L’Apocalypse et le Temps Pascal

Apocalyspe Manuscrit Namur 14e siècle

Le dernier livre du Nouveau Testament (fin du 1er s.) qui s’ouvre par ces mots « Apocalypse (révélation) de Jésus-Christ » (Ap. 1, 1), témoigne de la vision de Jean sur l’île de Patmos. À travers une riche symbolique, souvent déconcertante, est présentée la dramatique du salut qui traverse toute l’histoire humaine. La victoire du Christ sur le mal et la mort est source d’espérance pour les chrétiens aux prises avec la persécution. Le récit culmine dans la vision de la Jérusalem nouvelle (Ap. 21 et 22), la ville que Dieu destine à la multitude des sauvés.

L’Apocalypse au temps de Pâques

Apocalypse du manuscrit de NamurOn comprend que la liturgie fasse une place privilégiée à l’Apocalypse les dimanches du temps pascal qui célèbrent la résurrection du Christ. Notamment dans les deuxièmes lectures de la messe (2e au 7e dim., Année C, 2019). On en trouve aussi d’abondants extraits dans l’Office des lectures. Les fêtes de l’Assomption et de la Toussaint également lui font place dans la célébration eucharistique. L’Apocalypse a inspiré les artistes qui ont traduit en images les réalités foisonnantes évoquées par le livre, notamment dans les miniatures des manuscrits médiévaux. C’est le cas pour l’Apocalypse de la Bibliothèque du Séminaire de Namur (vers 1320-1330), sans doute réalisée en Normandie, qui comporte 85 miniatures .

La liturgie de la Nuit de Pâques commence par la bénédiction du feu nouveau. Les paroles prononcées sur le cierge pascal font écho à Ap. 1, 8 où Dieu est présenté comme l’Alpha et l’Omega. A Pâques, c’est au Christ, confessé comme Fils de Dieu, que sont reconnus ces mêmes attributs :

Le Christ, hier et aujourd’hui
commencement et fin de toutes choses,
Alpha et Oméga ;
À lui le temps et l’éternité,
à lui la gloire et la puissance
pour les siècles sans fin.
Amen.

L’Agneau, immolé et vivant

Le Christ de l’Apocalypse est l’« Agneau debout, immolé ». L’image conjugue à la fois les événements de la Passion et de la Résurrection. S’inspirant du Serviteur souffrant annoncé par le prophète Isaïe (Is. 52-53), Jean-Baptiste avait dit de Jésus : « Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » (Jn 1, 29). L’eucharistie prévoit le chant de l’Agnus Dei au moment de la fraction du pain consacré. Avant de présenter la communion aux fidèles, le célébrant redit ces paroles : « Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde ».

La Jérusalem nouvelle

Le livre de l’Apocalypse évoque la chute de Babylone, la fin des épreuves et la victoire finale du Messie : « Le salut, la gloire et la puissance à notre Dieu. Ils sont vrais, ils sont justes ses jugements… Soyons dans la joie, exultons et rendons gloire à Dieu ! Car elles sont venues, les noces de l’Agneau, et pour lui son épouse a revêtu sa parure » (Ap. 19, 7).
L’eucharistie célèbre la victoire du Messie par cette béatitude adressée aux communiants : « Heureux les invités au repas des noces de l’Agneau » (Ap. 19, 9).

Un « Ciel nouveau » et une « Terre nouvelle » apparurent (Ap. 21, 1), puis un « fleuve resplendissant comme du cristal, jaillit du Trône de Dieu et de l’Agneau » (Ap. 22, 1), et entre les bras du fleuve « un arbre de vie qui donne des fruits » douze fois l’an.

La Ville sainte, la « Jérusalem nouvelle … descendait du ciel, d’auprès de Dieu, prête pour les noces, comme une épouse parée pour son mari ». « Voici la demeure de Dieu avec les hommes ; il demeurera avec eux, et ils seront ses peuples, et lui-même, Dieu avec eux, sera leur Dieu » (Ap. 21, 2-3). La Ville avait l’éclat d’une pierre précieuse ; elle avait une grande muraille avec douze portes. « La muraille de la ville reposait sur douze fondations, portant les douze noms des Douze Apôtres de l’Agneau » (Ap. 21, 14).

Liturgie terrestre et liturgie céleste

Comme le dit le concile Vatican II : « Dans la liturgie terrestre, nous participons, en y goûtant par avance, à cette liturgie céleste qui est célébrée dans la sainte cité de Jérusalem vers laquelle nous tendons dans notre pèlerinage… » (Sacrosanctum Concilium, n° 8).

André Haquin

Apocalyspe Manuscrit Namur 14e siècle

Bibliographie: 

Joël ROCHETTE, Lueurs et tremblements. Un commentaire de l’Apocalypse de Jean illustré par le Manuscrit de Namur (XIVe siècle), Namur, Editions Fidélité, 2016, 368 p. (Le volume donne la traduction intégrale du texte latin (Vulgate) du Manuscrit et en reproduit les 85 miniatures).

Joël ROCHETTE et Dominique LAMBERT (éd.), Lueurs d’Apocalypse. Imaginaire et recherches autour du Manuscrit de Namur (XIVe siècle). Actes du colloque organisé par le Grand Séminaire de Namur les 19 et 20 février 2016, Namur, Editions Fidélité-Lessius, 223 p. (voir dans la même publication André HAQUIN, L’Apocalypse dans la liturgie de Vatican II (p. 149-160) et Christian PACCO, Héritages iconographiques de l’Apocalypse (p. 137-147)).