Traitement de conservation-restauration d’une sculpture en bois polychrome représentant saint Martin

Lors d’une visite du CIPAR à l’église Saint-Martin de Blanmont en mars 2021, Elise Philippe a repéré qu’une statue répertoriée à l’inventaire de l’IRPA et datée du XVIIe siècle était en mauvais état de conservation. Elle était fortement attaquée par les insectes. La restauratrice Isabel Bedós Balsach a été rapidement chargée de l’étude et du traitement de conservation-restauration de cette sculpture représentant saint Martin en bois polychromé (N° de dossier IPRPA : 10012463). En juin 2023, après plusieurs mois de traitement, la sculpture a rejoint sa place sur l’autel sud de l’église.

Description

Saint Martin, coiffé d’une mitre,  est représenté avec une longue barbe grise, debout sur son socle rectangulaire. Vêtu de ses habits pontificaux richement décorés, il porte une crosse de sa main gauche et, de la main droite il fait le signe de bénédiction.

La sculpture est taillée dans un bloc de bois résineux, évidée, dont la crosse, les avant-bras et des fragments des plis ont été rapportés dès l’origine. Des traces d’outil d’herminette et de gouges sont visibles à l’arrière.

La polychromie, visible sur la sculpture, est de style néogothique et même s’il s’agit d’un surpeint, elle est d’assez belle qualité. Le néogothique est un style plutôt architectural né à la fin du XVIIIe siècle en Angleterre. Au XIXe siècle, le néogothique visant à faire revivre des formes médiévales qui contrastent avec les styles classiques dominants de l’époque, est largement présent en Europe. Ce mouvement (appelé aussi « Renaissance gothique », sur le modèle anglais du Gothic Revival architecture) a eu une influence importante tout le long de ce siècle.

La peinture utilisée pour cette intervention est probablement une peinture à l’huile car elle est très brillante, épaisse et bien chargée en pigments. La polychromie, appliquée sur une préparation blanche striée, est assez homogène au niveau qualitatif.

L’extérieur du manteau est brun avec des motifs d’entrelacs et de fleurs peintes en ocre jaune.

L’intérieur du manteau est vert avec des motifs rayés, peint avec une peinture dorée.

L’aube est blanche avec des rehauts verts dans les creux et des motifs de fleurettes argentées. Elle est recouverte d’une fine couche de colle ou patine brune.

Des motifs ocres sur fond marron ornent cet élément vestimentaire.

Sur les bordures des vêtements, des motifs d’entrelacs, fleurs et autres décors de croix sont peints en noir sur fond doré ou argenté. Cette feuille métallique s’est oxydée devenant verdâtre par endroits.

Elle recouvre des manques comme les pointes des pieds du saint et un pli sur la partie inférieure de l’œuvre. Ceci indique que quand la sculpture a été surpeinte, l’œuvre présentait déjà quelques altérations.

 

Etat de conservation et interventions postérieures

La sculpture, très sale et empoussiérée, présente une attaque active d’insectes xylophages qui a provoqué des pertes importantes de matière au niveau du socle (avant dextre) ainsi qu’au niveau du pompon de la ceinture. La sciure fraîche visible sur le pied de la sculpture ainsi que de nombreux trous d’envol présents, notamment à l’arrière de l’œuvre, en attestent.

 

 

 

 

Des fentes ouvertes de quelques millimètres sont visibles dans la partie supérieure et inférieure arrière de l’œuvre. Un élément métallique a probablement été mis en place pour éviter que ces fentes continuent à évoluer. L’ancien collage de la crosse est désolidarisé.

Un fragment en bois au niveau de la partie inférieure arrière de l’œuvre semble être manquant. Le bois est à nu, comme s’il avait été scié car le bois est plus clair.

La croix que saint Martin porte accrochée sur sa poitrine semble être une intervention postérieure.

La polychromie, très soulevée, présente de nombreuses lacunes gênant la lecture de l’œuvre et laissant apparaître le bois et /ou la préparation blanche sous-jacente.

 

 

 

 

Des retouches ponctuelles peintes récemment ont été réalisées avec une peinture noire en débordant sur la polychromie néogothique.

 

 

 

 

Traitement de conservation

L’intervention proposé était, dans un premier temps, de réaliser un traitement de conservation, c’est-à-dire un traitement qui vise essentiellement à stopper les processus de dégradation de l’œuvre ; une anoxie pour lutter contre l’attaque d’insectes xylophages, un refixage des soulèvements de la polychromie, et une consolidation du bois vermoulu.

