La cathédrale Notre-Dame de Paris : une publication éclairante

Victime d’un grave incendie – destruction de la flèche, de la charpente médiévale et de la toiture – le lundi 15 avril 2019, au début de la Semaine sainte, la cathédrale Notre-Dame de Paris est au début d’une profonde restauration. Tous les offices liturgiques ont été transférés à l’église Saint-Germain-l’Auxerrois, proche du Musée du Louvre. Un an après les faits, explorons cet édifice à travers une des publications issue de la collection La grâce des cathédrales

A l’occasion de l’incendie, un poème à Notre-Dame de Paris, posté par un inconnu, dit ceci : « Tu n’étais qu’une dame mais tu étais la nôtre… Tu n’es qu’une dame mais la plus haute. Madame, je vous prie de rester Nôtre ».

La grâce d'une cathédrale_Notre-Dame-de-Paris_Page de couvertureEn 2013, la cathédrale Notre-Dame avait fêté ses 850 années d’existence (1163-2013). Le volume qui lui a été consacré à cette occasion s’inscrit dans la collection La grâce des cathédrales qui compte aujourd’hui 27 numéros dont le premier a été consacré à la cathédrale de Strasbourg (2007).

La façade occidentale
L’intérieur de l’édifice à cinq nefs frappe par sa verticalité et ses proportions harmonieuses. Ce « style parisien » des 12e-13e siècles, novateur au plan technique et esthétique, fera école dans bien d’autres églises gothiques. La façade occidentale qui accueille les visiteurs est un modèle d’équilibre : « une combinaison quasi-miraculeuse entre la force et la légèreté » (J. Le Goff). Les historiens ont observé que cette façade s’inscrit dans un carré, symbole des réalités terrestres, tandis que le cercle de la grande rosace est l’image des réalités célestes. Le portail central présente le Christ du jugement dernier, entouré du portail dit de Sainte Anne (en fait de la Vierge en majesté) et du Couronnement de la Vierge Marie. Au-dessus des portails, on trouve la Galerie des rois, surmontée de la grande rosace et de la Vierge à l’Enfant entourée d’anges. Plus haut encore, une dentelle de pierre laisse apparaître le bleu du ciel. Le parvis a une hauteur de 43 m et une largeur de 41 m. L’église jusqu’au sommet des deux tours fait 69 m de haut.

La construction de Notre-Dame
Divers édifices se sont succédés à l’emplacement actuel de la cathédrale, du IVe au XIIe siècle, églises paléo-chrétienne, mérovingienne, carolingienne, puis romane et gothique. Le vaste édifice actuel est fait d’une pierre calcaire blanche, extraite dans la région proche de Paris et acheminée par voie d’eau. Le chœur et la nef centrale, les tribunes et les arcades sont du XIIe siècle. Les abords de l’église ont accueilli le cloître et les maisons des chanoines ainsi que diverses églises, le palais épiscopal et l’Hôtel-Dieu. Au XVIIIe siècle, le chœur sera modifié dans l’esprit baroque, et abritera le Vœu de Louis XIII : on y trouve la Pietà de l’artiste versaillais Nicolas Cotou (1713). Elle s’éclaire aujourd’hui par la grande croix de bois doré qui lui est adossée. De part et d’autre, les statues de Louis XIII et Louis XIV agenouillés.

                                       

Les restaurations d’Eugène Viollet-le-Duc
Après la Révolution française, l’église a été rendue au culte (1802). D’importantes restaurations ont été confiées aux architectes Viollet-le-Duc et Lassus. Malgré certaines réserves qu’on peut émettre à leur égard – ils voulaient restaurer la cathédrale selon le « pur gothique » du XIIIe siècle – ces architectes ont sauvé le bâtiment défiguré et lui ont redonné vie. Qu’on pense par exemple à la Galerie des rois. Démontées par les Révolutionnaires, les 27 statues du XIIIe siècle, hautes de 3,50 m, ont été fracassées et décapitées, puis abandonnées. On dit qu’ils les avaient prises pour des statues représentant les rois de France, alors qu’il s’agissait des rois de Juda et d’Israël, les ancêtres du Christ. En 1977, 22 des 27 têtes de pierre ont été retrouvées dans le sous-sol parisien de la Banque française du commerce extérieur. Elles sont aujourd’hui visibles au Musée des Thermes, jouxtant le Musée de Cluny.

