Le patrimoine textile mis à l’honneur en 2021 à Tournai

Cet automne, sont mis en lumière les trésors textiles de la cathédrale de Tournai. Deux expositions, un défilé inédit, ainsi qu’une publication et une journée d’étude sont ou seront prochainement dédiées à ce patrimoine exceptionnel. 

Exposition : Habiller le culte

La première des deux expositions, « Habiller le culte. Les fastes du textile de la cathédrale de Tournai », est accessible au Musée de la Tapisserie et des Arts Textiles (TAMAT) jusqu’au 28 novembre 2021. Elle rassemble des textiles liturgiques exceptionnels datant du 18e siècle et identifiés par un groupe de chercheurs comme issus de l’atelier de brodeurs Dormal-Ponce, actif à Ath au 18e siècle.

Cette exposition est d’abord le récit d’une découverte, celle d’un atelier de brodeurs dont l’histoire avait oublié le nom, caché derrière celui des hommes ou des institutions qui en avaient commandé les œuvres, abbayes ou chapitres de chanoines. Virtuosité d’exécution, luxe des matériaux et inventivité du dessin sont les labels de qualité de cet atelier de « haute-couture » travaillant pour le clergé, et dont les œuvres ont traversé les épreuves du temps pour délivrer dans cette exposition quelques facettes de leur histoire.

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Photo © TAMAT

Les pièces rassemblées dans cette exposition nous parlent aussi de la beauté et de la magnificence au sein du rite. Forçant l’admiration, ces vêtements constituent le paroxysme d’une esthétique toute baroque, teintée d’une élégance à la française, à une époque où faste et liturgie faisaient bon ménage. Dans la littérature de l’époque, ce faste est tour à tour compris ou justifié comme louange à Dieu, comme reflet des beautés célestes ou de la piété individuelle, comme image du rang et du pouvoir ou comme chemin d’accès vers le spirituel. Toujours est-il que cette magnificence joue un rôle essentiel dans l’expérience sensible de la célébration au sein de la liturgie post-tridentine, agissant sur les sens et sur la perception des gestes, des paroles, du temps et de l’espace qui leur étaient intimement liés, dans une articulation entre le matériel et le sensible d’une part et le spirituel et le symbolique d’autre part.

C’est que ces œuvres sont beaucoup plus que de « beaux » vêtements forçant l’admiration. Ils sont aussi des objets utilitaires répondant à une fonction précise au sein du culte. Tout comme le prêtre revêtu de la chasuble peut assurer le rôle d’intermédiaire entre la terre et le ciel, le culte a besoin d’habits pour fonctionner. À côté de la panoplie des objets utilisés au cours de la messe (calice, ciboire, encensoir, etc.), les textiles constituent l’« équipement » nécessaire au bon déroulement des célébrations. C’est pour cette raison que les objets du culte ont reçu, dès le Moyen Âge, le nom d’ornementa sacra, le terme ornement désignant alors ce qui sert au bon fonctionnement d’une chose, tout le contraire du superflu auquel on a tendance à attacher ce mot aujourd’hui. 

On touche là au paradoxe de ces objets aujourd’hui : ornements cultuels en usage aux Temps modernes, la plupart d’entre eux ont perdu leur caractère « sacré » au profit d’une mise en valeur de leurs dimensions esthétique, matérielle et historique. Ils sont devenus des objets culturels. Or, comme le montre cette exposition, c’est bien au croisement de leurs fonctions utilitaires, esthétiques et symboliques que se révèlent les multiples sens de ces objets fascinants, sens tissés à la croisée d’intentions et de croyances, de prescriptions et de normes, de gestes et de regards, de sons, d’odeurs et de lumières, mais aussi de goûts et de savoir-faire.

Mais cette exposition n’est pas seulement le récit de multiples découvertes scientifiques. Elle est aussi le résultat de fructueuses collaborations et de belles découvertes humaines. Elle a tissé des liens étroits et constructifs entre le monde muséal, celui des institutions scientifiques fédérales, le milieu académique universitaire, les associations, mais aussi le domaine de la création contemporaine et celui de l’enseignement. Autant de sphères rassemblant des chercheurs.euses et artistes passionnés qui ont œuvré ensemble à la construction de cette exposition.

Equipe scientifique de l’exposition : Melanie Coisne et Caroline Heering (commissariat), Ralph Dekoninck, Mireille Gilbert, Michel-Amand Jacques, Hélène Malice, Béatrice Pennant, Danièle Véron-Denise.

Partenaires du projet d’exposition : TAMAT, UClouvain, KIK-IRPA, Les amis de la cathédrale de Tournai, Fonds Lemay, Belspo, INCAL, GEMCA.

Caroline Heering

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Photos © TAMAT

Publication et journée d’étude

Cette exposition a aussi donné lieu à la rédaction d’un ouvrage collectif intitulé « Habiller le culte. Les fastes brodés de l’atelier Dormal-Ponce à Ath au 18e siècle » elle s’accompagne de l’organisation d’une journée d’étude dont le thème est “ORNER LE CULTE – Pour une approche relationnelle du textile liturgique entre Moyen Âge et Temps modernes”, organisée le 29 octobre 2021 au séminaire de Tournai. La Newsletter du mois de décembre vous en dévoilera davantage.

