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Garder l’église au milieu du village : l’avenir du patrimoine religieux en Hesbaye

Publié le 01/06/2026

En décembre 2025, la Commune de Braives a été récompensée pour son projet de rénovation et de réaffectation de l’église paroissiale Saint-Maurice de Ciplet dans le cadre du concours Patrimoine & Innovation organisé par la société ImmoPass, spécialisée dans les audits immobiliers techniques et énergétiques. Le lot qui consiste en la numérisation 3D complète de l’édifice est une porte ouverte pour tous les projets concrets de valorisation de ce bien d’exception et du patrimoine artistique qu’il contient.

Vue de l’église issue des plans ImmoPass

A l’origine, il s’agissait d’une opportunité saisie par les services communaux, celle de disposer de plans récents établis grâce à une technologie de pointe. Au-delà de cela, c’était aussi l’occasion d’enclencher la réflexion sur l’avenir des églises en milieu rural à une époque de défis sociétaux et budgétaires. Les fidèles sont de moins en moins nombreux à fréquenter les lieux de culte, et les moyens manquent pour entretenir ces bâtiments immenses, édifiés ou remaniés au 19e siècle, souvent modifiés et agrandis au début du 20e siècle : les toitures, les élévations, les baies, les abords, sans compter les éléments de patrimoine artistique dont certains sont solidaires du bâti, comme les vitraux, tant de postes plus onéreux les uns que les autres. Les fabriques d’église chargées de l’entretien du temporel du culte sont débordées par les responsabilités qui leur incombent. Comme à Ciplet, elles peinent à réunir les fonds nécessaires aux dépenses les plus urgentes : les assurances, le chauffage et les frais divers, notamment ceux liés à la sécurité du public. Car en effet, les églises témoins d’histoire locale sont aussi des lieux ouverts au public. Et si cette vocation publique était la clé de tout ?

Il n’est pas nécessaire d’avoir la foi pour aimer l’église de son village, cette église où l’on s’est réjoui et où l’on a pleuré ensemble. Il y a là un sentiment très fort, intime et précieux, qu’il faut garder et renforcer, car il cimente l’identité locale, qui nous fait faire société en dépit des tendances individualistes de notre monde.

Comment amener les gens à fréquenter à nouveau les églises, en dehors des considérations religieuses, dans le respect, au bénéfice du plus grand nombre mais sans brutaliser les croyants ? Tout simplement en intégrant ces lieux à la vie quotidienne, tout en conservant un espace pour le sacré. A Ciplet, la configuration est idéale, car l’église présente deux entrées distinctes. L’usage partagé du lieu est donc tout à fait possible, sans grande difficulté : d’une part, l’église proprement dite, préservée, rassemblée autour du chœur et du transept aux proportions généreuses ; d’autre part, un lieu de vie pour tous les jours, un lieu d’activité essentielle mais calme. Pourquoi pas un lieu de travail ? La piste retenue – celle du coworking – colle aux enjeux d’aujourd’hui, pour répondre aux besoins des travailleurs salariés ou indépendants, et même des jeunes en quête d’un lieu d’étude. On aurait pu penser à d’autres utilisations calmes, comme une antenne culturelle ou une bibliothèque, capables de voisiner avec un lieu de culte en activité, mais le contexte actuel de la réforme du marché du travail a paru particulièrement porteur.

Extrait du projet soumis - Plan de l’église, 1974 – Séparation des espaces

Reste à concevoir la séparation des espaces : elle est inévitable, forcément, mais elle doit aussi être harmonieuse, esthétique, respectueuse de l’architecture du lieu et aisément réversible, à la demande, en cas d’événements culturels importants (concerts, expositions, représentations théâtrales) ou d’événements de la vie chrétienne rassemblant une assistance nombreuse (mariages, communions, funérailles). L’idée était de disposer de l’édifice sans le défigurer et sans le verrouiller. Dans le cadre du projet braivois, le choix s’est porté sur de grands châssis équipés de verre dépoli, dotés d’ouvrants mobiles en partie basse et qui laissent passer la lumière.

Suggestion de verrière respectant l’architecture

Enfin, pour rendre le lieu attractif et confortable, il est nécessaire de le repenser complètement : un chauffage au sol alimenté par des panneaux photovoltaïques, des éclairages LED efficaces et économes, l’installation d’internet et de toutes les commodités sanitaires, ainsi que toutes les solutions concourant à l’isolation de l’édifice.

Le projet de coworking à l’église de Ciplet verra-t-il le jour ? Il est trop tôt pour le dire, même si les plans issus de la digitalisation du lieu constituent un socle solide pour toutes les décisions à venir, une base saine et opérationnelle pour une utilisation multifonctionnelle des églises, et le point de départ d’autres réflexions fécondes en accord avec les fabriques d’église et les autorités religieuses.

Catherine Lheureux

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