Quelques vitraux en l’honneur du Saint-Sacrement en province de Namur

Grégoire le Grand sous les traits de Pie X et la Synagogue

En 1902 à Namur se tient un important congrès eucharistique. Quelques églises construites à cette époque conservent des vitraux dont l’iconographie reflète le regain important à ce moment d’un regain important de la dévotion au Saint-Sacrement.

Renouveau du culte eucharistique au XIXe siècle

Le concile de Trente avait bien réaffirmé le dogme de la transsubstantiation contesté par Luther et ses suiveurs. Le mystère de l’Eucharistie constitue le cœur de la foi et sa célébration le sommet de la vie sacramentelle du chrétien. Elle lui permet de s’unir à l’offrande du Christ. De tout temps, l’Église a insisté sur cette importance. Pourtant, au début du XIXe siècle, le clergé rigoriste n’encourageait pas la communion fréquente. Après l’aveu des péchés formulé lors de la confession, le fidèle n’obtenait l’absolution qu’après un long moment pendant lequel il devait s’abstenir de communier. Le sacrement ne pouvait être partagé que par une âme pure et digne de recevoir le corps du Christ.
Progressivement l’accessibilité du sacrement s’accroît. De récompense, il va être présenté comme moyen de conversion. La communion, aide pour les faibles et non pas reconnaissance pour les justes, trouve de nombreux défenseurs comme Alphonse de Ligori. Mgr de Ségur remet en honneur la doctrine de saint François de Sales à travers un ouvrage La très sainte Communion où il rappelle qu’on ne communie pas parce qu’on est bon, mais pour devenir meilleur.
En 1858, le bienheureux Julien Eymard, religieux mariste, institue l’adoration perpétuelle. Dans tous les diocèses du monde, chaque paroisse assure à tour de rôle l’adoration du Saint-Sacrement de jour comme de nuit. Les anciennes confréries du Saint-Sacrement sont relancées et sont souvent des lieux de rencontre de notables catholiques d’une cité.

                 Bomel Vitrail St Pascal Baylon

Les congrès eucharistiques

A partir de 1881, des congrès eucharistiques internationaux rassemblent régulièrement des milliers de fidèles. Ils sont l’occasion d’une affirmation solennelle de la foi au travers d’un déploiement de fastes impressionnant, d’une liturgie ostentatoire et de grandes processions.
L’un de ces congrès se tient à Namur en 1902 à l’initiative de Mgr Heylen qui avait été désigné président des Congrès eucharistiques internationaux. En 1910, se déroule à nouveau à Namur un congrès eucharistique diocésain, à l’occasion du 300ème anniversaire de la confrérie du Très Saint-Sacrement de l’église Saint-Jean Baptiste.
Le pape Pie X (1903-1914) continue dans cette voie. En 1905, dans son décret Sacrosancta Synodus, il encourage les fidèles à communier fréquemment, et même tous les jours. Il souligne que la communion est une nourriture pour ceux qui marchent plus qu’une récompense pour chrétiens parfaits. En 1910, il abaisse l’âge de la première communion des enfants à six ans, l’âge de discrétion. Une communion solennelle continuera toutefois à marquer l’entrée du jeune dans l’adolescence. Toutes ces dispositions visent à encourager une pratique plus fréquente des sacrements et une plus grande assiduité aux offices religieux.

Des vitraux en l’honneur du Saint-Sacrement

La dévotion eucharistique qui caractérise le début du XXe se répercutent dans la décoration des églises et particulièrement dans l’iconographie des vitraux. Plusieurs églises construites au début du siècle en région namuroise en témoignent. Nous évoquons quelques exemples.
En 1906, à Bomel, quartier de Namur, est construite une église dédiée au Saint-Sacrement. La verrière de la façade occidentale représente deux anges agenouillés devant un grand ostensoir inclus dans une gloire. Dans les fenêtres des murs latéraux, les représentations de saint Julienne de Cornillon, du bienheureux Julien Aymard, mentionné ci-dessus et de saint Pascal Baylon, un franciscain espagnol du XVIe siècle qui bénéficia de nombreuses visions du Corpus Christi. En 1897, le pape Léon XIII le proclama Séraphin de l’Eucharistie et patron des congrès eucharistiques internationaux.
L’église d’Anseremme, construite en 1907, est agrémentées de vitraux mettant en honneur les saints qui ont marqué l’histoire du Saint-Sacrement : sainte Barbe, sainte Claire, saint Norbert, saint Eloi et sainte Julienne de Cornillon, tous présentant le Saint-Sacrement dans un ostensoir.

Anseremme Se Julienne de cornillon 1909      Anseremme St Norbert      Anseremme St Pascal Baylon      Anseremme ste Barbe

Une messe de saint Grégoire

Plus surprenante est la grande verrière qui surmonte l’autel de l’église Saint-Paul des Rivages à Dinant réalisée par l’atelier Bary et Hintzen en 1909. L’artiste reprend un sujet cher à la fin du Moyen Âge, la Messe de saint Grégoire. Selon une légende datant du XIIIe siècle, le pape Grégoire le Grand célébrait la messe en compagnie d’un diacre septique face au mystère de la transsubstantiation. Au moment de l’élévation, le Christ lui-même se présente sur l’autel et un flux de sang jaillit de son flan remplissant le calice du pontife. Cet évènement miraculeux valide la réalité sacramentelle de l’action eucharistique en cours. La composition illustre l’évènement sur trois baies ogivales dans un décor de niches gothiques inspiré de l’art verrier du XIVe siècle. Le cocasse du vitrail est la représentation de saint Grégoire auquel l’artiste a donné les traits du pape Pie X en personne. D’autre part, l’apparition n’est pas celle d’un Christ ressuscité, comme c’était le cas dans les représentations médiévales, mais celle de la Trinité sous la forme dite du Trône de grâce, le Père tenant entre les jambes le Christ mort sur la croix. Dans la même tradition, on peut observer la figure symbolique de la synagogue voilée et se détournant du Christ qu’elle n’a pas voulu reconnaître. A l’étage inférieur de la baie, sont représentées les âmes souffrantes du purgatoire. La baie centrale superpose donc les trois composantes de l’Eglise telles qu’affirmées au Concile de Trente, l’Eglise souffrante que sont les âmes du purgatoire, l’Eglise militante ou terrestre, emmenée par le pape célébrant et flanqué dans la baie de gauche du clergé et de princes dans celle de droite et l’Eglise triomphante ou règne le Père tout puissant aux côtés de la Vierge. Le Christ en croix assure ainsi la connexion entre le monde militant et le paradis céleste.
La composition générale du vitrail illustre donc le rôle central de l’Eucharistie dans l’œuvre de rédemption du Christ annoncé par le prophète Isaïe dans angle inférieur gauche et le psalmiste dans l’angle inférieur droit. Cette étrange recomposition d’images médiévales et de thèmes tridentins illustre bien la créativité éclectique de l’art religieux de la fin du XIXe siècle.

Vitraux Rivages                                             Rivages Les ames du puregatoire

Légende des images :

Première galerie d’images : vitraux de Bomel, représentant respectivement le Bienheureux Eymard et Saint Pascal Baylon
Deuxième galerie d’images : vitraux d’Anseremme : sainte Barbe, Saint Norbert, Saint Pascal Baylon et Sainte Barbe
Troisième galerie d’images : vitraux de Rivages, vue d’ensemble et un détail des âmes du Purgatoire

Christian Pacco