L'avenir du patrimoine religieux : retour sur la 7e journée d'étude du CIPAR
Le CIPAR (Centre interdiocésain du Patrimoine et des Arts religieux, Belgique francophone) a consacré sa 7e journée annuelle à l’avenir du patrimoine religieux (Namur, le 9 octobre 2026) : Que faire lorsque le patrimoine religieux mobilier ne peut être conservé dans le lieu de culte où il était affecté, soit en raison des risques pour la conservation ou la sécurité, soit à cause de la désaffectation partielle ou totale du lieu de culte ? Qui peut décider et selon quels critères ? Ce vaste sujet où l’histoire et le droit occupent une place importante touche à la vie des communautés chrétiennes et de leur patrimoine. Depuis la Révolution Française et le Concordat de 1801, les lieux de culte dépendent à la fois du droit public et de la législation canonique : Statut du patrimoine mobilier affecté au culte au regard du droit public et du droit canonique (Alexandre Paternotre, avocat). En clair, les fabriques d’église peuvent être soit propriétaires, soit affectataires du patrimoine religieux mobilier de leur église. Les fabriques et les communes sont ainsi amenées à collaborer, en tenant compte notamment du Décret de la Région wallonne (2017). Que faire du patrimoine religieux mobilier sans usage cultuel ? Aspect canonique (Eric de Beukelaer, Vicaire général du diocèse de Liège). A partir des canons 1117 et 1292 et 1293, l’orateur rappelle le respect dû au objets « sacrés » et aux conditions de l’aliénation des biens d’église. Ici aussi la double autorité du droit civil et du droit canonique doit jouer. Au-delà du droit : rôle et vocation pastorale du patrimoine religieux (Jean-Pierre Lorette, Doyen de Mons). Si les objets du culte relèvent du droit, ils ont une fonction pastorale, car ils servent à l’annonce de l’Evangile. Les rites chrétiens mobilisent non seulement l’intelligence mais les sens et ont un rôle éminent dans l’expérience religieuse. Ils doivent toutefois être distingués des objets de dévotion, bien que les uns et les autres soient chargés de nous conduire à Dieu. Certains ont fait l’objet d’une dédicace ou d’une bénédiction (c. 1171 et 1238). Objets inanimés, avez-vous une âme ? Regards philosophiques sur la préservation du patrimoine religieux (Dominique Lambert, professeur émérite à l’Université de Namur). Oui, ces objets « ont une âme » (Lamartine). Par leur dimension historique, ils sont porteurs d’une mémoire et des relations des croyants entre eux et avec Dieu. Ils sont comme les traces du passé, porteurs de « sens ». Leur signification dépasse leur stricte matérialité et leur valeur esthétique.
La seconde partie de la journée a présenté de nombreuses « études de cas » tout en précisant les compétences des instances publiques, à savoir la Fédération Wallonnie-Bruxelles (FWB) et l’Agence Wallonne du Patrimoine (AWAP). Fermeture d’églises et devenir du patrimoine mobilier : quel rôle pour la Fédération Wallonnie-Bruxelles ? (Emilie Berger, FWA). Les missions de la FWB (Décret du 17 mars 2022) concernent notamment le classement et la protection des œuvres les plus remarquables et la protection des « biens patrimoniaux ». Elle est aussi concernée par les procédures de désaffectation totale ou partielle des églises. L’inventaire obligatoire du patrimoine mobilier religieux est un instrument de travail indispensable qui concerne tous les lieux de culte publics. Réinventer l’avenir des lieux de culte : rôle de l’AWAP ? (Séverine Toussaint). Les missions de l’AWAP sont multiples : former, procéder à des fouilles archéologiques, classer et protéger le patrimoine mobilier de valeur, sensibiliser aux enjeux du patrimoine, etc. Tout conserver ou conserver ce qui compte ? L’analyse du patrimoine (Bert van der Veken, PARCUM, Leuven). La gestion des églises flamandes est régie par le Décret de la Communauté flamande de 2004. Le PARCUM est un Centre d’analyse scientifique du mobilier religieux, mais aussi des bâtiments cultuels dans lesquels le patrimoine religieux était inscrit. Il œuvre à la conservation et à la restauration des œuvres. Sa méthode de travail est de conjoindre l’inventaire du patrimoine mobilier et les critères de l’évaluation. Cela suppose une connaissance des lieux, des personnes et des communautés concernées. Selon le consultant, tous les objets ne doivent pas être conservés. Evaluer le patrimoine religieux ? Agir avec méthode, concertation et bon sens (Maura Moriaux, CIPAR). Le CIPAR a beaucoup profité de l’expérience du PARCUM, lui-même inspiré des travaux hollandais d’Utrecht pour définir son propre champ de travail et d’étude dans ce domaine pluridisciplinaire et « pluri-juridictionnel ». Il a été question des critères préalables aux choix possibles en cas de réaffectation du patrimoine dans d’autres lieux de culte, de désaffectation et de création de « conservatoires », par exemple diocésains. Contextes et conditions de la mise en dépôt (Léopold d’Otreppe, CIPAR). Les procédures préalables au dépôt sont longues mais indispensables pour garder la traçabilité et assurer la protection et la conservation des œuvres. Ces missions sont notamment abordées dans la Lettre pastorale du Saint-Siège sur le patrimoine religieux (2001). Les critères pour réussir une pareille opération sont multiples et complémentaires. Le Centre d’Histoire et d’Art sacré en Hainaut (CHASHa), situé au Séminaire de Bonne-Espérance dans le diocèse de Tournai, en est un bel exemple.
Divers témoignages de terrain ont été ensuite présentés concernant des réaffectations totales ou partielles d’églises par des collaborateurs des divers Services diocésains du patrimoine : Thibaut Roblain pour le diocèse de Liège, Hélène Cambier pour le diocèse de Namur, Samüel Christiaens pour le diocèse de Tournai. Les archives dans un contexte de désaffectation d’un lieu de culte (François Moreau, Archives de l’Etat, Arlon). Les archives des fabriques d’église sont soumises à la surveillance des Archives de l’Etat. Elles peuvent être déposées dans ces institutions, à la disposition des chercheurs. Les Archives relatives aux activités pastorales des paroisses ont par contre un caractère privé ; elles peuvent toutefois être déposées dans les dépôts des Archives de l’Etat. Les fonctionnaires veillent à ce que les archives paroissiales ne se perdent pas, notamment lorsqu’un presbytère est supprimé ou en cas de sinistre.
Cette riche journée, suivie attentivement par un nombre important de fabriciens d’église a été introduite par Christian Pacco, fondateur et directeur du CIPAR et conclue par Bénédicte de Ghellinck, coordinatrice du CIPAR.
André HAQUIN