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Les églises du 20e siècle, une précieuse contribution au Patrimoine wallon

Publié le 01/06/2026

La Ministre wallonne du Patrimoine, Mme Valérie Lescrenier, a décidé de lancer la procédure en vue du classement éventuel du centre ecclésial Saint-Georges à Marloie, un ensemble moderniste, le premier du genre en Wallonie, qui ne lasse pas d’étonner et d’inspirer.

Marloie - Marche-en-Famenne - Eglise saint-George - extérieur. Photo : Vincent Rocher, Agence wallonne du Patrimoine, DST.

En 1944, le 21 mai, une terrible explosion ravage le village de Marloie, faisant 41 morts, des centaines de blessés, la moitié du bâti endommagée ou détruite dont l’église et le presbytère… une attaque aérienne a touché un train chargé d’explosifs alors à l’arrêt à la gare et le convoi voisin transportant des carburants.

L’église et le presbytère doivent être détruits en 1945.  Le projet de leur reconstruction est lancé aussitôt.  Elle aura cours de 1952 à 1956, avec, aux commandes, les autorités communales, propriétaires, Victor Sarlet (qui signe les plans) - Raymond Lamarche pour architectes et le Chanoine André Lanotte, alors chargé des travaux liés à la Reconstruction des églises pour le diocèse Namur-Luxembourg.

L’église, la tour-clocher isolée, le presbytère et les galeries couvertes qui les relient, marquent une rupture nette avec les conventions.  Né d’une catastrophe épouvantable, l’ensemble ecclésial propulse une nouvelle dynamique.  Le premier ouvrage ecclésial d’envergure de style moderniste de Wallonie impose la revendication de son appartenance à son époque. 

Marloie - Marche-en-Famenne - Eglise saint-George - intérieur. Photo : Vincent Rocher, Agence wallonne du Patrimoine, DST.

Plus que l’innovation stylistique, l’architecture traduit aussi l’avancée des réflexions autour de la liturgie.  Depuis le 19e siècle, la célébration issue du Concile de Trente est mise en question.  Le Renouveau liturgique a proposé des alternatives rencontrant les incitations de Rome.  Depuis les années 1920, les plans des édifices de culte se modifient peu à peu reflétant le mouvement en cours que le Concile Vatican II fixe en 1963.  A l’époque de la construction de l’ensemble Saint-Georges, le fruit n’est pas encore mûr mais déjà coloré et bien formé. 

La composition de l’église traduit l’état de la question au milieu des années 1950 : nef unique, large chœur peu profond, autel permettant la messe face ou dos à la communauté, baptistère et chapelle de semaine indépendants du bâtiment principal et surtout, mise en évidence de l’autel qui doit focaliser l’attention.  La Parole n’est pas encore le point d’intérêt privilégié.  De même la tour-clocher isolée marque nettement l’espace public, le presbytère n’offre plus une image solennelle mais bien la physionomie d’un bâtiment accueillant et ouvert.

En matière de Patrimoine, la hardiesse, la pureté, la légèreté de l’architecture ont bien sûr été relevées mais aussi le soin tout particulier donné à la différenciation des espaces en fonction et en étroit accord avec leur fonction.  Le choix et la mise en oeuvre des matériaux sont aussi très remarqués (béton et béton armé avec recours ciblé à la pierre locale), de même que la participation des artistes Maurice Rocher pour la mosaïque monumentale de la façade, le duo Zéphir Busine et Georges Boulmant pour la statuaire, le Chemin de Croix et les fonts baptismaux, Félix Roulin pour le coq du clocher et Louis-Marie Londot pour vitraux.  La conservation de la totalité du mobilier intégré s’accordant parfaitement avec l’architecture et largement conçue par Victor Sarlet lui-même a ajouté aussi à la proposition de classement.

Marloie - Marche-en-Famenne - Eglise saint-George - vitrail. Photo : Vincent Rocher, Agence wallonne du Patrimoine, DST.

Les bâtiments ont en effet été particulièrement bien conservés, comme le dessin des sentiers sur la parcelle et la très grande vasque octogonale en pierre du jardin.  De la même manière, des éléments de passage ou plus fragiles comme les sols, les plafonds de dalles en jonc, la totalité de l’huisserie (dont les très étonnantes portes en aluminium doré de l’entrée, …), les œuvres d’art, la table de communion, les confessionnaux, etc. sont encore d’origine. 

Le bien répond dès lors aux critères évalués lors du classement : authenticité, représentativité, intégrité et représentativité. Il présente un intérêt considérable et remarquable au point de vue architectural, artistique, esthétique, social, technique, urbaniste, mémoriel et historique (le ministère de l’Intérieur ayant requis la construction d’un abri anti-aérien en sous-sol).  Il s’inscrit de plus dans la valorisation du patrimoine du 20e siècle soutenue par le Gouvernement wallon.

S’il s’avère que le classement se produise, les travaux éventuels à venir seront suivis par l’Agence wallonne du patrimoine pour la préservation et la transmission aux générations futures de ce monument hors du commun, particulièrement représentatif de son temps.  Les Monuments classés font l’objet d’une large intervention financière dans le coût des travaux autorisés.  Dans le cas présent, il n’y a pas d’ intervention notoire ni urgente à prévoir, sauf la restauration de la mosaïque monumentale.

Anne-Françoise Piérard,

Attachée, Historienne de l’art

Agence wallonne du Patrimoine, Direction Zone Centre

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