Rencontre à Thy-le-Bauduin : au service des inventaires et d’une gestion patrimoniale exemplaire !

Qui dit nouvelle année, dit nouveauté ! Dorénavant, nous allons mettre chaque mois en lumière une fabrique d’église, une personne, une initiative en faveur de la conservation et de la valorisation du patrimoine mobilier religieux. Ce mois-ci, nous vous présentons les initiatives entreprises par Jean-Paul Mazy, fabricien à Thy-le-Bauduin.

Monsieur Mazy, pourriez-vous vous présenter en quelques mots ?
Je suis trésorier au sein de la fabrique d’église Saint-Pierre de Thy-le-Bauduin. Je suis investi dans plusieurs responsabilités fabriciennes comme les comptes, les archives, les inventaires et la conservation du patrimoine. Je suis également membre de l’Unité Pastorale.


église Saint-Pierre de Thy-le-Bauduin_nefcentraleQuel sens accordez-vous au patrimoine et à l’histoire de l’église ? Que représentent-t-ils pour vous ?
Le patrimoine représente pour moi une image de l’église locale, c’est une image de la continuité de ce que les peuples ont vécu au cours des siècles. Le patrimoine religieux illustre l’histoire de l’Eglise ainsi que l’histoire locale, l’évolution des pratiques religieuses, la mémoire de nos ancêtres, …

Personnellement, ayant vécu au Congo toute ma jeunesse, je n’avais pas connaissance de tout ce patrimoine conservé dans les églises paroissiales belges car là où j’étais, il n’y avait pas autant de patrimoine. Par conséquent, je n’avais jamais rencontré le patrimoine de façon sensible, jusqu’à mon retour en Belgique. À ce moment-là, je me suis retrouvé un jour devant la basilique Saint-Martin à Liège où officiait mon oncle. Cet édifice m’a marqué car il représentait l’histoire de la ville et de son clergé. Depuis lors, j’ai commencé à m’intéresser aux objets religieux. Une fois arrivé à Thy-le-Bauduin, il y avait parmi la population locale très peu de gens sensibles au patrimoine et c’est donc ainsi que j’ai fait le choix m’y intéresser et de m’investir dans sa conservation.
Je suis attaché au mobilier et aux objets abrités dans les églises car pour moi, ce sont avant tout des supports de dévotion. Je les vois donc d’abord comme des biens utilisés pour célébrer le culte, avant de les voir comme des biens patrimoniaux. Je reconnais une expression de l’âme et du cœur de l’Homme à travers le patrimoine religieux.

église Saint-Pierre de Thy-le-Bauduin-statuesComment avez-vous connu le CIPAR ?
Avant la création du CIPAR, j’ai suivi en 2014, un cycle de formation en conservation et gestion du patrimoine, organisé par l’Evêché de Namur en partenariat avec l’université de Namur. J’ai suivi toutes les séances et les documents transmis m’avaient déjà permis de me lancer dans mon premier inventaire avant même la création du CIPAR cette année-là. J’ai continué à suivre l’actualité via l’évêché et c’est ainsi que j’ai pu participer aux premières réunions du CIPAR, en 2017-2018, en essayant d’appliquer leurs conseils.

Comment avez-vous appris à réaliser un inventaire du patrimoine mobilier religieux ?
Grâce aux consignes de l’évêché et à la formation suivie en 2014, je m’étais lancé dans ce premier inventaire au format papier, accompagné de photos.
La grande nouveauté pour moi a été la base de données interdiocésaine. Après quelques séances de questions-réponses, j’ai appris rapidement à l’utiliser et à transposer mon inventaire dans l’outil informatisé.

D’après vous, quelle importance représente un inventaire ? En quoi cette tâche vous paraît-elle indispensable ?
C’est un outil très important car il permet de se rendre compte que nos églises sont remplies d’objets. Beaucoup ont une valeur historique et montrent à quel point nos ancêtres se sont investis pour la gloire de Dieu, au sein de l’Église. J’ai rassemblé toutes les informations concernant le patrimoine dans les archives dès mon entrée dans la fabrique. Je me suis rendu compte qu’il y avait déjà eu deux ou trois inventaires précédemment établis, plutôt sous forme de listes. Cela m’a permis de comparer l’inventaire actuel à la situation passée. À travers les objets, les vêtements, les vases liturgiques, on peut également constater comment l’Eglise et les pratiques ont évolué au cours du temps. Malheureusement, on a beaucoup évacué après le concile Vatican II ; il y a sans doute matière à débat sur cette « simplification » du culte. On a perdu beaucoup de biens qui représentaient le culte.

