CIPAR et IRPA : unir les expertises pour les inventaires des églises paroissiales
Réunions et travail sur site à la suite des inondations de l’été 2021, identification et valorisation des textiles liturgiques, les projets de collaboration entre le CIPAR et l’IRPA sont nombreux. Dans le lot, l’un d’entre eux est important à mettre en évidence : les inventaires d’églises paroissiales ! Qui s’occupe de quoi ? Quels sont les objectifs ? En quoi les inventaires se complètent-ils ? Vous pourrez découvrir toutes ces réponses via la FAQ reprise dans cet article !
Quelle est la différence entre le CIPAR et l'IRPA ?
Le CIPAR est une association interdiocésaine en charge de la conservation, de la protection et de la valorisation des églises paroissiales et de leur contenu. Il agit en ce sens comme un centre d’expertise en patrimoine religieux. L’IRPA est un institut scientifique fédéral qui traite l’ensemble du patrimoine artistique belge, religieux comme profane, public comme privé.
Tandis que le CIPAR s’adresse en priorité aux gestionnaires des églises paroissiales (fabriques d’églises, instances communales, desservants, personnel d’église), l’IRPA s’adresse davantage à un public scientifique (chercheurs en histoire de l’art, conservateurs et restaurateurs du patrimoine).
L’IRPA et le CIPAR sont, en ce sens, deux centres d’expertise complémentaires. Bien que leur statut, leur champ d’action et leurs publics-cibles respectifs soient différents, ils partagent l’objectif commun de valoriser le patrimoine historique en sensibilisant un public plus large.
Qu'est-ce qui distingue les inventaires CIPAR de ceux de l'IRPA ?
Les inventaires du CIPAR sont des répertoires photographiques exhaustifs qui sont employés comme outils de gestion quotidienne du patrimoine d’église. En effet, ils visent à compiler des données actualisées basées sur des inventaires plus anciens (dont ceux de l’IRPA) et de répertorier tous les biens mobiliers qui jusqu’ici n’ont encore jamais été inventoriés (ce qui comprend principalement les productions modernes et contemporaines). Ces inventaires mettent principalement en évidence les disparitions et/ou transformations de biens mobiliers et l’état de conservation des pièces. Cela permet de mettre en place un accompagnement plus personnalisé pour les gestionnaires en matière de gestion patrimoniale (cibler les urgences, développer des actions, etc.).
Les inventaires de l’IRPA constituent à l’origine une base de données photographique et documentaire nationale consacrée au patrimoine artistique, qui sert de référence scientifique pour la documentation, l’étude et la conservation du patrimoine artistique belge. Face à l’inquiétude croissante suscitée par la disparition de biens mobiliers dans les églises durant la seconde moitié du 20e siècle, et dans le contexte des transformations liturgiques consécutives au concile Vatican II (1963), de nombreux biens mobiliers religieux ont perdu leur fonction cultuelle, entraînant leur disparition progressive. Afin de préserver la mémoire de ce patrimoine, les ministres de la Culture, à l’initiative de Pierre Wigny, confient en 1967 à l’IRPA la réalisation d’un « inventaire de protection ». Celui-ci vise à recenser le patrimoine artistique en vue de développer des actions de sauvegarde.
L’IRPA est ainsi chargé, entre 1967 et 1984, d’établir un vaste répertoire photographique du mobilier des sanctuaires de Belgique. Neuf historiens de l’art, un par province, mènent les campagnes de prospection par canton, tandis que des photographes privés réalisent les prises de vue. Initialement envisagé pour l’ensemble du patrimoine, le projet est recentré sur les églises, considérées comme prioritaires en raison de la vulnérabilité de leur mobilier. Au total, quelques 250 000 clichés documentent les œuvres présentant un intérêt artistique, historique, archéologique ou culturel. Entre 1972 et 1983, 213 fascicules, organisés par canton, sont publiés et deviennent un outil essentiel pour la gestion du patrimoine par les fabriques d’églises. Depuis 1989, ces données ont été informatisées et sont aujourd’hui accessibles, accompagnées de leurs photographies, sur le portail BALaT de l’IRPA.
