Les figuristes en plâtre à Liège au XIXe siècle

Atelier Togneri

Ce mois-ci, nous vous proposons la suite du texte sur les figuristes toscans du XIXe siècle. Nous nous concentrons cette fois sur ces artistes (et leur atelier) présents à Liège à cette époque. L’Almanach du Commerce édité par F. PERY en 1827 signale dans la rubrique « sculpteurs en plâtre » trois artistes travaillant ce matériau. Attardonsnous sur leur vie respective. Grâce aux beaux exemples de crèches photographiés, cet article nous donne déjà un avant-goût de Noël.

sculpture en platre
Rois mages, 42 cm,  provenant de deux ateliers différents, l’origine du roi polychrome est  mal identifié (peut-être Casci en région namuroise). Sur ce modèle, le bas de la robe a été modifié en diminuant la dépouille et ainsi faciliter le démoulage. Collection et photo de l’auteur.

Parmi eux figure un dénommé Radino installé rue du Potay, n° 290, dans le quartier Nord1. Ce personnage a peut-être une origine italienne, mais sa famille est implantée à Liège de longue date. Il aura plusieurs fils sculpteurs. Il se trouve en compagnie d’un autre artiste bien connu, Matthieu De Tombay, qui est renseigné également en tant que sculpteur en bois (sic). Nos artistes locaux utilisent déjà le plâtre pour la statuaire à cette époque.

Un des premiers maîtres connus avec certitude et cité par J.-D. Boussart est Gaetano Nardi2. Il exercera son art dans la Cité ardente pendant plusieurs décennies. Son influence semble avoir été considérable. Sa venue dans notre ville remonte au moins à 1831 ; en 1840, lors de son mariage avec Marie-Joseph Lhomme, originaire d’Amay3, le couple a trois enfants dont Marie Jeanne Nardi, née à Liège en 18314. Il est établi rue Derrière le Palais au n°4025. Son atelier est le point de passage obligé pour de nombreux compatriotes qui renseignent son adresse aux autorités lors de leur arrivée. C’est chez lui que résidera lors de sa venue à Liège, le premier août 1843, un autre toscan originaire de Barga dont le nom est connu des folkloristes: François Joseph Rigali.

Ce dernier a franchi une première fois nos frontières en 1839. Il arrive de Londres, a séjourné à Gand et à Bruxelles6 et s’installe à Liège où il s’intègre parfaitement à la population. Il épouse Anne-Marie Poty le 7 juillet 18587. De leur union naîtront au moins 6 enfants. Trois d’entre eux sont mieux connus et ont laissé des traces dans la vie liégeoise. Alfred Léopold (1868-1945) est signalé comme montreur de marionnettes dans la rue du Laveu8, quant au benjamin, Antoine-Philippe (1871-1942), il s’illustrera en tant qu’auteur wallon en remportant le premier prix d’un concours organisé en 1892 par l’hebdomadaire « Li Clabot« . Il signera de nombreuses autres œuvres dans diverses revues dialectales. On doit aussi à Eugène9, né en 1866, un vocabulaire Wallon-Français de la reliure. En 1862, l’Almanach commercial industriel et social de la Ville de Liège et sa banlieue paru chez Desoer nous apprend que Rigali a installé son atelier au n° 28 du Passage Lemonnier, une des premières galeries couvertes du pays réunissant des commerces de luxe. On peut supposer qu’à l’instar des autres maîtres figuristes de son temps, il occupait plusieurs de ses compatriotes. En 1866, il déménagera pour la rue Basse-Wez, au n° 141. Il résidera dans ce quartier, sur le territoire de la paroisse saint-Remacle, jusqu’à sa mort survenue le 13 juillet 188910.

La rubrique « mouleurs en plâtre » du même annuaire cite neuf autres noms: Nardi, E. Boggia, rue devant les Carmes, n°23. Je n’ai pas encore pu l’identifier dans l’état actuel des recherches, Galasse Jean Joseph11 et Jean Hubert aux n° 13 et 25 du quai Saint-Léonard sont originaire de Villers-Ste-Gertrude. Les autres sculpteurs Biron, Boulanger, Dewandre (Constant), Grojean et Jacquemer ne travaillent pas exclusivement le plâtre. Il est à noter que la liste des « sculpteurs » comprend 57 noms toutes catégories confondues. Y figurent trois radino.