Combien d’inventaires avez-vous établi ?
J’en ai réalisé quatre : à Thy-le-Bauduin, à Gourdinne, à Pry et à Corenne.

église Saint-Pierre de Thy-le-Bauduin-bannièreQu’est-ce qui a été le plus difficile dans cette tâche et comment avez-vous surmonté les difficultés ? quels conseils donneriez-vous aux autres fabriciens ?
Je n’ai pas vraiment rencontré de grande difficulté mais je me suis rendu compte qu’il m’était nécessaire de trouver une méthode de travail pour accomplir cette tâche. Je mets maintenant en application le principe suivant : je sors d’abord toutes les fiches de l’IRPA (Institut Royal du Patrimoine Artistique) sur papier et je me rends dans l’église avec elles. Je prends les photos, je vérifie si tout est en place et puis j’encode les données. Ensuite, au lieu d’inventorier tout le contenu de l’église d’une traite sur papier, je préfère réaliser un travail continu et alterner les phases du travail : je passe 2h dans l’église où je prends note des informations sur papier et le reste de la semaine, j’encode dans la base. La semaine suivante, je retourne 2h dans l’église puis j’encode les données, et ainsi de suite. Je travaille donc en alternance. Il faut faire un travail systématique et de cette manière, il n’y a pas de difficulté. Parfois, l’identification des personnages (sculptures, etc.) est un peu compliquée.
En discutant avec d’autres fabriques d’église, je me suis rendu compte que souvent, une personne a voulu tout enregistrer sur papier et faire des photos, pour ensuite confier son travail à quelqu’un d’autre. Généralement, la transposition dans la base de données ne suit pas. Il faut idéalement être allé sur place soi-même pour enregistrer les informations dans la base.
Une fois qu’on a l’expérience, l’inventaire se fait naturellement. Pour me simplifier la vie quand je vais dans une église, à part pour les pièces déjà relevées par l’IRPA, je travaille de façon géographique, par zone (nef, chœur, sacristie, jubé, etc.). Je trouve que travailler par type d’objet est problématique car on risque d’oublier des choses, tandis que si on procède par zones, on risque moins d’oublier de répertorier telle ou telle chose.

église Saint-Pierre de Thy-le-Bauduin-bannièreQuelles sont les raisons qui vous motivent à soutenir d’autres fabriciens dans leur récolement ?
Étant membre d’une unité pastorale, je me suis investi à 200% pour essayer de faire avancer les choses et notamment sur le plan des inventaires. Je propose donc volontiers mes services aux autres. Je me suis dit qu’il était bon de mettre mes compétences au service des autres et de les aider.

Concrètement, comment les aidez-vous ?
D’abord, on échange ensemble pour cibler leurs besoins et on décide ensuite dans quelle mesure je peux les aider. Je propose d’abord de donner un petit coup de main au démarrage et parfois, il arrive que je me retrouve investi dans tout le processus. Il est très important à ce que les fabriciens soient eux-mêmes impliqués, même si on les aide.

Est-ce que ces inventaires vous ont permis de développer d’autres projets patrimoniaux (comme des expositions, publications, guides du visiteur, etc.) ?
Oui, à Thy-le-Bauduin, la paroisse a participé à une journée Églises Ouvertes et pour l’occasion, j’ai choisi des pièces textiles pour les exposer dans l’église. Il y a quelques années, je l’ai fait en même temps qu’une exposition consacrée aux œuvres de mon épouse. Je venais de terminer l’inventaire des objets de Thy et j’ai continué par faire cette présentation.

Un petit mot pour la fin : appréciez-vous réaliser des inventaires ?
Oui, j’aime réaliser des inventaires, je le fais avec plaisir. Tout le processus est plaisant. Ce qui est le plus intéressant, c’est de découvrir des points communs entre des objets conservés dans différentes églises où je me suis rendu. J’établis alors des rapports, des comparaisons historiques ; je m’intéresse aux centres de production des objets et j’investigue sur l’histoire de la région.

Les illustrations sont de l’auteur.

Maura Moriaux

CIPAR - Centre Interdiocésain du Patrimoine et des Arts Religieux