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Un chef d’œuvre de Jean Del Cour à l’église de Spa : le Mémorial du Très Saint Sacrement

Publié le 28/11/2025

Dans la renommée Ville thermale de Spa se trouve, au sein d’un édifice religieux, un chef-d’œuvre sculpté qui mérite toute notre attention. La notice suivante invite à le découvrir, en évoquant aussi un éminent artiste liégeois, considéré comme l’un des plus grands sculpteurs baroques de Liège et de la Principauté.

1. L’église Notre-Dame et Saint-Remacle de Spa

Fig. 1 : vue façade ouest avec entrée (©Wikipédia) Fig. 2 : bras droit du transept avec le haut-relief, vue de côté (©E. Job)

Située au centre de Spa, légèrement en hauteur par rapport au cœur de la ville et à proximité immédiate du casino, des anciens thermes récemment rénovés ou encore du Waux-Hall, l’église Notre-Dame et Saint-Remacle a été édifiée en 1885 dans le style néo-roman rhénan, à l’emplacement d’anciens édifices religieux. Ce choix architectural lui confère une apparence plus ancienne que sa véritable période de construction.

La construction est due à l'architecte Eugène Carpentier (Kortrijk 1819-Beloeil 1886), de Beloeil.

L’église présente un plan à trois nefs et s’ouvre, à l’ouest, par une façade encadrée de deux tours. Le chœur, les chapelles voisines et les bras du transept se terminent par une abside semi-circulaire, tandis qu’une lanterne octogonale couronne la croisée du transept (fig. 1).

L’aménagement intérieur est dû à l’architecte C. Sonnevile, également originaire de Beloeil et successeur d’Eugène Carpentier qui décède en 1886. A l’intérieur, nous retrouvons un bel ensemble d’œuvres sculptées et de peintures[1]. Parmi les œuvres sculptées, le haut-relief de Jean Del Cour, situé dans le transept droit (fig. 2), se distingue particulièrement. Notons également la présence du saint Remacle de Stavelot, œuvre importante qui fera l’objet d’une étude préalable de la polychromie et d’un traitement de conservation et de restauration par l’IRPA dans les années 1995 (fig. 3 et 4).

Fig. 3 : Saint Remacle de Stavelot, 2017. CC BY 4.0 KIK-IRPA, Brussels (Belgium), cliché X119807] Fig. 4 : Reconstitution à la gouache des différentes polychromies de saint Remacle depuis l’origine. CC BY 4.0 KIK-IRPA, Brussels (Belgium), cliché G004688]

2. Le haut-relief de Jean Del Cour

Le haut-relief du Très Saint Sacrement, véritable joyau du baroque lyrique liégeois, illustre la maîtrise du sculpteur Jean Del Cour et la richesse de son style. Réalisée en 1669, l’œuvre sculptée est polychromée, dorée et mesure 340 cm de haut et 220 cm de largeur.

Fig. 5 : haut-relief, 1972. CC BY 4.0 KIK-IRPA, Brussels (Belgium), cliché M066677] Fig. 6 : haut-relief, 2007 (©M. Lefftz) Fig. 7 : haut relief actuel, 2025 avec le président et le trésorier de la fabrique d’église (©E. Job)

La composition iconographique de cet ensemble reprend une formule propre au baroque et qui est utilisée à maintes reprises par le Bernin et ses émules à Rome : celle des anges descendus des cieux afin d’y apporter le message divin, dont la forme visible est représentée par une image ou une inscription. Dans le Mémorial de Spa, deux anges voletants supportent un médaillon feuillagé rempli par une dédicace. Au-dessus de ces derniers, à mi-hauteur de la composition, trois angelots portent les insignes du prince-évêque : le premier à gauche tient la crosse alors que celui de droite tient l’épée. Assis sur le médaillon, le troisième maintient un écusson contenant l’inscription « ce jour sera pour vous un jour célèbre, et très saint et vous le célébrerez dans la suite de tous les anges au livre de l’exode chap. 12 ». Enfin, sommant la composition, deux autres angelots soutiennent un ostensoir rayonnant et portent chacun une palme et un rameau de laurier. Outre l’iconographie, Del Cour reprend aussi au Bernin le modèle des drapés qui se déploient dans l’espace, qui deviendra un élément signature de son propre style.

