Inauguration du retable et du maître-autel de Gedinne restaurés

Retable de Gedinne

Dans le sillage du début de la nouvelle année thématique du CIPAR consacrée à la statuaire en bois, l’occasion se présente pour proposer un focus sur un chef d’oeuvre sculpté : le retable de Gedinne. Après une campagne de recherche et de restauration de plusieurs années, le retable a regagné le 7 septembre dernier sa place en l’église Notre-Dame de la Nativité de Gedinne.

Retable de Gedinne
Retable de Gedinne (© Notre-Dame des 3 vallées)

L’évêque émérite de Namur, Mgr Rémy Vancottem, accueilli par M. Philippe Dubois, ancien président de la fabrique d’église, est venu présider l’eucharistie dominicale et bénir le « Retable de la Passion et de la Vie de la Vierge » restauré. La restauration a été réalisée par Fanny Cayron grâce au Fonds Jacques et Christiane Barbazon, géré par la Fondation Roi Baudouin. En fait, c’est non seulement le retable (deuxième moitié du XVIe siècle) et ses volets en accordéon (1870) qui ont été restaurés, mais également les deux antependia (XVIIIe et XXe siècle) ou « devants d’autel », ainsi que les deux niches baroques (XVIIe siècle), situées de part et d’autre de l’autel, abritant les statues polychromes de saint Roch et de saint Sébastien.

Comme l’ont expliqué les historiennes d’art : « Les volets et les deux antependia ont été démontés et traités en atelier par des spécialistes. Un antependium en toile peinte (XVIIIe siècle) a été enlevé de son châssis pour être déverni, retouché puis reverni. L’autre, constitué de textile brodé (XXe s.), a été nettoyé et une partie de la soie qui le composait a été remplacée à l’identique. Les deux niches suspendues dans le chœur sont, elles aussi, parties en atelier pour être traitées par anoxie, une technique de désinfection qui a permis de tuer les insectes xylophages qui les avaient attaquées ».

Le retable de Gedinne (XVIe siècle), sculpté, polychromé et doré, a été inséré dans l’autel majeur de style baroque (XVIIe siècle). Il est surmonté d’un fronton en plein cintre. De grande qualité, il n’est toutefois pas d’origine anversoise, mais dinantaise. De facture renaissante, annonciateur du baroque, il est stylistiquement apparenté au retable de la vraie croix de Bouvignes (1555) réalisé à Anvers et à celui de Roskilde (Danemark), tous deux du XVIe siècle. L’oeuvre ne porte aucune signature. On peut toutefois penser, à la suite de J. Borgnet, que le sculpteur des personnages est Jean Muzelle et le peintre, Jean Goblet, actif également à l’église Saint-Michel de Dinant et à l’église de Foy Notre-Dame (Voir Le Patrimoine monumental de la Belgique. Wallonie. 22/2. Namur, Arrondissement de Dinant. P. Mardaga, 1996, p. 545-546, ainsi que Gérard ANDRE, Le retable de l’église Notre-Dame de la Nativité à Gedinne. Un joyau de la renaissance trop méconnu ! , dans Cercle d’Etudes Historiques de Gedinne, 16 p.).

D’une hauteur totale de 2,50 m et d’une largeur de 2,20 m, le retable de Gedinne se compose de six niches. Au niveau supérieur, la figure centrale est celle de la Crucifixion du Christ, avec de part et d’autre le Portement de croix et la Descente de croix. Au niveau inférieur, on trouve au centre l’Adoration des mages, à gauche l’Annonciation et à droite l’Adoration des bergers. Les six niches, surmontées chacune d’une voûte en forme de coquille, sont flanquées de pilastres avec, au niveau supérieur, les sculptures en pied des quatre évangélistes et au niveau inférieur, celles des quatre docteurs d’Occident, le pape Grégoire le Grand, Ambroise, Jérôme et Augustin. En remplacement de la prédelle disparue, on trouve au centre, sous le retable, le tabernacle (XIXe siècle) représentant la Dernière Cène, entouré de deux reliefs, la Fuite en Egypte et l’Enterrement de la Vierge (XVIIe siècle). Ces deux reliefs n’appartiennent pas au retable de l’autel. Ils seraient une production anversoise.

Le projet de restauration a commencé en 2014. Le travail a demandé préalablement une recherche historique, stylistique et technique. Les laboratoires de l’IRPA ont procédé à des analyses dendrologiques et à des prélèvements de polychromie. Une équipe d’une dizaine de restaurateurs, sous la direction de Fanny Cayron, restauratrice indépendante, a travaillé à la désinfection, au dépoussiérage, au nettoyage et aux retouches nécessaires des différentes pièces (2018-2019). C’est ce qu’ont expliqué dans leur conférence à deux voix Elisabeth Van Eyck, historienne d’art et Fanny Cayron. Le Fonds Jacques et Christiane Barbazon servira également à la restauration du calvaire qui surplombait autrefois le retable et de quelques statues anciennes situées dans la chapelle, à l’arrière de l’église.

Le bourgmestre, M. Vincent Massinon, a expliqué que les habitations de la région de Gedinne, en pierres de schiste, résistent mal au froid et à l’humidité. Malgré cela, l’église a gardé sa tour romane ; elle possède jusqu’à ce jour le célèbre retable, créé et conservé dans sa région d’origine. Le gouverneur de la province de Namur, M. Denis Mathen, président du comité de gestion du Fonds Barbazon a dit son intérêt pour l’entretien et la sauvegarde du patrimoine, affirmant qu’il est « aussi précieux que le pain ». La présence de M. Dominique Allard, Directeur à la Fondation Roi Baudoin, et de représentants de l’IRPA, montre que les œuvres du patrimoine sont partout précieuses, qu’elles soient dans des centres urbains ou dans des régions rurales. Les autorités communales et les mandataires de la fabrique d’église qui ont pour leur part collaboré au projet, rehaussèrent de leur présence ce moment important. Le curé de la paroisse, l’abbé Félicien Mutombo, a veillé à ce que tout soit en place pour ce jour festif.

André Haquin