La théothèque de Loyers: redécouverte d’une oeuvre exceptionnelle!

Théothèque de Loyers : la Dernière scène (©KIKIRPA)

Ce dimanche 20 janvier a été dévoilée au public la restauration de la belle théothèque de l’église Saint-Sébastien de Loyers, près de Namur. C’est l’occasion de nous rappeler la signification de cet ouvrage dont l’usage a disparu au XVIIe siècle.

Théothèque de Loyers (© KIKIRPA)Au Moyen Âge, le Saint-Sacrement pouvait être conservé dans une niche placée contre un mur latéral du chœur et appelée théothèque ou tourelle eucharistique. La conservation des Saintes Espèces avait alors essentiellement pour objectif de constituer une réserve pour être distribuée aux malades. Ces réceptacles pouvaient être de simples niches fermées par une petite porte en fer. Parfois, l’espace occupait toute l’épaisseur du mur, une seconde porte ajourée s’ouvrant à l’extérieur du bâtiment et permettait aux fidèles une approche du Saint-Sacrement sans pénétrer à l’intérieur de l’église.
A la fin du Moyen Âge, ces constructions ont pris une allure plus importante. C’est le cas de la théothèque de Loyers qui devient un véritable édicule et qui est datée de 1584. Le monument en grès blond est constitué d’un réceptacle grillagé déposé sur un socle et surmonté de trois niveaux décoratifs en forme de tourelle. L’ensemble qui porte encore quelques traces de polychromie est réalisé dans le style renaissance qui se répand dans nos régions durant la seconde moitié du XVIe siècle. Nous y retrouvons tout le vocabulaire antique remis en valeur à cette époque en Italie : guirlandes de fruits, cariatides à chapiteau ionique, balustres, coquilles, entablement à triglyphes.
L’iconographie est riche et en rapport avec la fonction de l’objet. Le réceptacle du Saint-Sacrement est cantonné de statues-colonnettes figurant les quatre évangélistes traités comme des dignitaires antiques. Le deuxième registre est illustré des scènes bibliques en lien avec l’Eucharistie : la récolte de la manne par les Hébreux, la rencontre d’Abraham et Melchisédech et la dernière cène. Le troisième registre, plus étroit, est soutenu par des cariatides témoignant du goût pour l’Antiquité qui règne alors en Italie. Le monument est sommé d’un pélican qui nourrit ses petits en s’ouvrant la poitrine, symbole eucharistique par excellence.

A partir du XVIe siècle, dans la foulée du Concile de Trente, l’usage des tourelles de Saint-Sacrement s’est perdu au profit des tabernacles. En effet, le concile a insisté sur l’importance des sacrements, et en particulier de l’Eucharistie, au chœur de la liturgie. La réserve eucharistique est placée sur l’autel, dans un tabernacle inséré au milieu d’un grand retable qui le met en valeur. La présence réelle du Christ devient le centre de l’église vers lequel est tournée toute l’action liturgique et les prières des fidèles.

La restauration remarquable de Loyers a été initiée par la fabrique d’église et son président François des Touches, mise en œuvre par l’IRPA et réalisée par la société Lapis Arte d’Oosterzeele grâce au financement du Fonds Courtin – Bouché de la Fondation Roi Baudouin.

Christian Pacco