La personnalité d’un autre figuriste Alexandre Conti  (Barga 1830-Liège 1903) nous est parvenue grâce au théâtre de marionnettes. Elle nous est connue par l’ouvrage monumental de Maurice Piron12 qui tenait son information du poète Henri Simon (1856-1939). L’homme de lettres désignait notre personnage comme l’initiateur ou l’importateur de cette tradition en région liégeoise : « Mais c’est Conti qui les a apportées à Liège! Son fils, qui a été mon condisciple à l’Académie des Beaux-Arts, me l’a toujours affirmé13. » Cette tradition, actuellement remise en cause,  ou qui semble tout au moins devoir être nuancée, est confortée par le roman dialectal Li Houlot, (Le Benjamin), de Dieudonné Salme, publié à Liège en 1888. Son auteur intitule le chapitre VI : Lès marionètes èmon Con’ti. Il y raconte la genèse de notre théâtricule dans le quartier d’Outre-Meuse. Un autre passage dans une comédie wallonne d’Henri Baron fait allusion à Conti père qui réside en Pierreuse après 1857 et avant 1868. Il s’agit de la scène 10 de Li Colèbeû (le Colombophile, le sport est  très toujours en vogue dans nos régions) ou les miråkes da saint Largosse. Djan-Piére (regardant la statue du saint): Là qu’dj’arawe, çou qu’volà ! I-n-a l’Itålyien qu’fait dès posteures è Pièreuse qu’a sur’mint rouvi cial on modèle ! Pa ! c’èst l’tièsse d’a Tchantchès d’ås marionètes14. Pour les non-initiés Tchantchès, François en français, est la marionnette qui représente l’esprit liégeois. Un monument lui est consacré. Il est aussi populaire que Guignol à Lyon. Il accompagne Charlemagne dans les pièces de chevalerie et à Noël participe à « Li Naissance », le récit de la Nativité.

Togneri
Crèche de l’atelier Togneri, 70 cm à genoux, montée dans l’église de Robermont, vers 1909-1910. Collection et photo de l’auteur.

Dans le dernier quart du XIXe siècle, une mutation semble intervenir pour une partie de la profession. L’exode des mouleurs toscans sera souvent confondu ou directement associé à un autre phénomène : l’industrialisation de la statuaire religieuse de type saint-sulpicien. L’art sacré se développe surtout après les apparitions de Lourdes. Il représentait au XIXe siècle une des principales sources de gain15. Certains d’entre-eux continuent d’opérer de manière traditionnelle, comme par le passé, produisant à la fois œuvres profanes et religieuses, d’autres s’orientent vers la production de statues d’églises plus structurée.

A ce titre, un atelier va connaître un destin exemplaire, il s’agit de l’atelier Togneri. Il s’illustrera à Liège durant près de trois quarts de siècle à travers trois générations. L’étude de cette famille et de sa production particulièrement variée et soignée, mérite à elle seule une publication approfondie.  Je livre ici quelques jalons. Une rapide estimation permet de recenser plusieurs dizaines d’églises du diocèse de Liège possédant encore ou ayant possédé des statues ou une crèche de cet atelier.

André Togneri débarque à Liège le 21 février 1881, arrivant de Bruxelles, avec sa femme et son fils Innocent Bonnefoi. Il partait pour les U.S.A., se ravise peut-être pour rejoindre sa fille. Il est domicilié au n° 16 de la rue des Croisiers16. Le Livre d’adresses De Bruyne 1884-1885, Liège, H. Vaillant Carmanne, le renseigne au n°6 de l’impasse des Haines17 dans la rubrique statuaire18. Il dirige un atelier probablement repris à un autre figuriste, peut-être à son beau-fils Tobie Orsolini, car l’en-tête des factures de la maison Togneri nous apprend qu’elle a été fondée en 1878. Le classement par rue du même annuaire mentionne également un commerce de plâtre. Son fils encore mineur se marie la même année19 avec Marie Henriette  Didion (1865-1952), cigarière,  qui arrive de Nancy avec sa mère Marguerite Sidonie Didion.

