Ouverture du buste-reliquaire de saint Perpète à la collégiale de Dinant

coffret contenant les reliques

Ce lundi 30 septembre, quelques paroissiens curieux ont pu assister à un évènement inhabituel à la collégiale Notre-Dame de Dinant : l’ouverture du buste reliquaire de saint Perpète. Une équipe de chercheurs de l’université de Liège emmené par le doctorant Guillaume Wymmerch et son professeur Florence Close mène actuellement un travail sur l’évangélisation du bassin mosan à l’époque carolingienne. Elle souhaitait vérifier et analyser les reliques d’un personnage mal connu de l’histoire dinantaise.

La christianisation du pays mosan

Buste de saint PerpèteLe VIIe siècle que l’on a appelé le siècle des saints, a connu une intense activité missionnaire dans le nord de l’Europe, sous l’impulsion d’évêques ou de membres de l’aristocratie. Certains sont bien connus comme les saints Lambert et Hubert, évêques de Liège, ou encore les religieuses Gertrude ou Begge, fondatrices des abbayes de Nivelles ou Andenne. Citons également saint Bavon, à Gand, sainte Waudru à Mons ou encore saint Feuillen à Fosses-la-Ville. D’autres le sont moins, c’est le cas de saint Perpète.

Que sait-on de saint Perpète ?

Selon la tradition, Perpète fut évêque de Tongres-Maastricht au début du VIIe siècle. Il affectionnait particulièrement Dinant où il est peut-être né et où il faisait de fréquents séjours. Il y fonda un sanctuaire dédié à saint Vincent. C’est dans cette ville qu’il décède le 4 novembre 617, en odeur de sainteté. Selon sa volonté, son corps est déposé dans l’église Saint-Vincent. Quelques temps plus tard, les dinantais constatent que de son tombeau s’écoule une huile au parfum exquis. Ce précieux liquide s’avère miraculeux, de nombreux miracles sont rapportés. C’est le début d’un culte qui va aller croissant.

Saint Perpète n’est mentionné dans les textes qu’à partir du Xe siècle où il est cité comme évêque de Liège. Et ce n’est qu’en 1250 que Gilles d’Orval nous donne les premiers éléments biographiques. Ce récit va s’enrichir progressivement d’éléments miraculeux pour aboutir à la publication, en 1601, de la première Vie de saint Perpète avec la description de la ville de Dinant. Compte tenu de leur époque tardive, ces textes sont bien entendu à prendre avec précaution. Mais alors qu’on ne sait rien de sa vie, saint Perpète devient le patron de la cité mosane.

Les reliques à la collégiale

Aux alentours du Xe siècle, le corps de saint Perpète est transféré dans l’ancienne collégiale dédiée à Notre-Dame. Les reliques sont alors réparties dans trois coffrets d’orfèvrerie : la tête dans un buste, le corps dans une châsse et un bras dans un reliquaire en forme d’avant-bras. Ces pièces ne nous sont connues qu’à partir du XVe siècle alors qu’elles vont vivre bien des tribulations.
Lors de la destruction de la ville de Dinant en 1466 par Philippe le Bon et Charles le Téméraire, les vainqueurs se partagent le butin. Le duc bourguignon confia la châsse à l’église de Bouvignes qui faisait partie de ses états.
En 1472, Charles le Téméraire autorise les dinantais à restaurer leur église et à récupérer les reliques de leur saint patron. Les Bouvignois restituent le précieux coffret en 1476, mais ce n’est qu’en 1496 que le chef-reliquaire est rendu à la cité mosane.

Le buste-reliquaire

En 1671, le buste médiéval est remplacé par un nouveau en argent battu réalisé par l’orfèvre athois Philippe Le Noir. La période révolutionnaire fut dramatique pour le patrimoine de la collégiale. En 1793, pensant le mettre à l’abri des soldats français, les chanoines dinantais expédient leur trésor outre Rhin. La châsse et d’autres argenteries partent en exil. Mais, lorsqu’il s’agit de les récupérer, quelques années plus tard, plus moyen de les localiser.
Par contre, le buste fut sauvé de la tourmente. Prévoyant le pire, deux ouvrier communaux, les frères Charlot, subtilisèrent le précieux reliquaire et le cachèrent dans une cave de leur maison. Quatre ans plus tard, le calme revenu, l’objet est restitué en grande pompe à la collégiale.

Jusqu’il y a quelques décennies, le buste du saint patron participait annuellement à deux grandes processions, lors de la Fête-Dieu et le 15 août. En reconnaissance des mérites des frères Charlot, l’honneur de porter le précieux reliquaire était réservé aux descendants de leur famille. Ils sont encore nombreux à Dinant dans les familles Charlot, Henroteaux, Piret, Monard ou Colin. Cette tradition s’est éteinte vers 1960. Le buste ne sort plus de son coffre.
Depuis 2012, le buste est à nouveau visible du public. L’imposante pièce d’argent est placée dans une vitrine blindée et s’offre à la curiosité des visiteurs.

Procession de saint Perpète
Procession de la Fête-Dieu à Dinant, juin 1934. Coll. Fabrique d’église Collégiale de Dinant.

L’ouverture du reliquaire

L’ouverture d’un reliquaire est soumise à une procédure canonique. Elle requiert la présence de l’évêque et la rédaction d’un procès-verbal. En pratique, face au grand nombre de reliques dont l’authenticité est loin d’être avérée, l’autorisation épiscopale n’est plus sollicitée, sauf s’il s’agit de reliques qui conservent une importance historique ou cultuelle majeure et reconnue. C’est le cas de celle du patron de la cité mosane. Si les reliques de saints médiévaux ont perdu depuis longtemps leurs vertus protectrices ou thérapeutiques, elles conservent un statut d’emblème historique et identitaire qui justifie un certain respect.

Pour présider à l’opération, Mgr Warin avait mandaté le doyen de la collégiale, l’abbé Philippe Goffinet. Il était entouré de membres de la fabrique d’église, d’échevins, de représentants de l’IRPA, une anthropologue de l’ULB, le tout sous la direction des universitaires liégeois. Après quelques moments d’observation, il est apparu que la mitre se détachait de la tête en dévissant quatre vis masquées sous des verroteries décoratives. La relique se trouvait dans une boite cylindrique précieusement emballée dans un fin voile cousu de fils dorés. Il s’agit d’une calotte crânienne qui a été remise à l’IRPA pour datation au carbone 14 et autres analyses. Elle sera replacée dans le buste dans quelques semaines.

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Christian Pacco