Les fêtes de Noël et de l’Épiphanie

Isidore Lecrenier_Adoration des Mages

Même si les fêtes pascales sont les plus importantes et les plus anciennes (IIe siècle), celles de Noël et de l’Épiphanie (IVe siècle) sont les plus populaires, aujourd’hui encore. Sans doute parce que la naissance d’un nouveau-né ne laisse personne indifférent !

Le Noël occidental du 25 décembre

Nativité_retable Musée de la ville de Bruxelles_15e siècle
© KIK-IRPA

A partir du IVe siècle, la fête de l’Enfant de Noël, annoncé par les prophètes, a trouvé place dans les calendriers liturgiques des Églises chrétiennes d’Orient (6 janvier) et d’Occident (25 décembre). Le 25 décembre est-il le jour historique de la naissance de Jésus ? On pourrait le penser, en raison du vocabulaire utilisé : « jour anniversaire » (Dies natalis ou Natale) du Sauveur. En fait, personne ne connaît ni l’année, ni le jour exact de la naissance du Christ. La date du 25 décembre est moins un repère chronologique que symbolique.

C’est le jour du solstice d’hiver, lorsque les jours commencent à grandir. Les Romains y célèbrent le culte du « Soleil victorieux des ténèbres » (Sol invictus) ; les chrétiens ont choisi le même jour pour célébrer le Christ « lumière du monde » (Chronographe de 354). Les fêtes païennes ont-elles été « christianisées » ? « Il serait excessif de penser que les chrétiens ont célébré la fête du Soleil » (B. Botte). Par contre, le choix du 25 décembre ne relève pas du hasard. Les romains convertis restaient attachés aux fêtes du Soleil ; l’Eglise a choisi ce jour pour fêter le Christ « lumière du monde », « astre d’en haut » (Lc 1, 78) qui « se révèle aux nations » (Lc 2, 32).

La fête occidentale de Noël est apparue au IVe siècle, également pour d’autres raisons, proprement théologiques. Le mystère du Christ a fait l’objet de longs et passionnés débats dans les Eglises des premiers siècles et lors des premiers conciles, de Nicée (313) à Chalcédoine (451). Ce dernier concile a rendu compte de la condition complexe du Christ : le Fils de Dieu incarné est « vraiment Dieu » et « vraiment homme », « consubstantiel au Père par sa divinité » et « consubstantiel à nous par son humanité ». En lui, la « nature divine » et la « nature humaine » sont unies « sans confusion… ni séparation » (Chalcédoine, 451). Cette doctrine conciliaire était inaccessible au peuple chrétien en raison de ses subtilités. Aussi le pape Léon le Grand s’est employé à la traduire dans la fête liturgique de Noël, ce qui la rendait plus concrète.

Le Noël oriental ou l’Épiphanie

La fête orientale de l’Incarnation est appelée du mot grec « épiphanie » (manifestation), ce qui signifie la joyeuse entrée d’un roi ou d’un empereur. Par-là, on fait comprendre que l’Incarnation du Fils de Dieu est sa « manifestation » au monde, non seulement aux Juifs, mais aux Nations païennes. La fête est fixée au 6 janvier, jour du solstice d’hiver en Egypte. Elle est centrée sur le baptême du Christ, Fils unique du Père, en référence à cette déclaration : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé » (Mt 3, 17).

On constate donc que l’Occident et l’Orient fêtent le Christ de manière différente. Mais vers la fin du IVe siècle, orientaux et occidentaux se sont échangés leurs propres fêtes. Ainsi, 13 jours après Noël, nous fêtons l’Épiphanie (6 janvier). Cet échange est un signe d’unité entre les Églises, comme pour dire que les différences liturgiques n’empêchent pas une même confession de foi. L’Occident, dans la fête de l’Épiphanie, a mis en valeur la dimension d’universalité de la venue du Christ. C’est ce que montre la visite des Mages (Mt 2, 1-12 et Is 60, 1-6) apportant à l’Enfant de Noël des cadeaux de prix, l’or, l’encens et la myrrhe.

Le succès de l’Épiphanie en Occident

Ce que les Évangiles canoniques n’avaient pas dit, les Évangiles apocryphes vont le suggérer. Les Mages deviendront avec le temps les « Rois mages ». Ils seront « trois ». Leurs noms seront précisés : « Melchior », « Balthazar » et « Gaspard » (VIIe s.). On verra même en eux les représentants des races du monde, le premier représentant les Blancs, le second les Jaunes, le troisième les Noirs (XVe s.). Les peintres vont illustrer tous ces détails avec plaisir. Pour compléter le folklore de l’Épiphanie, il n’y aura plus qu’à ajouter la galette des Rois, dont les parts sont attribuées à chacun par un enfant, caché sous la table. Aujourd’hui, celui qui devient roi est celui qui découvre la fève dans sa part.

Isidore Lecrenier_Adoration des Mages
© KIK-IRPA

D’une certaine manière, on peut dire que les fêtes de l’Incarnation du Christ se sont bien « inculturées » dans nos régions. Elles subsistent jusqu’aujourd’hui, non seulement grâce à la liturgie, mais en raison des usages populaires qui sont apparus au cours des siècles.

André Haquin