Atelier Togneri
Crèche en 65 cm. La plupart des pièces proviennent de l’atelier Togneri, début du XXe siècle. Ces pièces sont communes à de nombreux ateliers.  Cette crèche que j’appelle celle des modèles toscans de la région de Bagni di Lucca  est la plus élaborée. Elaborée vraisemblablement avec l’aide des autorités religieuses, elle fait référence à des notions théologiques et catéchétiques très précises qui passent aujourd’hui inaperçues pour la majorité des spectateurs. Les bergers représentent, par exemple, les prophètes ( Isaïe, Jean-Baptiste et le roi David) . Le berger musicien a été ajouté par la suite. Collection et photo de l’auteur.

André Togneri épousera cette dernière en secondes noces le 28 février 1891 (acte 172). Les actes d’état-civil livrent des mentions très intéressantes au sujet de cette période. Figuristes et mouleurs furent très nombreux, on les compte par dizaines.  Simples ouvriers travaillant au service d’un maître ou artisans de passages exerçant parfois de façon clandestine, ils ont laissé peu de trace dans les annuaires.  La plupart assiste leurs compatriotes dans les grandes étapes de la vie. Ils sont témoins dans les  actes de mariage, témoignent de naissance ou de décès. Selon toute vraisemblance, André Togneri était patron20 et dirigeait une compagnie. De l’union d’Innocent Bonnefoi et Marie naîtront rapidement trois enfants : Tancredi, le 9 octobre 188421, Thérèse en 1887 et Raymond, le 9 avril 188922. La fille deviendra enseignante à Kikwit  au Congo belge, les deux fils seront sculpteurs. Ils perpétueront la tradition familiale jusqu’aux années 1950. Tancrède sera élève à l’école Saint-Luc23 et Raymond recevra son diplôme de l’école rivale, l’Académie des Beaux-Arts. Ils seront toujours secondés par leur mère devenue veuve prématurément quelques mois après la naissance de Raymond24. Sur la plupart des encarts publicitaires, on trouve la Veuve Togneri et fils. L’atelier est situé au n° 12 de la minuscule place des Carmes en face de son principal concurrent, le statuaire Guillaume Beaujean25. Dans les années 1920, on le retrouve au N°18 de la rue des Prémontrés, à proximité du grand Séminaire. Les frères Togneri produiront aussi de grandes statues en béton armé « inaltérable aux intempéries ».

Famille Togneri
Une partie de la famille Togneri photographiée sur la terrasse de la rue des Prémontrés vers 1922, Marguerite Didion, veuve André Togneri, Raymond Togneri, Nelly Toussaint (mon témoin)  avec sa mère, l’épouse de Raymond et Marie Didion, veuve d’Innocent Bonnefoi. Le sculpteur sort de l’atelier, le veston fermé par une corde et les chaussures couvertes de plâtre.
famille bacecci
Atelier Bacceci, série complète des 42 cm en finition ivoirée. Les modèles sont d’origine toscane. Collection et photo de l’auteur.

Une autre maison a perpétué la tradition des figuristes jusque dans les années ’60. Mario Bacecci (Perugia, 1904-Liège, 11.07.1989) est arrivé dans la cité mosane au début des années ’30 pour seconder son beau-frère Orazio Simonetti qui avait ouvert un atelier quelques années auparavant. Il se trouvait au n°22 de la rue des Brasseurs, il déménagea ensuite à l’angle de la place du Nord et de la rue de la Résistance26. La production était orientée vers le commerce de gros. La majorité des pièces était de format réduit destinée à une clientèle de particuliers.  Mario Bacecci n’était pas le créateur des modèles. Il en était simplement le dépositaire et le reproducteur. Il se fournissait en Toscane, mais aussi auprès de certaines maisons de statuaire française, notamment  chez Pieraccini-Bacci pour certaines figurines de crèches. Ces pièces portent une estampille française. On peut déduire qu’une partie des  modèles a été créée dans nos régions; on trouvait dans sa production des bustes de Tchantchès et des vierges inspirées de celle de Del Cour sur la fontaine de Vinâve d’Île27. Chaque atelier créant ses propres mélanges de couleurs au moyen de pigments, la polychromie peut parfois constituer un critère d’identification.  La mise en couleur apportant une touche plus personnelle. Les pièces réalisées par Mario Bacecci démontrent un bon sens pictural et des réelles qualités esthétiques et techniques. Pour les œuvres les plus petites, il a parfois utilisé le pistolet qui donne un résultat plus flou.  La taille des objets produits chez Bacecci laisse penser qu’ils étaient surtout destinés à une clientèle de particuliers. Les figures de crèche ne dépassent pas 40 cm de haut. Ce type de production s’est interrompu dans les années soixante.

