L’orgue de Mortroux chante à nouveau

Orgue Mortroux

L’église de Mortroux, construite en 1782 à l’emplacement d’un édifice du XIIIe siècle, abrite un orgue exceptionnel. Son histoire, sa restauration, sa musicalité en témoignent unanimement aujourd’hui.

Orgue Mortroux

Pour accueillir l’instrument dans un cadre agréable, l’église a été repeinte et l’éclairage renouvelé. L’orgue peut à nouveau chanter dans l’église Sainte-Lucie grâce à la restauration et au savoir-faire de la Manufacture d’Orgues Thomas de Stavelot.
L’instrument provient d’une abbaye liégeoise, l’abbaye de Beaurepart devenue depuis l’église du séminaire de Liège.

Les deux toiles peintes de part et d’autre du buffet sont de dimensions importantes (+/-118/356cm chacune). En grisaille et peintes à l’huile, elles sont attribuées par P.Y. Kairis (IRPA) à Jean Latour (Liège 1719 – Moislains 1782).
La restauration des deux peintures est due au talent de l’atelier d’Emmanuelle Job.

Cet orgue, bien qu’historique, est réellement un instrument propulsé dans l’avenir. Tous les facteurs d’orgues qui ont façonné son existence, sont des artistes, certains maladroits d’autres géniaux.

L’orgue compte deux claviers de 56 notes, 10 jeux au positif, 12 au Grand-Orgue et 3 au pédalier.

Cette restauration reflète quatre siècles de facture d’orgues liégeoise. La « cohabitation » des différentes interventions subies au cours du temps a donné un instrument d’une homogénéité exceptionnelle. C’est une symbiose parfaite entre l’histoire et notre XXIe siècle.

Le couronnement de la restauration de l’orgue en 2015 est marqué par la fin des travaux (mars 2020) de la restauration de la balustrade par Pascale Wéry et Marianne De Wil.

La balustrade est un ouvrage élégant sans doute du XVIIIe siècle, composé de panneaux convexes et plans sculptés en claire-voie, avec des motifs de rinceaux, de rubans et d’acanthes entourant un monogramme et d’autres formes (croix, pot à feu…).

Des réparations étaient nécessaires et l’application d’une dorure sur les panneaux ajourés permet de révéler le savoir-faire des artisans des siècles passés, mais également des artistes qui œuvrent aujourd’hui à la sauvegarde de notre patrimoine.

La Fondation Roi Baudouin et la Fondation Forgeur ont contribué à la réussite de cet ouvrage d’exception.

Patrick Wilwerth
Auteur de projet

 

Le traitement des volets, représentant sainte Cécile de Rome entourée d’anges musicien, avait pour principal but de stabiliser l’état de conservation de la couche picturale (peinture à l’huile) et de consolider le support de toile. C’était essentiellement les dimensions des deux toiles qui rendaient les opérations de manipulation et d’interventions difficiles, d’autant que nous avions décidé de conserver les châssis anciens très lourds.

Le dévernissage a montré la présence de deux vernis. Le premier vernis peu homogène et plus récent a pu être dégagé à l’aide d’un solvant polaire monté en gel. Nous avons utilisé un gel pour limiter la pénétration du solvant dans une toile très absorbante ainsi que les actions mécaniques répétées sur la couche picturale.

Le deuxième verni,s un vernis plus ancien (restes de vernis huileux ou résineux) était quant à lui plus homogène et peu jauni. Il présentait une solubilité différente par rapport au vernis superficiel. Nous avons décidé de le conserver car il était peu gênant pour la bonne lecture de l’image.

Après une dépose difficile des toiles  (les toiles étaient tendues à l’aide de quelques 500 clous en fer forgé ou plus récents, parfois bien enfoncés par la face) les châssis ont été traités par Jean-Albert Glatigny qui a également procédé à la pose de lattes d’écartement sur le pourtour des châssis, au collage des fentes, à des incrustations des manques et aux bouchages des accidents. En parallèle, les supports de toile ont été consolidés par la mise en place de renforts (films Beva 371© + hollytex©) au niveau des bords de tension originaux fragilisés par les clous rouillés et ensuite par l’application de bords de tension (toile de lin) pour assurer une meilleure remise en tension des toiles sur les châssis traités.

Le masticage et la retouche ont pu ensuite être réalisés. Il s’agissait d’une retouche classique à l’aquarelle suivie d’une retouche aux Gamblin Colors®. Le traitement s’est terminé dans le courant de l’année 2013. Le projet a également demandé la collaboration de Kerstin Stickelmann, conservatrice-restauratrice indépendante.

Emmanuelle Job

 

Je reste à votre disposition, Emmanuelle

Liste des facteurs d’orgues qui ont travaillé sur l’instrument Date des interventions connues
À Liège Construction non attribuée début XVIIe
Henri MÜSELER ca 1715-1777 1774, 1776, 1777
François Joseph CRALLE 1744-1824
Guillaume ROBUSTELLY +/- (1718 à 1725) – 1793
Joseph COLIN 1743-1806
À Mortroux Date de l’achat 1809
Joseph BINVIGNAT 1755- 1837  Remontage 1810
Dieudonné-J. COMBLAIN 1794- 1855 1827
PEEREBOOM & LEYSER 1828-1903 1861
Simon BOECKX 1906-1951 1926
Manufacture d’orgues SCHUMACHER :

démontage et entreposage

1992
Manufacture d’orgues THOMAS :

restauration. Auteur de projet : Patrick WILWERTH

2011
Restauration de la balustrade de l’orgue

Pascale Wéry et Marianne De Wil.

2020