Protéger son église

Conseils concrets pour protéger votre église

Un inventaire à jour pour une gestion responsable
Répertorier et connaître le patrimoine de son église est essentiel pour mieux le protéger. Réaliser l’inventaire des objets de son église permet de les identifier, d’enregistrer où ils se trouvent et dans quel état. Cela permet de mieux évaluer les risques et de prioriser des actions.
En cas de vol, l’inventaire prouve que l’objet était bien présent dans l’église. Être en possession d’une bonne photographie et d’une fiche descriptive à jour est primordial pour permettre le signalement d’objets volés à la police. Diffuser très rapidement des informations et des photographies des objets volés complique d’ailleurs la tâche des voleurs qui veulent les revendre. Et quand des objets volés sont récupérés, les fiches d’inventaire et les photos permettent de les identifier plus facilement et de les rendre à la fabrique.
Les diocèses francophones de Belgique ont mis en place une base de données commune, accessible en ligne, pour enregistrer l’inventaire du patrimoine mobilier des églises. N’hésitez pas à contacter le CIPAR pour plus d’informations à ce sujet.
Ces recensements et partenariats ont un objectif clair : freiner les recels et les reventes. La police judiciaire fédérale a également un service spécifique pour le patrimoine. Elle recommande également d’avoir un inventaire complet des objets. Cela facilite grandement l’enquête.

 Malfaiteur qui force une porteQue faire pour protéger son église ?
Il peut être utile de faire le point sur la sécurité de son église. Evaluez la situation actuelle :

  • Qui a les clés ?
  • où sont-elles ?
  • y a-t-il des objets plus susceptibles d’être volés que d’autres ?
  • où sont-ils ?
  • les portes secondaires sont-elles en bon état ?
  • y a-t-il des accès non visibles depuis l’espace public ?

Des mesures simples et de bon sens peuvent déjà améliorer la sécurité du patrimoine religieux de votre église :
– mettez les objets de culte en lieu sûr, ne permettez pas de les voir de l’extérieur ;
– conservez les objets d’orfèvrerie dans un coffre-fort ;
– ne favorisez pas la découverte de clés ! rangez-les dans un endroit sécurisé, ou mieux, évitez d’en cacher dans l’église ;
– sensibilisez les habitants à la protection de l’église : n’hésitez pas à prévenir les services de police en cas de mouvements suspects de personnes ou de véhicules autour des édifices ;
– vérifiez que les portes secondaires sont en bon état (boiseries ; serrures) et sécurisez-les correctement en installant un système de verrouillage à plusieurs points d’ancrage, rendez impossible l’accès par l’extérieur (maintenez la possibilité d’ouvrir par l’intérieur une des portes secondaires, pour raisons de sécurité).
– condamnez les accès inutiles ;
– placez un éclairage avec détecteur de mouvement au-dessus de chaque porte de l’église.
– n’utilisez pas le tabernacle comme un lieu de rangement d’objets précieux divers (le tabernacle abrite le Saint-Sacrement, rien d’autre). Le contenu du tabernacle est souvent visé lors des vols. Conservez le Saint-Sacrement dans un ciboire digne, mais sans valeur patrimoniale.
Référez-vous également à la plaquette du CIPAR. Nous vous recommandons d’afficher ce document à l’intérieur de l’église, par exemple dans la sacristie.

Quels objets sont le plus souvent visés ?
Les objets en métal « brillant » de valeur patrimoniale ou non attirent beaucoup les voleurs.
A l’avenir, il est impératif que toutes les pièces d’orfèvrerie de valeur patrimoniale (intérêt historique, artistique,…) puissent être conservées dans des coffres-forts. Nous devons tous concentrer nos efforts pour sécuriser au mieux ces objets précieux qui relèvent du patrimoine public.

  
Que faire en cas de vol ?
Lors d’un constat de vol, plusieurs démarches sont à effectuer, et ce le plus rapidement possible.
1. portez plainte le plus rapidement possible à la police locale (tél. 101), gardez une copie de la plainte.
2. ne touchez à rien pour ne pas effacer de traces !
3. rassemblez des photographies récentes et nettes et un maximum d’informations sur l’(les) objet(s) volé(s) (dimensions, description, matériaux, couleur, inscriptions, autres particularités physiques, etc.). Ces informations vous seront demandées par la police et les autres acteurs concernés.
4. avertissez votre assurance si les biens sont assurés.
5. prenez également contact avec le Service Fabrique ou le Service Patrimoine de votre diocèse (voir cipar.be ou contacts ci-dessous).
Le CIPAR pourra alerter les instances compétentes et diffusera les informations recueillies sur son site internet et les réseaux sociaux. Nous vous invitons à nous y suivre.
En cas de vol, il est essentiel que les services de police soient informés de tous les éléments pouvant aider l’enquête (par exemple, véhicules et agissements suspects autour de l’église). N’hésitez donc pas à prévenir la police.
Vous pouvez également faire appel gratuitement au conseiller en prévention vol de votre zone de police ou de votre commune. Vous trouverez ces coordonnées sur le site https://www.besafe.be de la Direction générale Sécurité et Prévention du SPF Intérieur.
Vous pouvez trouver également les informations relatives à la prévention-vol sur notre plaquette CIPAR ci-dessous.

