Deux peintures comme témoins des transformations architecturales du XIXᵉ siècle à l’église Saint-Jacques-le-Mineur à Liège
L’église Saint-Jacques à Liège enrichit son patrimoine. Une nouvelle qui réjouit les fidèles mais également les membres de la fabrique, puisque celle-ci a pu acquérir, tout récemment, deux œuvres de Victor Jules Génisson. Cette chronique est l’occasion de (re)découvrir un peintre belge du XIXe siècle et d’évoquer, à travers deux de ses peintures, un petit bout de l’histoire de l’église Saint-Jacques-le-Mineur à Liège.
« C'est en 1897, lors du creusement du sol à la croisée du transept pour l'installation d'un calorifère, que l'on découvrit les vestiges de la crypte (fig. 1). Néanmoins, ceux-ci furent ignorés à l'époque, et ce n'est qu'en 1972, lors du déblaiement du sol pour l'installation d'un nouveau système de chauffage, que les vestiges de la crypte et de l'église romane furent remis à jour. M. Florent ULRIX en profita pour effectuer quelques fouilles dont les résultats n'ont malheureusement jamais été publiés (…) »[1].
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Ocre : XIe siècle
Saumon clair : XIIe siècle Bleu foncé : XVIe siècle Bleu clair : XIXe siècle |
| Fig. 1 : La maquette présente les plans des édifices successifs roman et gothique de l'église abbatiale - réalisée par Andrian Sokoloff et Fabrice Muller |
L’église Saint-Jacques-le-Mineur à Liège connaît une évolution architecturale continue depuis sa fondation au XIᵉ siècle, marquée par des phases successives de reconstructions, d’agrandissements et de transformations.
La fabrique d’église compte parmi ses membres Fabrice Muller, engagé depuis 2014 et secrétaire depuis 2024. Parallèlement à cet engagement, il est aussi l’auteur d’un site consacré à la culture, à l’histoire et au patrimoine liégeois, qui, entre autres, retrace de manière détaillée l’histoire de l’église Saint-Jacques depuis son origine jusqu’à nos jours.
Bien que nous renvoyions à cette ressource pour approfondir la connaissance de cet édifice remarquable situé en plein centre de Liège, la présente notice fait un arrêt au XIXᵉ siècle. Les importantes campagnes de restauration et de réaménagement menées à cette période, sous l’impulsion de Léopold Ier à partir de 1832, ont participé à des modifications de l’édifice. Trois peintures de Jules Victor Génisson constituent aujourd’hui un témoignage précieux de l’état de l’église entre 1842 et 1854 et permettent de mieux comprendre les transformations qu’elle a connues.
Victor Jules Génisson, peintre de l’architecture
Jules Victor Génisson (1805–1860) était un artiste belge spécialisé dans la représentation des monuments historiques. Ses dessins, lithographies et peintures sont de véritables sources documentaires car elles saisissent avec précision les proportions et détails des églises et autres édifices. Ses œuvres constituent aujourd’hui un témoignage précieux du patrimoine du XIXᵉ siècle, utile pour l’histoire de l’architecture et de ses décors.
C’est en 2025 que la fabrique d’église parvient à acquérir deux des trois peintures connues de l’artiste pour l’église Saint-Jacques. Une véritable aubaine pour le patrimoine.
La peinture au service de la connaissance des décors
Les deux peintures sur toile récemment acquises sont aujourd’hui exposées dans la tribune sud du chœur, au sein de l’espace muséal. Réalisés à dix ans d’intervalle, les tableaux représentent deux vues de l’intérieur de l’ancienne église abbatiale. Le premier (fig. 2) est signé et daté de 1844 ; il montre une vue depuis le chœur de l’église vers le vaisseau. On y distingue parfaitement les stalles du Moyen Âge mais aussi les lambris de bois ornés de grands tableaux surmontant les stalles ainsi que le jubé du XVIIIe siècle. Pour le deuxième (fig. 3), l’artiste s’est placé dans la nef pour proposer une vue du chœur. On y distingue notamment l’ancienne chaire de vérité provenant de l’église Sainte-Ursule et aujourd’hui placée à Saint-Denis. En revanche, il n’y a plus aucune trace du jubé du XVIIIe siècle, alors qu’il était encore visible sur le cliché de 1844, ce qui démontre qu’il fut démantelé entre ces deux dates.
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| Fig. 2 : Vue depuis le chœur de l’église vers le vaisseau, 1844. | Fig. 3 : Vue depuis la nef vers le chœur, 1854. |
Jamais deux sans trois
Alors que les deux peintures conservées offrent de précieuses informations sur les décors et l’organisation architecturale de l’église entre 1844 et 1854, la localisation de la troisième peinture, signée et datée de 1842, reste aujourd’hui inconnue. Aperçue il y a une dizaine d’années lors d’une vente aux enchères, elle n’a depuis plus été localisée[2]. Sa composition est connue grâce à un cliché de bonne qualité diffusé et imprimé à l’occasion de cette vente. Une reproduction est aujourd’hui visible dans le chœur (fig. 4 et 5) de l’église Saint-Jacques.
La fabrique continue d’espérer retrouver l’original et reste attentive à toute information.
Il est intéressant et amusant de noter que Génisson a peint plusieurs fois la même scène, avec de légères variations (personnages, détails, etc.), ce qui permet de distinguer les différents tableaux. Tous seraient également signé de la main de l’artiste.
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| Fig. 4 : Intérieur de Saint-Jacques, 1842 (localisation, à ce jour, inconnue) | Fig. 5 : Détail signature et date |
Bibliographie
Site de Fabrice Muller (www.fabrice-muller.be)
George Philippe, Un remarquable achat pour nos collections. Une peinture inédite du chœur de la cathédrale Saint-Paul en 1860, Trésor de Liège, bulletin trimestriel, numéro 50, mars 2017.
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Fabrice Muller, fabrique Saint-Jacques
Emmanuelle Job, Evêché de Liège
[1] www. fabrice-muller.be
[2] George Philippe, Un remarquable achat pour nos collections. Une peinture inédite du chœur de la cathédrale Saint-Paul en 1860, Trésor de Liège, bulletin trimestriel, numéro 50, mars 2017, p. 2.




