés dans le réel, il donne une dimension d’éternité. Piero opère une merveilleuse synthèse entre formes, couleurs et lumière qui permet, au travers d’une humanité assumée, de percevoir le divin.

Christian Pacco