Rois mages
Trois mages identiques  de taille décroissante de l’atelier Bacecci 32-12 cm. Ce mage correspond à un modèle toscan. Il existe sous une forme proche dans les crèches d’église. Le plus grand modèle est enduit de gomme laque. Il est utilisé comme moule pour les tirages de série. Photo Musée de la Vie wallonne, Liège. Collection de l’auteur.

La statuaire religieuse déjà mise à mal par une élite depuis des décennies a été victime d’un retournement du goût dû, en partie, au concile Vatican II. La recherche de formes nouvelles pour dépoussiérer la tradition était déjà présente depuis près de quarante  ans. L’indépendance du Congo en 1960 lui a porté un autre coup fatal. Le successeur de Togneri, Gustave Liégeois, m’a expliqué lors de mon enquête qu’il exportait encore chaque année une centaine de statues de plus d’un mètre  dans la colonie. Le transport était payant jusqu’Anvers. Celui par bateau était gratuit. En 1968, lors de la création de l’autoroute Liège-Bruxelles, ce sont plus de trente camions de moules originaux qui ont servi de remblais pour les fondations de l’échangeur de Loncin ! Vers l’an 2000, une série d’immeubles a été reconstruite dans la rue des Prémontrés. L’emplacement de l’immeuble Togneri  qui a servi de parking durant des décennies a fait l’objet de fouilles de sauvegarde par la Région wallonne. De petits formats, des éléments décoratifs ont été retrouvés et conservés, mais les résultats de la campagne n’ont jamais été publiés. En Italie, la fabrication de postures en plâtre a été remplacée par d’autres matériaux plus solides et moins sensibles à l’humidité comme la poudre d’albâtre, réputée incassable ou les matières plastiques et actuellement les résines.

Michel Vincent

 

 

 

 


Notes:

