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Exceptionnellement bien conservé, le psautier dit de sainte Wivine (église Saint-Lambert d’Orbais), témoigne du développement de la piété féminine dans le Brabant du XIIe siècle. Il vient d’être classé comme trésor par la FW-B.

Publié le 28/11/2025

Considéré comme une relique ayant appartenu à Wivine d’Oisy, fondatrice du prieuré de Grand Bigard en 1133, ce psautier fut pieusement conservé sur place pendant des siècles. À la fermeture définitive de l’abbaye, en 1796, quelques religieuses fuyant la tourmente révolutionnaire l’emportent à Bruxelles, où il est déposé, avec d’autres reliques de la sainte, à l’église du Sablon. De là, il sera officiellement transféré, le 29 juin 1812, à l’église Saint-Lambert d’Orbais, où un culte à sainte Wivine s’était développé.

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Ce type de psautier, simple mais soigné, était spécifiquement destiné à un usage privé. L’écriture principale, réalisée dans une encre brun-noir, est caractéristique du début du XIIe siècle. Le contenu suggère l’utilisation de modèles d’origines diverses. Alors que le texte des litanies se rapproche de certains manuscrits gantois, le calendrier contient une abondance de noms de saintes vénérées dans les Flandres et la Brabant. Si la représentation en pleine page du Roi David musicien (fol. 7 v.) évoque le décor de certains psautiers anglais, la Crucifixion (fol. 7 r.) et les initiales ornées sont incontestablement de conception mosane. Elles correspondent en tout point à la production des copistes actifs dans les scriptoria liégeois à l’époque des abbés Etienne de Saint-Jacques (1095-1112) et Bérenger de Saint-Laurent (1077-1116). Ce mélange d’influences diverses dirige les regards vers l’abbaye bénédictine d’Affligem, dont dépendait alors le prieuré de Grand-Bigard. Fondée par des moines issus de l’abbaye Saint-Pierre de Gand et située aux confins du Duché de Brabant et du comté de Flandre, dans la sphère d’influence religieuse et artistique du diocèse de Liège, cette abbaye bénédictine disposait alors d’un scriptorium très actif.

Un groupe de psautiers brabançons et flamands des XIIIe et XIVe siècles, destiné à un lectorat féminin, retient depuis longtemps l’attention des spécialistes. En revanche, rien de vraiment comparable n’était attesté pour le XIIe siècle. Le psautier de Wivine constitue dès lors un maillon essentiel, une sorte de chaînon manquant, permettant de mieux comprendre les origines de cette production de manuscrits. Il permet également d’illustrer l’organisation du travail et des pratiques au sein des scriptoria locaux, la dépendance à des modèles d’origines diverses et les transferts artistiques au sein d’un réseau abbatial indépendant des frontières géopolitiques. 

 

 

Sophie Balace

(Re)dévoilé après avoir été inventorié 

Bien que connu des spécialistes, le psautier de sainte Wivine constituait jusqu’en 2022 une pièce cachée à l’abri des regards et soigneusement gardée par la fabrique d’église. Le début de l’année 2023 est marqué par la validation de l’inventaire intégralement établi par les fabriciens et c’est précisément grâce à la révision des données que nous avons pris connaissance de ce manuscrit et de ces conditions de conservation. De là, une copie de l’inventaire a été transmise à l’Administration de la Fédération Wallonie-Bruxelles, qui mettait en évidence le psautier. La suite est à présent connue, à savoir le classement de cet élément exceptionnel. Comme quoi, un bon inventaire peut déboucher sur une grande reconnaissance !

Maura Moriaux

Toutes les photos sont DR.

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