La restauration de l'église de Gottechain après un vandalisme : un défi relevé !
Nous avions communiqué, via les réseaux sociaux du CIPAR, sur le vandalisme qu’avait subi l’église Saint-Remacle de Gottechain (commune de Grez-Doiceau) en septembre 2025. 7 mois plus tard, grâce à l’énergie et l’investissement de la fabrique d’église et plus largement de la communauté paroissiale et du village, l’église de Gottechain est restaurée et vient de fêter sa réouverture par une journée festive, ce 11 avril. Retour sur ces évènements avec le récit de Dominique Pirlot, président de la Fabrique.
Un événement marquant pour le village
Le 4 septembre 2025, notre village de Gottechain a traversé un moment particulièrement difficile. Notre église Saint-Remacle, lieu de recueillement, de mémoire et de transmission, a été vandalisée. La porte a été fracturée, l’autel endommagé, le tabernacle arraché et emporté, et plusieurs objets sacrés ont été profanés. Au-delà du bâtiment, c’est une part de notre patrimoine, de nos traditions et de notre histoire qui a été blessée. Le village et les villages avoisinants sont choqués. L’Eglise doit être fermée.
Photos Léopold d’Otreppe
Réactions et démarches de la fabrique d’église
Pour la fabrique d’église, il était impératif de tout mettre en œuvre pour rouvrir notre église au plus vite. Dès le lendemain, des démarches ont été entreprises pour vérifier que la fabrique était bien assurée contre le vandalisme et qu’une demande d’intervention via le courtier pouvait être introduite. Avec l’aide d’un habitant du village formé à l’ébénisterie, la fabrique d’église a réalisé une description très précise des dégâts constatés au maître autel, à la porte de la sacristie et aux stalles.
Organisation des travaux
Grâce au CIPAR et au Service du Temporel du Vicariat du Brabant wallon, une liste d’ébénistes a été établie. Sur la base de la description des dégâts, un appel d’offres a été lancé. Une réunion élargie de la fabrique d’église à la fin du mois d’octobre a permis de sélectionner l’offre de Monsieur Glatigny, en tenant compte du prix, de l’expérience, des ressources et des délais. L’offre retenue a ensuite été transmise au courtier. La flèche du maître autel, qui menaçait de tomber, a pu être stabilisée avec l’accord du courtier.
Après la visite des lieux avec l’expert et l’accord de la compagnie d’assurance sur l’offre transmise, le regroupement et l’identification des nombreux morceaux endommagés ont pu être effectués.
Témoignage de Jean-Albert Glatigny, restaurateur :
Dans la nuit du 4 au 5 septembre 2025, après avoir forcé la porte d’entrée de l’église, les voleurs se sont attaqués au tabernacle. Pour en extraire le coffre-fort, ils ont cassé et ouvert le maitre autel par le milieu. Ceci a eu pour conséquence de défaire des assemblages et de décrocher la haute flèche du sommet qui penchait dangereusement.
La porte de la sacristie a été défoncée à l’aide d’une barre de fer, brisant le panneau sculpté en une cinquantaine de morceaux. Le chambranle de porte, les lambris, ainsi que les stalles attenantes ont été décrochés du mur. Partout, où leur furie s’est abattue, on observait des surfaces écrasées et des éléments brisés.
En urgence, nous avons redressé et stabilisé la flèche. Face à ce sinistre, notre mission de conservateur-restaurateur du patrimoine a été de réutiliser le maximum de matériaux originaux, de préserver l’homogénéité de l’ensemble et d’utiliser des techniques réversibles dans le respect de la conception originale.
Quand le bois est brisé, on constate une expansion des fibres à l’endroit des cassures. Il faut donc retailler chaque fragment pour pouvoir le remettre à sa place initiale. C’est un très long puzzle où les collages se font un à un à l’aide de colle de peau animale.
Détail technique inhabituel, nous avons doucement et progressivement remis en place les éléments écartés à l’aide d’étançon et de cric de levage.
Quelques zones, à la surface trop écrasée, ont été incrustées de pièces de chêne sessile, identique à celui utilisé par les artisans de 1855. Le ton des nouvelles pièces a été retouché à l’aide de teinte à l’eau et de cire colorée.
A l’arrière de l’autel, nous avons eu la surprise de découvrir des inscriptions qui nous ont révélé que le décor doré de l’autel avait été fait par Eugène Gesquière. Au mois de mai 1909, 54 ans après la fabrication des boiseries, ce peintre-décorateur est venu de Furnes, dorer les arrêtes du maitre autel, écrire « Ecce panis Angelorum » sur la prédelle et peindre ces jolis rinceaux.
Deux mois de travail ont été nécessaire pour réparer les dommages subis. Ce travail d’équipe (avec l’aide d’André de Castelbajac) a été extrêmement satisfaisant, tant au point de vue technique qu’au niveau humain. Grâce aux personnes rencontrées dans l’église, nous avons eu l’impression de réparer beaucoup plus que des boiseries.

Photos Jean-Albert Glatigny
Préparatifs pour la réouverture
Une fois l’accord de la compagnie d’assurance obtenu en décembre 2025, la Fabrique d’Église s’est concentrée sur les étapes liées à la réouverture de l’église. Des démarches ont été réalisées auprès de l’archidiocèse pour le rite de réparation, ainsi qu’auprès de différents acteurs locaux tels que l’Office du tourisme, la commune, l’académie de musique et le comité des fêtes du village.
Un événement fédérateur pour le village
Une après-midi dédiée à la mise à l’honneur de notre patrimoine a été organisée. Au programme : contes pour enfants, chasse aux œufs, exposés du CIPAR ainsi que de Monsieur Glatigny, concert de l’académie de musique, discours du bourgmestre et verre de l’amitié.
L’objectif était de rassembler les habitants du village dans une ambiance festive et musicale. Plus de 250 personnes ont participé à la réouverture de notre église. Une belle ambiance, une belle réussite !

Photo Dominique Pirlot Photo Léopold d’Otreppe
Exposé du bourgmestre Paul Vandeleene lors de la soirée du 11 avril 2026
Au cœur de cette épreuve, quelque chose d’essentiel s’est révélé : la force de votre communauté. Très vite, les habitants du village se sont mobilisés. Les croyants, bien sûr, profondément touchés. Mais aussi nombre de personnes pour qui l’église n’est pas un lieu de culte, mais demeure un repère, un symbole, un héritage.
Aujourd’hui, cette église est ré-ouverte grâce à vous et debout ; peut-être même debout plus forte qu’avant.
Car restaurer un bâtiment est une chose ; une communauté rassemblée, c’en est une autre.
Je tiens également à remercier toutes celles et ceux qui ont pris part à la restauration : les membres de la Fabrique d’église, les bénévoles, les artisans ; toutes les personnes qui, dans l’ombre, ont veillé à ce que tout soit prêt pour ce jour.
Puissions-nous garder en mémoire que, même dans les moments les plus sombres, la solidarité est une lumière qui ne s’éteint pas.
Que Gottechain, comme l’ensemble des villages de notre commune, reste un lieu où l’on se parle, où l’on s’écoute, où l’on s’entraide.
Dominique Pirlot