Restauration : deux tableaux à l’église de Dave

Le vendredi 2 octobre dernier, deux tableaux ont rejoint leur place dans les autels de l’église classée de Dave (Namur), après avoir passé onze mois dans l’atelier de restauration de Julie Timmermans. Elle a retiré les couches de vernis jaunies et obscurcies et a renforcé le support des tableaux pour qu’ils puissent encore être conservés de nombreuses années. Voici les étapes de son travail de restauration pour redonner aux œuvres leur éclat d’origine.

L’église Saint-Martin de Dave en quelques mots
L’église Saint-Martin est un édifice religieux datant du XVIe siècle situé au centre de Dave, village au sud de Namur. Classée au patrimoine wallon depuis le 21 avril 1941, elle a été érigée sur les bases d’une église romane.
Au XVIIe siècle, l’église, à l’aspect extérieur gothique mais avec un aménagement intérieur plutôt baroque, connaît des transformations extérieures et intérieures ; entre autres, la division tripartite
de la nef est aménagée. Le siècle suivant, l’entrée se fait par la tour. Le chœur est agrandi. La mise en place de retables contre les murs orientaux des bas-côtés en 1713 et 1714, oblige la condamnation des trois ouvertures. À la suite de ces travaux, une des chapelles se retrouve alors isolée. Elle devient la sacristie à laquelle on accède par le chœur. Le plafond est orné de stucs moulurés. À partir du XIXe siècle, un oculus est percé au-dessus de la porte en façade de la tour et les baies en arc brisé des bas-côtés sont remplacées par des baies en plein cintre. Au XXe siècle, des verres blancs prennent la place des anciens vitraux colorés. Trois autels datent du XVIIIe siècle, un des autels latéraux est dédié à Marie-Madeleine et est orné d’une peinture représentant la Résurrection, l’autre comporte une statue polychrome d’une Vierge à l’Enfant. Le maître-autel, daté de 1761, est une œuvre de Denis-Georges Bayar, avec une peinture contemporaine illustrant l’Assomption de la Vierge. Parmi les quelques statues qui décorent l’église, on remarque notamment une sculpture polychromée du calvaire datant du XVIe siècle. Des stèles funéraires autrefois encastrées dans le sol flanquent les murs des bas-côtés. Des stèles plus récentes sont sur les murs extérieurs.

Le tableau de l’Assomption de la Vierge
Le tableau du maître-autel, de Denis Georges Bayar, représente l’Assomption de la Vierge. Il s’agit d’une huile sur toile contemporaine signée AD Hock.

 

La toile a été simplement clouée par des semences à tapissier sur une planche en bois (non tendue sur châssis). A cause de son propre poids, la toile s’est affaissée avec le temps. Au point qu’elle ne tenait plus qu’avec quelques clous. En plus, la toile s’est oxydée et déchirée au contact des clous. En conséquence, le support présente une ondulation et d’autres dégâts importants sont visibles telles que des craquelures et une perte de matière. La toile aurait pu complètement s’écrouler, il fallait agir vite.

L’œuvre était également très assombrie à cause, entre autres, du jaunissement naturel du vernis et des cierges allumés dans l’église. Elle était aussi recouverte de coulées d’excréments et d’urine de chauve-souris ou d’hirondelles. Certains éléments de la peinture comme la signature étaient devenus presque illisibles. Le nettoyage était donc une étape nécessaire pour retrouver les couleurs d’origine.

 

La restauration
Il a fallu rétablir une bonne tension, résorber les défauts de planéité et renforcer le support pour stabiliser l’œuvre . Celle-ci a donc été doublée d’une nouvelle toile et tendue sur un châssis robuste,
réalisé sur mesure par Monsieur Fontinoy, ébéniste restaurateur. La restauration, par souci esthétique, a continué avec un nettoyage puis un dévernissage, effectués pour rendre une belle lisibilité au tableau.

Par la suite, quelques retouches ont été effectuées aux pigments et vernis à retoucher pour combler des lacunes. Un vernis final satiné est venu recouvrir l’œuvre pour protéger les couleurs.

   

Le tableau du Christ jardinier

Le tableau du XVIIIe de l’autel situé dans la nef droite représente « Le Christ jardinier ». C’est l’épisode qui suit la Résurrection et lors duquel le Christ apparaît à Marie Madeleine, qui le confond
avec un jardinier.

La conservation

Hormis le nettoyage, il s’agit ici d’un travail de conservation. Le tableau conserve donc sa patine.

Christ Jardinier 

La restauratrice n’a pas essayé de dissimuler la marque de la couture qui assemble les deux lés de toile, qui traverse l’œuvre de haut en bas. En effet, à l’époque, pour la fabrication de toile de ce format, il fallait coudre des morceaux, on ne trouvait pas de toile de cette dimension. Avec le temps cette couture se voit davantage. La restauratrice a effectué un allègement de vernis pour retrouver les jolis tons de la robe, la tunique, la dentelle, et les détails de l’arrière-plan. La toile a également été doublée et retendue sur son châssis d’origine, encore en bon état de conservation. L’œuvre a finalement été vernie, étape indispensable pour la conservation d’une œuvre. Le cadre a été redoré par Isabelle Klein, artisane doreuse à Champion. Julie Timmermans travaille en effet régulièrement en collaboration avec ses collègues artisans namurois et membres de l’Office des
métiers d’art.

   

 

Toutes les photos ont été prises par Julie Timmermans et lui appartiennent.

Julie Timmermans et Vinciane Groessens