Couronne d'épines_Notre-Dame de Paris
© DR (Le Point)

L’intérieur de la cathédrale et la Couronne d’épines
La clôture du chœur a été achevée en 1350. Les stalles sont du XVIIIe siècle. On trouve 14 chapelles réparties entre le côté Nord et le côté Sud, sans compter les 9 autres qui entourent l’abside. A voir aussi les vitraux du Moyen Âge, en particulier ceux des rosaces, ainsi que des verrières modernes des XIXe et XXe siècles.

La plus précieuse des reliques de la Passion que possède la cathédrale est la Couronne d’épines pour laquelle le roi saint Louis a fait édifier la Sainte-Chapelle toute proche (1248). Insérée dans un anneau de cristal, la couronne est venue de Jérusalem à Constantinople. L’empereur latin de Constantinople, Baudouin II de Courtenay, manquant d’argent, a dû s’en séparer (1238) et l’a vendue à un Vénitien. Apprenant cela, Louis IX charge un émissaire de surenchérir par une somme considérable. Paris accueille la relique avec ferveur. Louis IX a participé à la 7e Croisade (1248-1254). Il meurt de la peste à Tunis (1270) lors de la 8e Croisade. À la Révolution, la couronne est confiée à l’abbaye de Saint-Denis. Depuis 1804, elle est conservée et vénérée à la cathédrale.

La vie de la cathédrale au cours des siècles
Le volume se termine par l’évocation de l’activité au cours des siècles des évêques et chanoines, des musiciens, et du peuple chrétien. Les chanoines étaient notamment responsables de l’enseignement des écoles et de diverses œuvres comme les hôpitaux. On rappelle également que le rite liturgique parisien du XVIIIe siècle a été adopté par la moitié des diocèses français, puis supplanté par le rite romain à l’époque ultramontaine (1849). Au plan de la musique vocale, aux XIIe et XIIIe siècles, Léonin (1159-1210), Maître de chant, et son successeur Pérotin (1160-1230), tous deux fondateurs de l’ « Ecole Notre-Dame », ont inventé l’organum, sorte de vocalise à plusieurs voix qui doublait la musique grégorienne. Ce fut le début en Europe du chant polyphonique. A l’occasion du 850e anniversaire de la Cathédrale, huit nouvelles cloches sont venues enrichir le patrimoine campanaire de l’édifice.

Cette année, le 10 avril, jour du Vendredi saint, en pleine période de confinement contre le Covid-19, alors que les victimes de la pandémie et les morts se multiplient en Europe et dans le monde, l’archevêque de Paris, Michel Aupetit, vient avec quelques officiants et quelques artistes pour un moment de méditation et de vénération de la couronne d’épines, dans une chapelle du déambulatoire. Les artistes sont en combinaison blanche et en bottes, car la décontamination au plomb n’est pas achevée. Entre plusieurs extraits de sonates de J.-S. Bach, interprétées par le violoniste Renaud Capuçon, les comédiens Philippe Torreton et Judith Chemla ont lu des textes de Paul Claudel, Marie Noël, Francis Jammes, et Mère Teresa. Une manière de rappeler le 1er anniversaire de l’incendie et de soutenir le courage de toutes les victimes de l’épidémie et de ceux qui leur viennent en aide.

Bibliographie
La grâce d’une cathédrale. Notre-Dame de Paris. Sous la direction du cardinal André Vingt-Trois. Coordination générale : Patrick Jacquin. Direction scientifique : D. Sandron, J.-P. Cartier et G. Pelletier, Strasbourg/Paris, La Nuée Bleue/Place des Victoires, 2012, 501 p.

Envie d’en savoir plus ?
Le chantier de la restauration de la cathédrale a repris et à cette occasion, nous vous présentons une petite sélection de références utiles pour en savoir davantage :

Communiqué de presse du Ministère de la Culture

L’assocition française « Restaurons Notre-Dame » se dote d’une commission de coopération technique scientifique & universitaire

 

André Haquin