Les techniques employées par les figuristes (3e et dernière partie)

Les différents dictionnaires définissent les figuristes comme des mouleurs de personnages en plâtre. L’édition du Larousse 1997 précise qu’ils travaillent le plâtre et le stuc, c’est-à-dire un mélange de plâtre fin gâché de poussière de marbre additionnée de colle forte. Cette dernière partie d’article sur les figuristes toscans délivre les différentes techniques et précisions sur le matériaux.

Fig 1 Matériel de l’atelier de Mario Bacceci actif en région liégeoise jusque-là fin des années 1960. La crèche (23 cm) date de 1935. Les personnages enduits de gomme-laque (série de 42 cm) étaient utilisés comme modèles pour prendre les empreintes en gélatine. Collection de l’auteur.
Fig 1 Matériel de l’atelier de Mario Bacceci actif en région liégeoise jusque-là fin des années 1960. La crèche (23 cm) date de 1935. Les personnages enduits de gomme-laque (série de 42 cm) étaient utilisés comme modèles pour prendre les empreintes en gélatine. Collection de l’auteur.

Il existe d’ailleurs un témoignage très ancien concernant sainte Catherine de Sienne qui en 1375 reçut de ses consœurs, moniales de saint Dominique, un enfant Jésus en stuc*1.  Le travail du plâtre viendra plus tard. On cite volontiers comme la plus ancienne notice connue le souvenir de Giovan Simone Fontana de Tereglia qui le 24 février 1676 laisse à la garde d’une Romaine, Prudenza Zanotti, plusieurs moules de diverses figures, avec une corbeille avec lesdits instruments*2.

Le plâtre est un sulfate de calcium semi-hydraté. Il est obtenu à partir de l’albâtre gypseux qui est passé au four puis moulu. Les figuristes le trouvaient souvent en creusant le sous-sol de leurs habitations. Le plâtre possède certaines qualité par rapport à l’argile : on le moule par coulage, il présente un retrait insignifiant par rapport à la terre et surtout la barbotine (argile liquide de coulage qui dégrade fortement les moules). Il est retouchable et ne nécessite pas de cuisson.  Le matériau une fois sec est aisé à mettre en couleurs. Il constitue un moyen de reproduction facile et d’un prix de revient bon marché par rapport au bois, à la pierre, à la terre cuite considérés comme des matériaux nobles. 

Fig. 2 Reconstitution d’un atelier de figuriste au Musée de la crèche de Brembo di Dalmine près de Bergame.
Fig. 2 Reconstitution d’un atelier de figuriste au Musée de la crèche de Brembo di Dalmine près de Bergame.

   Chaque médaille ayant son revers, il comporte également des désagréments : un modelé moins fin que la terre, une grande friabilité qui nécessite une armature interne de toile de jute (staff) ou des renforts par une armature de métal lorsqu’il n’est pas coulé plein, une forte sensibilité à l’humidité et une peinture qui s’écaille facilement.

A l’origine, les figuristes utilisaient essentiellement le moule dit « à bon creux ». C’est un moule constitué de nombreuses pièces qui s’emboîtent les unes dans les autres au moyen de tenons et de mortaises appelées clefs. Plus un sujet est compliqué, plus il nécessite de pièces et un savoir-faire technique de la part du mouleur lors des manipulations. Chaque pièce doit être retirée dans un ordre bien précis. Quelquefois même, un système de chape ou de contre chape reprend plusieurs pièces secondaires. Le sculpteur doit « penser » son moule et veiller à ce qu’il soit « de dépouille »  c’est –à-dire qu’il permette le démoulage sans arrachement lors de l’ouverture.

Fig. 3 Petit vendeur de statuettes religieuses photographié dans les années ’20 par le photographe Robert Fourneau (1902-1972) dans la région de la Semois repris dans Gens d’Ardenne, en hommage au photographe Robert Fourneau, Guy Gilquin, Remy-Editeurs, 1980.
Fig. 3 Petit vendeur de statuettes religieuses photographié dans les années ’20 par le photographe Robert Fourneau (1902-1972) dans la région de la Semois repris dans Gens d’Ardenne, en hommage au photographe Robert Fourneau, Guy Gilquin, Remy-Editeurs, 1980.

 

Une autre technique apparue au XIXe siècle va considérablement simplifier le travail. Cette innovation va libéraliser quelque peu la profession. Il s’agit de moulage à la gélatine qui a été beaucoup employé dans nos régions en statuaire industrielle. Il semble qu’en Italie, les artisans aient privilégié longtemps encore la colle de menuisier. Ce moule porte le nom de « In colla ». Il a l’avantage de se conserver longtemps, mais est plutôt utilisé pour de petits formats. 

Fig. 4 Petit vendeur de statuettes religieuses photographié dans les années ’20 par le photographe Robert Fourneau (1902-1972) dans la région de la Semois repris dans Gens d’Ardenne, en hommage au photographe Robert Fourneau, Guy Gilquin, Remy-Editeurs, 1980.
Fig. 4 Petit vendeur de statuettes religieuses photographié dans les années ’20 par le photographe Robert Fourneau (1902-1972) dans la région de la Semois repris dans Gens d’Ardenne, en hommage au photographe Robert Fourneau, Guy Gilquin, Remy-Editeurs, 1980.

Le procédé du moule à la gélatine a été inventé en 1844 par le sculpteur Hyppolite Vincent et permet de reproduire très rapidement des modèles d’une grande complexité. Les empreintes en gélatine sont obtenues par coulage d’une gelée à base de cartilages de veau. Elles sont prises obligatoirement sur un original enduit de gomme-laque (sorte de vernis obtenu à partir de la sécrétion d’un insecte dilué dans de l’alcool à polir) et d’huile de lin ou d’eau savonneuse. La pellicule épaisse de quelques centimètres est maintenue par une chape de plâtre. Elle ne se conserve que quelques jours et permet un tirage de trois épreuves. La gélatine peut être refondue et le moule peut être reconstitué rapidement sur le modèle original. La gélatine se liquéfiant déjà à température relativement basse autour de 35° centigrades, on moulait plus volontiers durant les saisons fraîches, ce qui demande une organisation précise au sein des ateliers. Selon l’importance des pièces, le plâtre peut mettre plusieurs mois à sécher avant peinture. Depuis une soixantaine d’années, on utilise les moules en silicone. 

La maison Vandervliet-Haenecour de Bruxelles créée en 1894 a été la dernière à produire de la statuaire religieuse. Certains modèles étaient identiques à ceux utilisés il y a plus d’un siècle. Seul le matériau constitutif avait changé. On utilise maintenant des résines synthétiques. En 2005, la firme quitte Bruxelles pour Braine-l’Alleud. Cinq ans plus tard, elle est victime d’un incendie qui détruit la presque totalité du patrimoine accumulé depuis les origines. Elle a pu reconstituer de petits formats de ses modèles passés, mais pas encore de crèches.

Michel Vincent


Notes:

  1. STEFANUCCI, op. cit. p. 329 cite déjà cette anecdote en 1944.

2. TAGLIASACCHI Paolo, op. cit. ;  Cf. Aussi Presepi del Mondo, Musée di Brambo di Dalmine, 1981, p.31. Ce court article sur les ateliers de mouleurs en plâtre concerne les ateliers GUELFO et PANZERI installés à Bergame.

CIPAR - Centre Interdiocésain du Patrimoine et des Arts Religieux