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Le patrimoine funéraire de l'église Saint-Hubert de Baillonville

Publié le 30/10/2025

Accéder à l’église de Baillonville ne présente pas de difficulté particulière. Depuis la fusion des communes en 1976, Baillonville fait partie de l’entité de Somme-Leuze, située à l’extrémité orientale de la province de Namur, à proximité des provinces de Liège, du Luxembourg. Lors de l’entrée dans le village, l’église peut être moins visible en raison de son clocher peu élevé et des arbres qui l’entourent, ainsi que du château voisin qui, par sa hauteur, attire davantage l’attention.

La proximité du château met rapidement en évidence la relation qui unit ces deux édifices. En effet, l’église a été construite à l’initiative des seigneurs de la famille de Waha, propriétaires du château voisin mentionné pour la première fois en 1525. À l’origine, il s’agissait d’une chapelle castrale de style roman, avant de devenir ultérieurement une véritable église, ce qui entraîna de nombreuses transformations au fil des siècles. Il semble que certains éléments, tels qu'une crédence et deux travées de la nef, datent également de cette période romane.

14 monuments funéraires retracent l'histoire de cette église 

Il est surprenant de constater que cette petite église abrite quatorze monuments funéraires, ce qui représente une quantité relativement importante. Parmi ceux-ci, certains sont nommés précisément :

  • Dalles (ou plates-tombes), ainsi nommées car elles sont intégrées au niveau du sol dans le chœur et présentent une forme rectangulaire dont les dimensions excèdent généralement celles d’un cercueil ou d’un caveau.
  • Certaines dalles, appelées dalles murales, sont intégrées aux parois intérieures de l'église. Plusieurs ont été installées dans les murs du porche il y a fort longtemps, tandis que d'autres, initialement situées au cimetière, ont été transférées dans le porche conformément à un arrêté royal en date du 28 février 1922. Ici encore, la forme reste rectangulaire.
  • Epitaphe : Celle-ci se présente verticalement et n'est soumise à aucune contrainte de forme particulière. Plusieurs inscriptions peuvent y être ajoutées. Sa réalisation peut également faire appel à divers matériaux, tels que le marbre.
  • Stèles. Ce type de monument se trouve dans les cimetières. Elles peuvent être fabriquées en pierre ou en métal, fixé sur un socle de pierre.
  • La stèle cruciforme ou croix funéraire. Ici également certaines ont été déplacées et insérées dans les murs du porche au même titre que les dalles murales.

Robert Hanckart note dans sa publication sur la paroisse de Baillonville (1956) : « Certaines pierres ne sont plus présentes. Les murs du cimetière, autrefois sujets à des effondrements périodiques, ont été renforcés; certaines pierres tombales récupérées ont été replacées lors de travaux de restauration. Dautres pierres ont été utilisées comme marches d’accès à l’église ou comme décrottoir. Enfin, certaines ont été démolies et leurs matériaux ont servi au pavement, ou comme socle ou fondation pour les murs du couloir reliant la rue à l’église. (Rapport de la Commission des Monuments et des Sites, 1913, Bruxelles)

Pour diverses raisons, certaines dalles ont été déplacées de leur emplacement initial ou associées à des événements vécus par les habitants de la région à cette époque.

  • En 1776, une ordonnance royale du 10 mars émise par Louis XVI interdit l’inhumation dans les églises pour des raisons sanitaires, avec certaines exceptions pour des personnes telles que les évêques, curés, patrons, hauts justiciers et fondateurs de chapelles. Les enterrements doivent alors être réalisés dans des fosses situées au cimetière. À Baillonville, toutes les inhumations dans l’église concernant la famille de Waha, ainsi que d’autres figures publiques mentionnées ci-dessous, ont eu lieu avant 1776. Après cette date, les inhumations se sont déroulées dans le cimetière autour de l’église.
  • Pendant la Révolution française, de nombreux blasons, armoiries et écussons présents sur des monuments funéraires ont été endommagés dans de nombreuses églises. Les auteurs de ces actes visaient à effacer les symboles associés à la Royauté, à la monarchie absolue et à la noblesse. Ainsi, entre 1790 et 1796, les Révolutionnaires français ont procédé au grattage et au martelage de ces éléments ainsi que de certains textes.
  • Par arrêté royal du 28 août 1922, l'installation de neuf pierres tombales, précédemment situées dans le cimetière et aux abords de l’église, a été autorisée contre les murs intérieurs sous la tour. Seule une croix funéraire subsiste dans le cimetière et une dalle est positionnée au niveau du seuil d’entrée de l’église.
  • À la suite des modifications apportées dans le chœur, en application à la nouvelle réglementation du Concile Vatican II datant de 1962, il a été préconisé d'encourager une participation plus active et consciente des fidèles à la messe par le biais de chants, d’hymnes et de lectures. Cela s’est traduit par la suppression du maître-autel, remplacé par un autel sur pied orienté vers l’assemblée. Lors des travaux réalisés en 1966, deux dalles anciennes ont été mises au jour et placées à l’avant du chœur. Ces deux dalles avaient été recouvertes d’un plancher pendant plusieurs années afin d’apporter davantage de confort aux membres de la chorale revenus dans le chœur après avoir occupé le jubé durant plusieurs décennies. En 2023, il a été décidé, en accord avec la Fabrique d’église, la Commune de Somme-Leuze et le Cercle Historique, de remettre à jour l’emplacement de ces deux plaques.

A ce jour tous les monuments funéraires, hormis les deux situés à l’extérieur, sont visibles lors des offices dans l’église de Baillonville (ou sur rendez-vous auprès de la fabrique d’église de Baillonville.

Le mois prochain, vous pourrez lire la suite de l'article.

Maura Moriaux

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