Informations révélées par l'observation des monuments funéraires (suite et fin de l'article sur Baillonville)
CROIX FUNÉRAIRE DE DOROTHÉE DE BORSUT
La croix funéraire de Dorothée de Borsut est actuellement située dans le porche, sur le mur du côté sud de l’église. Elle aurait été déplacée depuis le cimetière, conformément à l’arrêté Royal de 1922 qui autorisait le transfert de certaines sépultures à l’intérieur de l’édifice religieux. Faute de renseignements complémentaires sur cette sépulture, il est important de mentionner le texte gravé sur la croix, qui livre les informations essentielles concernant la défunte et son époux :
« ICY GIT HONETE FEMME DOROTHEE DE BORSUT EN SON TEMPS ESPEUSE HONNETE HOMME GASPARD DEM---RUCH DECEDE LE 5 DE 9 BRE 1661 ; PRIEZ DIEU POUR SON AME »
DALLE NON IDENTIFIÉE AVEC 2 BLASONS ET DATÉE DE 1669
Cette dalle, réalisée en calcaire de Meuse et mesurant 96 cm sur 43 cm, présente deux blasons surmontés d’une couronne. Sous ces armoiries, on distingue le visage d’un enfant, élément touchant qui attire immédiatement l’attention. Bien que les textes gravés aient été martelés et érodés par le temps, rendant toute lecture impossible, la présence du visage laisse supposer une sépulture enfantine.
En 1944, cette petite dalle se trouvait encore dans le cimetière, mais elle a par la suite été transférée sous le porche de l’église, côté sud, sur la ligne supérieure. Il est très probable qu’il s’agisse de la tombe d’une des filles de Denis Théodore de Waha et de Marie Marguerite de Hoensbroeck, dont le monument familial (n°8) est situé dans le chœur. Ce couple eut quatre filles, dont deux, Catherine et Claire, moururent en bas âge.
MONUMENT FUNÉRAIRE DE DENIS DE WAHA (1706) ET DE MARGUERITE DE HOENSBROECK (1676), AINSI QUE DE LOUIS DE LA TRAMERIE (1725) ET DE MARGUERITE ISABELLE-THÉRÈSE DE WAHA DE BAILLONVILLE
Cet édifice en calcaire de Meuse illustre deux générations : la première, représentée sur la partie supérieure, concerne Denis de Waha et Marie-Marguerite de Hoensbroeck de Geult, parents de deux filles qui furent les dernières à porter le nom de Waha-Baillonville, selon l’inscription. Denis de Waha fut le 19ème seigneur avant l’extinction de la lignée des de WAHA, et il est également à l’origine de la construction du monument. Celui-ci est situé sur le côté nord du chœur et comprend seize quartiers familiaux. À l’instar des autres dalles, ses blasons et inscriptions ont été martelés pendant la Révolution.
DALLE FUNÉRAIRE DE JEAN DE MARCHANT (1680)
Placée dans le porche sur le côté nord, elle est en calcaire de Meuse. Elle commémore maître Jean MARCHANT, vicaire de Baillonville depuis 1678 et au service des curés d’Heure et de Waillet. Elle fut placée en 1922 verticalement pour des raisons de disposition et de place sur le mur. On devine une hostie surmontée d’un Calice.
DALLE FUNÉRAIRE DE HUBERT JOSEPH BOREUX (1751)
Cette œuvre, réalisée en calcaire de Meuse, fut installée sur le côté sud du porche. Hubert Boreux exerçait la profession de marchand marbrier. Peu avant son décès, il transmit son entreprise à son fils, qui serait vraisemblablement l’auteur de cette pierre tombale. Les outils caractéristiques des marbriers—compas, crayon, équerre, rapporteur, entre autres—sont représentés dans la partie inférieure, accompagnés d’un crâne ailé et de deux os croisés. L’inscription gravée sur la dalle évoque un événement significatif, possiblement en lien avec sa carrière ou le contexte du décès : la construction d’un pont à Baillonville pour le prince-évêque.
DALLE FUNÉRAIRE DE PIERRE HUBERT FISSE (1773)
Réalisée en calcaire de Meuse, elle fut rentrée en 1922 sous le porche du coté nord. Elle commémore Pierre Hubert Fisse, conseiller de la cité de Liège, échevin d’Avroi et de Baillonville.
Au-dessus du texte reprenant tous ces renseignements, un blason couvre l’entièreté et laisse apparaitre une croix d’ancre. Il y avait-il un lien entre ce personnage et la marine ? Le symbole de l'ancre sur une pierre tombale représente généralement l'espoir ou la tranquillité éternelle. Au début du christianisme, l'ancre était parfois utilisée comme symbole secret. En franc-maçonnerie, elle symbolisait l'espoir profond et une vie bien remplie.