Pour lutter contre les insectes xylophages, le traitement par anoxie est un procédé curatif relativement simple à réaliser qui consiste à isoler l’œuvre pendant un mois, dans un milieu dans lequel l’oxygène est supprimé ; ceci a pour effet de tuer les insectes, quel que soit leur stade de développement (œufs et larves) ou leur emplacement dans le bois. Méthode inerte et non-toxique pour les personnes ou l’environnement, l’anoxie garantit la préservation des sculptures et n’altère pas leur état. Elle doit être toutefois réalisé par des spécialistes de la conservation-restauration du patrimoine.

Une nouvelle attaque est désormais possible si les œuvres sont ensuite entreposés dans un environnement infesté. C’est pour cela qu’un badigeonnage d’un produit préventif, (Xylamon â) est préconisé.

La polychromie étant très soulevée, on a réalisé un facing ; il s’agit d’un refixage temporaire qui consiste en la pose d’un papier fin, encollé, sur les soulèvements de la polychromie pour éviter de ne perdre la moindre écaille lors du transport de l’œuvre pour traitement. Une fois en atelier, les papiers ont été retirés et on a procédé à un refixage définitif des soulèvements, ainsi qu’à un dépoussiérage et nettoyage de l’œuvre avec des solvants choisis après tests.

Le bois devait être consolidé car il était devenu friable et ponctuellement fort vermoulu à cause de l’attaque d’insectes xylophages. Un adhésif, véhiculé par un solvant a été injecté dans les trous d’envol afin de lui redonner la structure qu’il avait perdue.

Traitement de restauration

La Fabrique d’Église souhaitant réaliser un traitement fondamental de l’œuvre – c’est-à-dire à un traitement de restauration qui vise à redonner une belle lisibilité à l’œuvre – on a procédé à la reconstitution de certaines parties manquantes, notamment l’angle avant droit du socle.  Une pièce en résine a été réalisée, collée au support, puis mastiquée et retouchée.

Les lacunes de la polychromie présentes dans la sculpture ont été mastiquées et retouchées pour ainsi améliorer la lecture de l’œuvre.

Certains décors peints sur la bordure ont été sommairement ébauchés pour ne pas créer d’arrêts gênants pour à la bonne lisibilité de l’ensemble.

L’assise de la sculpture étant approximative et légèrement mobile, elle a été stabilisée par le collage de petites cales en bois de balsa. Ensuite, une planche en bois découpée aux dimensions de la base, a été collée sur les cales. Ceci redonne une meilleure stabilité à l’œuvre, si d’aventure elle devait être déplacée.

Étude sommaire de la polychromie sous loupe binoculaire

L’étude de la polychromie est toujours proposée en option dans la proposition de traitement de l’œuvre. Ceci permet de comprendre l’histoire de l’œuvre, les interventions postérieures et de déterminer la polychromie originale et le nombre et la nature des surpeints qui le recouvrent.

L’étude témoigne de la présence d’une couche originale très lacunaire, seulement la préparation est présente, sauf au niveau des carnations où une couche rose clair a pu être mise à jour. Elle a été probablement décapée ou partiellement grattée avant l’application du 1° surpeint.

Au total on dénombre 3 surpeints appliquées sur les traces de polychromie originale ; deux monochromies (1° et 2° surpeints) et le 3° surpeint néo-gothique, visible actuellement sur l’œuvre.

Enfin, une intervention ponctuelle et locale au niveau des bordures des vêtements (4° surpeint) est également à signaler.

Des échantillons de polychromie prélevés, enrobés et observés au binoculaire ont permis de compléter certaines observations faites lors de l’étude.

Analyses

Plusieurs échantillons de polychromie ont été prélevés, enrobés et photographiés. Sur cette coupe au niveau des carnations, on peut observer la présence de la polychromie originale rose recouverte des trois surpeints.

Après ce traitement d’étude et de restauration, le saint Martin a rejoint sa place sur l’autel sud de l’église.

Isabel BEDOS BALSACH

Images de l’auteur.

Bravo et merci à Monsieur François EVERARTS (Président de la Fabrique d’Église)

CIPAR - Centre Interdiocésain du Patrimoine et des Arts Religieux