Contacts du Service Patrimoine des différents diocèses
Diocèse de Namur : Hélène Cambier, acf@diocesedenamur.be, 0498710316.
Diocèse de Tournai : Déborah Lo Mauro, deborah.lomauro@evechetournai.be, 069 452 654 , Elise Philippe (en remplacement de Deborah Lo Mauro) : elise.philippe@evechetournai.be.
Vicariat du Brabant Wallon : Laurent Temmerman, Laurent.Temmerman@diomb.be, 0472 61 99 49.
Diocèse de Liège : Yves Charlier, yvescharlier.liege@gmail.com, 0473 78 81 55.

Pour tout renseignement supplémentaire, n’hésitez pas à contacter le CIPAR à info@cipar.be.


Interview de Lucas Verhaegen (Police Fédérale)

CIPAR : Qui vole dans les églises aujourd’hui ?
L.V. :Il y a une différence entre la Flandre et la Wallonie. En Wallonie c’est en série, par exemple sur l’axe Givet-Dinant-Namur où sur un laps de temps de plus ou moins un mois, il y a quatre ou sept vols dans les églises souvent commis par des bandes organisées et spécialisées. On retrouve le même phénomène en Province du Luxembourg.
Ce sont des cambriolages assez rentables car ce sont souvent plusieurs objets d’un coup et des pièces de valeur.
CIPAR : Que vole-t-on dans les églises ?

L.V. : Ce sont principalement des statues et des objets en métal, le plus souvent orfévrés. Lorsqu’on vole des objets en métal (dans le but de revendre ce métal, ndlr), ce sont souvent des chemins de croix ou parfois des cuves baptismales. Mais ce sont des objets encombrants, donc le ratio risque-rentabilité est peu élevé.

CIPAR : Certaines matières premières, comme le cuivre, sont assez prisées si l’on en juge par le nombre de vols de câbles commis le long des voies ferrées, peut-on en dire autant des biens d’églises ?
L.V. : On constate une corrélation entre les vols dans les églises et les vols de métaux. Quand le prix des métaux est assez élevé, on va avoir une augmentation du vol des métaux sur les chantiers. Si le prix est très bas, on va voir une augmentation des vols dans les églises, on a donc affaire aux mêmes auteurs. C’est une question de rendement : si le prix du cuivre est à 10 cents, on prend beaucoup moins de risques dans une église car on se fait beaucoup plus facilement attraper sur un chantier.
CIPAR : Dans le cas des métaux, est-on face au même genre de criminalité ? Ce sont aussi des vols en série ?
L.V. : Dans le cadre des métaux, c’est beaucoup plus aléatoire car les églises sont immobiles au contraire des chantiers.

CIPAR : Eglises ouvertes ou fermées : quelles différences en termes de risques ?
L.V. : Question vols, c’est moitié-moitié : dans les églises ouvertes, ils ont beaucoup moins de temps avec le risque d’être vus, donc ils doivent réagir très vite et les pièces ciblées vont être plus petites. Le véritable danger, c’est la nuit car les voleurs ont tout le temps d’agir à l’abri des regards.
statue protégée

CIPAR : Que faire lorsqu’une fabrique dispose de pièces exceptionnelles ? Les sécuriser ? Faire réaliser une copie ?
L.V. : Faire réaliser une copie, c’est un choix qui incombe à la fabrique (avec le conseil d’experts, ndlr). Sinon il y a la solution pratique des grillages qui permettent de protéger l’œuvre. Un voleur est sensible à la vitesse, à la facilité et à l’anonymat. Si on essaie d’éliminer ces trois points, on est déjà bien avancé sur la prévention des vols. Ne fût-ce qu’un détecteur avec lumière ou l’illumination de la nef, effraient les intrus potentiels. On peut aussi freiner leur progression en dressant des obstacles, comme des barrières ou des grilles.

Le CIPAR attire l’attention sur le fait que les grilles de protection suggérées par Lucas Verhaegen ne sont qu’une solution parmi d’autres. Le CIPAR se tient à la disposition des fabriciens pour proposer d’autres systèmes de sécurisation.
https://cipar.be/securite/