L’œuvre fut commandée par la confrérie du Très Saint Sacrement et trônait à l’origine dans l’ancienne église de la ville. Installé dans l’église Notre-Dame et Saint-Remacle de Spa à plus de 7m de hauteur, ce relief se distingue d’une part par ses dimensions imposantes, la finesse de son modelé, son rendu naturaliste, mais également par la maitrise technique dont fait preuve l’artiste tant dans le rendu illusionniste des raccourcis que dans l’usage de la lumière. Le fait qu’une œuvre de 1669 ait été sauvée et réinstallée dans l’église actuelle, reconstruite pour rappel en 1885, montre l’importance que la communauté religieuse accordait à cette œuvre monumentale.

En outre, le mémorial du Très Saint-Sacrement de Spa figure parmi les œuvres de Jean Del Cour pour lesquelles l’œuvre préparatoire a été sauvegardée. Celle-ci est aujourd’hui conservée dans les réserves du musée des Beaux-Arts de Liège, La Boverie.

3. Technique et état de conservation

Le haut-relief de Del Cour a fait l’objet d’une attention particulière de la part du service Patrimoine de l’Évêché de Liège et du CIPAR, notamment dans le cadre de la constitution des inventaires. En raison de ses caractéristiques si singulières, l’œuvre constitue également un sujet d’étude pour l’atelier de sculpture polychromée de l’IRPA ainsi que par l’Université de Namur (faculté Philosophie et Lettres, Département d’archéologie et sciences de l’art).

Pourtant, l’observation in situ reste limitée puisque l’œuvre est accrochée à plus de 7 m de haut. Beaucoup de détails restent ainsi difficilement identifiables.

On sait que le haut-relief est taillé dans du bois de tilleul. La polychromie actuelle des reliefs se compose d’une monochromie blanchâtre et de rehauts de dorure. Le fond et l’encadrement est gris foncé. Une étude stratigraphique de la polychromie permettrait de déterminer la présence éventuelle de couches plus anciennes sous la couche actuelle. Des analyses en laboratoire éclaireraient sur l’identification du liant et des pigments.

Au niveau de son état de conservation, on peut confirmer une attaque active d’insectes xylophages.  De la sciure de bois est retenue au niveau des nombreuses toiles d’araignées dans la partie basse de l’œuvre. Ces observations ont été réalisées à l’aide d’une paire de jumelles.

Quelques soulèvements et lacunes de polychromie sont également observés et le support présente à certains endroits des petites ouvertures de joint d’assemblage. L’empoussièrement et l’encrassement semblent être généralisés et surtout discernables au niveau des carnations blanches (aujourd’hui grisâtres). Aucun manque n’est visible depuis le sol et l’œuvre semble malgré tout en bon état général.

Seule une dépose permettrait de compléter les informations dont nous disposons actuellement. Des observations minutieuses, accompagnées d’une documentation rigoureuse, devraient être réalisées avant la mise en œuvre de certaines interventions de conservation, telles que l’anoxie, le dépoussiérage et le traitement de fixage de la couche picturale.

Sarah Collard (UNamur)

Emmanuelle Mercier (IRPA)

Emmanuelle Job (Evêché de Liège)

4. Bibliographie

LEFFTZ, Michel, Jean Del Cour 1631-1707, éditions Racine, Liège, 2007.

LEFFTZ, M., La sculpture baroque liégeoise, Jean Del Cour, t. II 2.1 et 2.2, Thèse de doctorat en Histoire de l’art à l’université de Louvain-la-Neuve. 1998.

LESUISSE, R., Le sculpteur Jean Del Cour, sa vie, son œuvre, son évolution, son style, son influence, Nivelles, 1953.

[1] L’église présente l’avantage d’être ouverte tous les jours de la semaine, offrant ainsi un accès facile aux fidèles et touristes désireux de découvrir le patrimoine religieux spadois.

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