  1. A.C.L., 1833, Registre des décès: RADINO Jean Joseph, sculpteur, âgé de 64 ans 11 jours, né à Liège,…
  2. A.C.L., Registre des décès de 1873, acte 3090 de NARDI Gaetan, figuriste, né à Diccimo, Duché de Lucques, le 25 janvier 1895, décédé à Liège le 29 novembre 1873.
  3. A.C.L. 1840, Registre des mariages, acte 107.
  4. A.C.L. 1831, Registre des naissances, acte 1908.
  5. Actuellement la rue du Palais dont la dénomination a changé par décision du conseil communal de 6 mars 1863. Cf. GOBERT Th., Liège à travers les âges, les rues de Liège, T. IX, réédition 1976, p.13.
  6. Ces renseignements figuraient sur le bulletin d’étranger fait à Liège le 22 août 1843.
  7. A.C.L., Registre des mariages, acte 411 du 7 juillet 1858. Les témoins sont Giacomo BARSANTI, mouleur en plâtre, Sébastien ANTONINI, figuriste, Jacques BERTI, figuriste et Camille BOUGE, peintre.
  8. Le théâtre Rigali figure dans la liste dressée en janvier 1902 par Rodolphe de WARSAGE et reprise dans son Histoire du célèbre théâtre liégeois de marionnettes, Liège, 1905, p.117. Cet auteur a la réputation d’être parfois fantaisiste, mais sa liste contrôlée d’après les fiches de police de l’époque semble digne de foi.
  9. J.-D. BOUSSART avait attribué le vocabulaire à Antoine Philippe. Eugène François est né le 15 avril 1866 (acte 1167). Dans l’acte de décès de son père dont il est signataire, il exerce la profession de relieur.
  10. Lors de son décès, A.C.L., 1889, Registre des décès, acte 1769, il habite au n° 11 de l’impasse Foidart qui donne sur la rue Basse-Wez.
  11. Jean-Joseph GALASSE est né à Villers-Sainte-Gertrude, province du Luxembourg, le 27 janvier 1799. Dans son acte de décès, A.C.L., n°7, il exerce la profession de « mouleur en terre ».
  12. PIRON Maurice, Tchantchès et son évolution dans la tradition liégeoise, Bruxelles, Palais des Académies, 1950. BOUSSART, op. cit. p. 8 précise grâce à des échanges de courriers entre l’Italie et les Pays-Bas qu’il arrive à Liège fin 1854. Il a quitté la Toscane en 1851. Il est signalé à Rotterdam comme aide-sculpteur (beeldhouwer knecht) chez son compatriote Dominique MATTI. Le 15 juin 1853, il y prend pour épouse Marie Louise de Waal (acte 352). Il quitte la ville le 15 décembre 1854 et déclare rentrer en Toscane. Il se ravise ;  nous le retrouvons à Liège au début de 1855. Il est à noter que l’année 1853 correspond au rétablissement de la hiérarchie épiscopale par Pie IX  aux Pays-Bas. Avec la construction et la décoration de nouveaux lieux de culte, on peut supposer que la demande en statues était très importante. La ville de pèlerinage allemande de Kevelaer proche de la frontière avec les Pays-Bas deviendra à cette époque un centre important de statuaire religieuse. On y retrouve de nombreux toscans.
  13. PIRON op.cit., p. 22. Ferdinand Pierre CONTI est signalé dans le Registre d’inscriptions 1863-64/1881-82, n° 967, octobre 1882. On y précise que son père est mouleur en plâtre, qu’il est âgé de 15 ans et qu’il habite au n° 88 de la rue Saint-Séverin. Ferdinand Conti sera témoin dans l’acte de décès de Mathilde ORSOLINI, le 10 octobre 1887 (note 26).
  14. Traduction du wallon : « Tiens parbleu, ce que je trouve là! C’est l’Italien qui fait des postures en Pierreuse a sûrement oublié ici un modèle! Bah! C’est le Tchantchès des marionnettes! » PIRON, ibidem, p.29
  15. TAGLIASACCHI Paolo, op. cit. Les figuristes représentèrent le Christ, la Vierge et des personnages de crèches.
  16. Renseignements communiqués par l’état-civil de Liège et les fiches de police, je remercie aussi Mme Nelly TOUSSAINT (†), nièce de l’épouse de Raymond Togneri qui a vécu avec la famille dans les années 1920, pour les précieux renseignements qu’elle m’a communiqués et que j’ai pu, dans la plupart des cas, confirmer par des pièces d’archives.
  17. L’impasse des Haines s’ouvrait sur la rue des Croisiers. Cf. GOBERT, op. cit. T. VI, p.8. Elle est disparue en 1898.
  18. Cette appellation est peut-être symptomatique d’une mutation. André TOGNERI est successivement désigné comme figuriste puis comme statuaire dans son acte de décès. Archives communales de Liège (A.C.L.), Registre des décès, acte 1711 du 26 juillet 1897. Cela indique au moins un changement de format dans les œuvres produites.
  19. A.C.L., Registre des mariages, acte 656 du 2 août 1884. Tancredi naîtra 5 semaines plus tard!
