Fabrique d’église et patrimoine. L’expérience de l’église Sainte-Barbe à Fayt-les-Manage

Comme on le sait, les fabriques d’église sont régies par le décret impérial du 30 décembre 1809.  Bien que bicentenaire,  ce vénérable texte est toujours malgré les inévitables adaptations législatives, en première ligne de ceux qui se posent en tant que références aux responsables bénévoles de leur administration. A cette époque reculée, il était peu question du concept patrimonial. Peu de références précises invoquent donc ouvertement cet aspect. Or, l’époque dans laquelle nous vivons présentement, place la question de sa préservation au premier rang des préoccupations des responsables concernés. Encore faut-il qu’ils en soient conscients.

L’église

L’église Sainte-Barbe de Fayt-lez-Manage, de style néogothique, est administrée par un conseil de fabrique de cinq membres élus et de deux membres de droit (le curé de la paroisse et le Bourgmestre).  L’église construite en 1907 époque où les habitants travaillaient majoritairement dans les charbonnages et les usines sidérurgiques toutes proches. C’est donc logiquement qu’elle est dédiée à sainte Barbe, la patronne des mineurs et des métallurgistes, sa statue trône sur le côté gauche de l’église.

Gestion de son patrimoine

Le conseil de fabrique de l’église Sainte-Barbe à Fayt, a quant à lui, inscrit résolument en tête de ses devoirs, la question de la préservation, de l’enrichissement et, partant, de l’entretien de tout ce qui relève de la gestion patrimoniale des biens touchant la vie paroissiale dans son acception la plus large, tout en se conformant, autant que faire se peut, aux limites de sa juridiction.

Ce souci permanent a conduit le conseil, en étroite concertation avec les responsables canoniques et civils communaux et régionaux, à proposer, au cours des dernières années :

  • Un inventaire informatisé du patrimoine de la paroisse, réalisé en août dernier par deux bénévoles, consultable et adaptable à tout moment.
  • Le financement du nettoiement et de la remise en état de la bannière centenaire de la confrérie de Sainte-Barbe par une firme spécialisée brugeoise (2015).
    La bannière de la confrérie de Sainte-Barbe (1928) restaurée par la firme Crossé, de Bruges en 2016.

      La bannière de la confrérie de Sainte-Barbe (1928) restaurée par la firme Crossé, de Bruges en 2016. Photo © Joseph Strale.
  • En 1989, les derniers Pères Jésuites, présents à Fayt depuis 1890 dans le cadre de la Maison Notre-Dame du Travail, quittaient notre localité à l’issue d’une présence active quasi centenaire, pour trouver refuge au presbytère d’Haine-Saint-Paul. Quelques années plus tard, la paroisse hérita de deux cadres en mosaïques, d’auteurs inconnus, représentant l’un, une Vierge à l’Enfant dans un paysage industriel  et l’autre un homme en méditation (allusion à la vocation de l’endroit), opportunément conservés grâce à la vigilance de deux des derniers Pères.  Elle les inclut alors dans son patrimoine artistique, afin de ne perdre aucune trace de cette œuvre de retraite qui contribua en plus, à la réputation de la commune.

    l'une des deux mosaïques données par la communauté des Pères Jésuites de Fayt, représentant une Vierge à l'Enfant dans un paysage industriel
    Une des deux mosaïques données par la communauté des Pères Jésuites de Fayt, représentant une Vierge à l’Enfant dans un paysage industriel. Photo © Joseph Strale.
  • Suite à l’incendie qui la ruina en 2007, la même Maison et son vaste parc attenant, devint propriété conjointe de la commune de Manage et d’un promoteur privé qui convertit le vaste bâtiment après rénovation complète, en logements de standing. Dans le parc, se dressaient deux statues en fonte, que le nouveau propriétaire ne souhaitait pas conserver.  L’une (plus de 2.5 M de haut pour un poids d’environ 300 kgs) contemporaine de la fondation de la Maison (vers 1890-1895) représente Notre-Dame du Travail et est posée sur un socle de pierre.  L’autre figure un Christ en Croix, également en fonte, cédé en 1924 à la communauté jésuite par un démolisseur établi à proximité de la Maison qui l’avait récupéré in extremis, évitant son inéluctable disparition.  Les deux statues font désormais partie du patrimoine fabricien, après avoir été transportées in situ par les services communaux.  Elles viennent d’être admises au bénéfice du subside de l’AWaP et attendent les opérations de restauration.  Elles seront replacées conformément aux conseils  judicieux de Mme Lo Mauro, recueillis lors d’une visite sur place, en avril 2022.
  • Très récemment, la paroisse a été amenée à héberger une petite statue de sainte Barbe munie de ses attributs classiques et taillée dans un bloc de charbon d’une mine polonaise. Elle a été offerte par M. Synek, habitant de la Basse-Hestre.  Elle vient d’être protégée dans un écrin en bois équipé d’un éclairage adéquat par M. Trifin, fabricien du lieu, pour être installée dans le chœur de l’église, sous l’autel principal.
une photo de l'espace d'accueil vitré de l'église Ste-Barbe.
Espace d’accueil vitré de l’église Sainte-Barbe. Photo © Joseph Strale.