DALLE FUNERAIRE D’ANNE ROLEZ (1775)
Cette œuvre, réalisée en calcaire de Meuse, est située dans le porche nord de l’église. Elle rend hommage à Anne Rolez, épouse de Gille Dehaut de Marche en Famenne. Un blason surmontant l’inscription présente un animal doté de grandes griffes, suggérant la figure du griffon. En héraldique, ce dernier, hybride d’aigle (tête, cou, ailes et serres) et de lion (pattes et dos), incarne la force, la bravoure militaire et l’autorité. Le lion est considéré comme le roi des animaux, tandis que l’aigle occupe la même place parmi les oiseaux. La question demeure de savoir s’il existe une corrélation entre Anne Rolez et les attributs symboliques associés au griffon.
CROIX FUNÉRAIRE D’ANNE DACHOUF (1779) ET HUBERT SIMONIS (1802)
Il s’agit d’une dalle provenant du cimetière, transférée sous le porche nord de l’église en 1922. Selon Geneanet, la personne concernée est décédée en 1774 à Waillet. La dalle présente des marques sur les parties supérieures et inférieures du texte. Dans la zone effacée, le nom d’Hubert a été repris très négligemment avant celui de son épouse Anne. L’origine de cette modification ainsi que le rôle respectif de ces deux personnes à cette époque restent à préciser.
CROIX FUNÉRAIRE DE LÉONARD BUZIN (1804)
Cette croix a été déplacée du cimetière en 1922 et se trouve actuellement sur le côté nord sous le porche. Léonard Buzin, originaire de Rabozée, a exercé la fonction de curé à Frandeux (près de Rochefort) après avoir été vicaire à Baillonville, ainsi qu'à Heure et à Waillet de 1761 à 1765, périodes durant lesquelles Baillonville en dépendait.
CROIX FUNÉRAIRE DE CLAUDE DEVELETTE (1804)
C’est le seul monument funéraire ancien en pierre répertorié à ce jour à extérieur contre le mur du cimetière, du côté Est. Pour quelle raison n’est-il pas rentré sous le porche dans l’église, en 1922 comme les précédents ? Pas d’autres renseignements trouvés au sujet de ce prêtre, si ce n’est que le texte repris sur la croix :
« D.O.M. ICI REPOSE CLAUDE DEVELETTE EN SON VIVANT, PRESTE (forme ancienne de prêtre) TRÈS CHARITABLE, DÉCÉDÉ À BAILLONVILLE LE 22 MAI 1804. PRIEZ POUR SON ÂME ».
DALLE FUNÉRAIRE INCONNUE
Cette dalle est située à l’extérieur, au niveau du seuil de l’église sous le paillasson de l’entrée, et présente une forte usure due au temps. Elle aurait vraisemblablement été extraite des remblais installés autour de l’édifice. Bien que ses dimensions soient proches de celles de certaines dalles du chœur, aucun autre élément ne permet d’attester qu’elles daterait de l’époque de celles-ci. Les quelques traces à peine perceptibles suggèrent la présence de deux parties distinctes, mais ces observations demeurent hypothétiques.
Bibliographie :
- CERCLE HISTORIQUE DE SOMME-LEUZE, Baillonville et Rabozée, Autrefois dans nos villages, travail collectif, juin 2023 ;
- CERCLE HISTORIQUE DE SOMME-LEUZE, l’église Saint-Hubert de Baillonville, travail collectif, juin 2023 ;
- GENNART JOSÉ, origine et la propriété des édifices du culte, diocèse de Namur, 2011 ;
- GUY AMAND DE MENDIETA, Répertoire photographique du mobilier des sanctuaires de Belgique. Province de Namur, canton de Rochefort. IRPA Bruxelles 1997 ;
- HADRIEN KOCKEROLS, Monuments funéraires en pays mosan. Arrondissement de Dinant. Tombes et épitaphes 1200-1800, Malonne, Kockerols, 2003.
- JEAN DECONINCK, Baillonville et ses seigneurs. Baillonville, Fin des années 1990.
- JEAN-LOUIS JAVAUX, l’église Saint-Hubert à Baillonville, de la Meuse à l’Ardenne, n°312, année 2000 ;
- PIERRE MARDAGA, La patrimoine monumental de la Belgique, Wallonie 22³, arrondissement de Dinant, Sprimont 1996
- ROBERT HANKART, La Paroisse de Baillonville, Le Guetteur Wallon n° 134, Mars 1956.
André Vanoverschelde