  20. Dans les actes de mariage d’Innocent Bonnefoi et les actes de naissance des fils, on retrouve entre 1884 et 1890 les noms de Salvator BRUNINI, mouleur en plâtre (peut-être le Brunini, mouleur en plâtre habitant au n° 67 de la rue Puits-en-Sock, Livre d’adresses De Bruyne, op. cit., p. 901), Etienne PIERI, mouleur en plâtre, Tobie ORSOLINI (1853-Mons 1918) qui a marié une fille d’André Togneri , Maria-Angiola Santina (1863-1887), mouleur. Après le décès de sa femme et de sa fille à un jour d’intervalle, il fondera un atelier à Charleroi. Ses deux fils survivants seront sculpteurs. Les actes mentionnent également Dominique MAUNIE, figuriste, Joseph GIOVANETTI, mouleur, Xavier PAROTTE, idem. Les prénoms sont francisés dans les actes.
  21. A.C.L., Registre des naissances, 1884, acte 3121.
  22. A.C.L., Registre des naissances, 1889, acte 1091. Le père illettré à la naissance du premier enfant va signer pour la naissance de Raymond.
  23. Les archives des Beaux-Arts possèdent l’inscription de Tancredi dans le Registre des inscriptions 1895-96/1907-1908, p. 168, (pour 1895). Ces archives sont fragmentaires et on ne possède pas de résultats de délibérations avant 1901. Il est impossible de dire s’il a suivi le cursus. On trouve, par contre, sa trace dans des palmarès de St-Luc publiés dans différents journaux. Un registre vient d’être retrouvé. Cas inverse pour Raymond. On possède ses délibérations. Il fréquente l’Académie entre 1902-1903 et 1911-1912. Les frères se répartissent les tâches aidés de quelques ouvriers. Raymond se charge du modelage et des tirages en plâtre, il disait qu’il avait fait de son art une industrie. Tancrède quant à lui se spécialise dans la peinture et dans la dorure.
  24. A.C.L., Registre des décès, 1890, acte 38, décédé le 2 janvier.
  25. Ce sculpteur (Heerlem, Pays-Bas, 14/11/1852 – Liège 3/3/1916), élève de Prosper DRION, est l’auteur de plusieurs monuments publics dont le métallurgiste sur la façade de l’école Saucy, il a aussi réalisé une vierge en cuivre pour l’église Ste-Véronique. Cf. MICHA Alfred, Les maîtres tombiers, sculpteurs et statuaires liégeois, Thone, 1909, p. 200. Il est lauréat de l’Académie des Beaux-Arts. Il habitait au n°24 de la place des Carmes. En 1908, il tient boutique au n°8 de la rue des Prémontrés, cf. Revue ecclésiastique de Liège, 4e année, n°2, septembre 1908. Des rivalités réelles existaient entre les deux maisons. On trouve dans la même revue une publicité pour Togneri sur laquelle figure la mention: « Nos modèles ne sont nullement la propriété d’un certain concurrent.» Guillaume  BEAUJEAN fera partie du jury d’examen de Raymond le 27 mai 1908 et par son intervention,  il n’obtiendra qu’un second prix. Cela ne fera qu’exacerber davantage la haine entre les 2 ateliers. Au décès du Liégeois en 1916, au moins une partie du fonds de modèles sera repris par Togneri. Des statues de grand format de l’église St-Pholien à Liège  portent le nom gravé de Beaujean sur le socle recouvert à la peinture par celui de Togneri. C’est le cas du saint-Blaise, du saint-Antoine et du saint-Expédit.
  26. J’ai encore relevé plusieurs autres ateliers dans les années vingt et trente. La firme MARTINI qui existait encore en 2000, rue Jonruelle, mais orientée vers le stuc et la décoration. La firme UNTI et Cie, fabrique de statues, n°2 place du Nord. S’agit-il de l’atelier qu’occupera plus tard M. Bacecci? (Annuaire Lasalle, Province de Liège, 1933, GIANONI L., sculpteur bien connu, rue St-Gilles, n° 121 (Livre d’adresse Defays et Brimbois, Liège, 1923). Mes remerciements vont aussi au fils et à la belle-fille de M. BACECCI qui m’ont communiqué des informations nombreuses et offert des outils et des pièces de statuaire.
  27. Il convient ici de rappeler que l’absence de législation sur les droits d’auteurs avant les premières années du XXe siècle pose des problèmes fréquents sur l’origine et l’attribution des modèles. Ce phénomène est observable en particulier avec les statues religieuses. On trouve des sujets identiques d’un pays à l’autre. Certains d’entre-eux ont été déposés en France a posteriori alors qu’ils avaient une origine italienne plus ancienne. Cas inverse avec la crèche Pieraccini dont les modèles sont signalés comme traditionnels au musée de Coreglia-Antelminelli. Des pièces créées par Martin PIERSON à l’Institut catholique de Vaucouleurs ont été souvent reproduites, notamment un évêque utilisé comme base par Casci à Namur et Togneri à Liège. Dès 1875, la maison Raffl avait pris la peine d’insérer une plaquette de laiton, non pas pour protéger ses modèles, mais pour en garantir l’authenticité et la provenance. Cette marque perdurera jusqu’en 1907 chez ses successeurs.
CIPAR - Centre Interdiocésain du Patrimoine et des Arts Religieux