Outre ces considérations purement patrimoniales, la Fabrique a également veillé à stimuler la recherche et la culture religieuse des fidèles.  Le « tapissage » de l’espace d’accueil au moyen d’une ligne du temps remontant aux débuts des temps bibliques (époque d’Abraham) permet de situer, autant que faire se peut, dans l’Histoire, les événements évoqués par les textes de l’Ancien Testament et, partant, de mieux les contextualiser.  Bien qu’en marge de l’activité fabricienne proprement dite, cet aspect illustre la volonté des membres de l’institution de promouvoir une meilleure compréhension des textes que complètent d’ailleurs les partages hebdomadaires tenus dans l’église tous les samedis soirs.

L’inscription de notre église dans le réseau « Eglises ouvertes » répond au même souci.  En effet, le remplacement intervenu il y a plus d’une décennie, du tambour en bois par une paroi de verre, inscrit concrètement l’église, au-delà du lieu de culte, dans la vie de son quartier et vise à la rapprocher du quotidien de ses habitants.

Même si le résultat de ces démarches peut paraître décevant, le conseil estime que leur pérennité fait aussi partie intégrante de sa mission.

 

Joseph STRALE, président.

Président du conseil de fabrique de l’église Sainte-Barbe depuis 2007, date qui correspond à mon entrée dans cette institution.  Je suis actif depuis plus de 40 ans dans la vie de la communauté paroissiale.  J’ai aussi été pendant 15 ans (1995 à 2010) conseiller communal de Manage, commune de 23.000 habitants située à proximité de La Louvière (diocèse de Tournai).

En plus de cette activité officielle, je suis responsable depuis 1987, des publications de la Commission d’Histoire de l’Entité Manageoise (en abrégé CHEM) et auteur d’une douzaine d’ouvrages d’histoire locale et d’une petite centaine d’articles publiés dans la revue trimestrielle du cercle, depuis 1996.

Dans mes activités officielles (communale et fabricienne), j’ai eu à cœur de m’intéresser au patrimoine, d’en défendre la préservation et d’en promouvoir la mise en valeur.  Le terrain paroissial est un lieu privilégié à cet égard, recelant des bâtiments et des objets parmi les plus anciens de nos villages et qui, souvent sans atteindre le rang de trésors patrimoniaux, constituent néanmoins des témoignages humbles mais uniques du passé des communautés, de leur mode de vie et, partant, des symboles à préserver.

Le CIPAR constitue pour nous une référence compétente et indispensable dans le domaine des arts religieux.  Nous y avons eu recours notamment en 2016, lors de notre participation aux Journées du Patrimoine, axées cette année-là sur ce domaine.  Il nous a fourni une aide précieuse dans l’organisation de cette manifestation. De même, les conseils éclairés de Madame Lo Mauro nous ont été récemment très utiles dans le choix d’une entreprise pour la restauration de la statuaire évoquée ci-dessus.

Informations pratiques

L’église Sainte-Barbe est accessible tous les jours de 10H à 18 H.

Une visite complète est possible en contactant M. Michel Trifin, 218, rue Trigaux (064/540081).

 

 

CIPAR - Centre Interdiocésain du Patrimoine et des Arts Religieux