Exposition : Les Retrouvailles

Depuis le 25 septembre 2021, le musée des Beaux-Arts de Tournai accueille une seconde exposition textile. Celle-ci est consacrée à la tenture de l’« Histoire de Jacob », dont quatre tapisseries sont conservées à la Cathédrale de Tournai. Si le musée des Beaux-Arts a été choisi pour accueillir cette exposition, c’est pour des raisons pratiques car ces tapisseries sont de taille impressionnante.

Michel-Amand Jacques, membre des Amis de la cathédrale nous en raconte l’origine : « Au 16e siècle, l’évêque de Tournai Charles de Croÿ offre à sa cathédrale une tenture composée de dix tapisseries destinées à orner le chœur de la Cathédrale, c’est-à-dire à être installées dans la partie haute de la Cathédrale, au niveau du triforium. Ces tapisseries font en moyenne entre six et sept mètres de long, pour une longueur totale de septante mètres de la tenture. Elles étaient installées pour les grandes fêtes de la Cathédrale, c’est-à-dire Pâques, Pentecôte, Toussaint, Noël, dédicace. Cette tenture a été tissée à Bruxelles, dans les années 1554, mais il en existe trois autres : une, complète, conservée au Musée du Cinquantenaire à Bruxelles, une seconde, qui comporte encore six tapisseries, est conservée au Musée des Offices à Florence et provient des collections des Médicis, tandis qu’une unique tapisserie est conservée à Glasgow en Ecosse. »

Sur les quatre tapisseries conservées à Tournai, l’une est complète : il s’agit de la tapisserie de « La Tunique ensanglantée ». Une seconde, complète aux trois-quarts, représente les retrouvailles de Joseph et de Jacob en Egypte tandis que les deux autres sont de surface plus réduite. « Il y a sept ans, les Amis de la Cathédrale de Tournai se sont lancés dans une opération de restauration-conservation de ces tapisseries. Cette opération a été confiée aux Ateliers Tournaisiens de Tapisserie au Centre de Recherches, d’Essais et de Contrôles scientifiques et techniques pour l’Industrie Textile (CRECIT). Il a fallu sept ans de travaux pour intervenir sur ces quatre tapisseries qui seront montrées toutes ensemble au Musée des Beaux-Arts, seul endroit où se trouvent des cimaises assez hautes pour les accueillir ». Le financement a été obtenu auprès du Fonds Baillet-Latour, du Fonds tournaisien Claire et Michel Lemay, d’Iskal Sugar, de certains clubs services tournaisiens et des membres de l’ASBL  » Les Amis de la Cathédrale de Tournai. »

Marie Lebailly

Défilé 

Les Amis de la Cathédrale (de Tournai) ont complété ce programme déjà très riche pour commémorer le 850e anniversaire de la Cathédrale avec un défilé mis en scène par la Compagnie Passeurs de Rêves (Y. Coumans) qui présentera une partie des précieux vêtements liturgiques historiques du vestiaire de la cathédrale. Cet événement exceptionnel sera l’occasion de voir des pièces rarement montrées au public et qui n’ont plus été portées depuis longtemps, étant habituellement remisées dans les chapiers et chasubliers de la cathédrale.

Ce défilé se déroulera les 10, 11, 12 et 13 novembre à 19 heures dans la nef romane de la cathédrale, dans le respect des règles sanitaires en vigueur. 

Vinciane Groessens

Informations pratiques

« Habiller le culte. Les fastes du textile de la cathédrale de Tournai »
Du 11 septembre au 28 novembre au TAMAT
Horaires, tarifs et réservations : http://www.tamat.be/fr/Infos/Tarifs/ 

Les Retrouvailles – Épisodes des tapisseries de Jacob
Du 25 septembre 2021 au 16 janvier 2022 au Musée des Beaux-Arts de Tournai
Horaires, tarifs et réservations : https://mba.tournai.be/

Défilé – Réservation obligatoire (en deux temps) : – via un mail de réservation auprès de jeanluc.hachez@scarlet.be ou par sms au 0475/40 82 06 en indiquant vos coordonnées et le nombre de places – via le versement de votre participation (10,00€/personne) sur le compte BE56 2750 0274 9488 le versement valant confirmation.

Publication – Les résultats des recherches qui ont été menées depuis plusieurs années par les spécialistes cités infra des pièces attribuées à l’atelier Dormal-Ponce, sont publiés dans un ouvrage scientifique, édité avec le soutien de l’UCLouvain et, sur la base d’un dossier de financement du FNRS et de la Fondation Universitaire. En vente à la boutique de TAMAT, au prix de 49 euros.

CIPAR - Centre Interdiocésain du Patrimoine et des Arts Religieux