Le CIPAR s’appuie sur cette base solide pour la traduire en un outil de terrain, en actualisant et en complétant les données relatives à la conservation pratique. Par ailleurs, il intègre le mobilier religieux qui n’avait pas été répertorié à l’époque par l’IRPA, à savoir majoritairement les objets et textiles produits à partir de la seconde moitié du 19e siècle ainsi que les productions contemporaines. Cette démarche permet également de dresser un bilan sur les disparitions et les biens mobiliers transformés (comme les chaires de vérités ou bancs de communion recyclés en autels ou en lutrin, par exemple).
Ensemble, les deux institutions remplissent donc des missions distinctes mais complémentaires, au service à la fois de la connaissance du patrimoine et de sa gestion quotidienne.

Photo © IRPA.
Est-ce que les inventaires CIPAR et IRPA ne font pas double-emploi ?
Ces inventaires de l’IRPA consacrés au patrimoine religieux relèvent avant tout d’une démarche scientifique. En effet, ils visent d’abord la documentation, la préservation et la recherche du patrimoine. Les inventaires plus récents des objets religieux s’inscrivent eux aussi dans cette logique d’étude ou de conservation, souvent en lien avec des projets précis.
Le CIPAR accompagne les fabriques d’église dans leur obligation de réaliser et mettre à jour l’inventaire des biens d’église dont ils sont gestionnaires et/ou propriétaires. Cette obligation est évoquée dans le décret napoléonien du 30 décembre 1809 et rappelé dans l’ordonnance épiscopale de 2016 ainsi que dans le décret de 2022 de la Fédération Wallonie-Bruxelles pour la protection des biens mobiliers. L’outil de gestion sert in fine à suivre l’état des biens, à prévenir les vols et actes de vandalismes et à agir préventivement en cas de sinistres. En s’appuyant notamment sur les fiches de l’IRPA, qu’il actualise et complète, le CIPAR alimente une base documentaire scientifique en veillant à développer un instrument de suivi quotidien.
Ainsi, les deux inventaires ne font pas double emploi : l’IRPA produit une référence scientifique de fond, tandis que le CIPAR en assure l’exploitation opérationnelle au service des gestionnaires locaux. Par ailleurs, l’actualisation des données permet également de découvrir de nouvelles pièces de valeur patrimoniale, d’identifier de potentielles pièces à classer (Trésors ou Biens d’Intérêt Patrimonial de la Fédération Wallonie-Bruxelles) ou encore de développer des partenariats de recherche. En ce sens, l’IRPA et le CIPAR participent tous deux à l’alimentation de la recherche en histoire de l’art et en conservation du patrimoine.
Est-ce l'inventaire de l'IRPA est un catalogue pour les voleurs ?
L’inventaire de l’IRPA est, au contraire, pensé comme un outil de protection et de connaissance du patrimoine :
- Le répertoire photographique a été lancé justement face à la disparition fréquente de biens mobiliers ou immobiliers, pour conserver une trace précise de ce qui existe/a existé.
- L’inventaire sert à identifier les œuvres en cas de vol : photos, descriptions et mesures permettent de prouver l’existence et l’origine d’un objet et d’alerter rapidement les services de police, les douanes, les maisons de vente, etc.
- Il contribue à la dissuasion : savoir qu’un patrimoine est documenté, photographié et consultable par les autorités rend la revente illicite plus risquée pour les voleurs.
- Les données les plus sensibles sont encadrées : l’accès complet à la documentation scientifique et aux dossiers d’intervention se fait dans un cadre institutionnel (IRPA, infothèque, photothèque), pas comme une liste de « bonnes cibles » avec plans d’accès et dispositifs de sécurité.
- Sans inventaire, un vol est plus facile à exploiter : objet mal connu, mal décrit, parfois même pas photographié, donc plus simple à écouler et plus difficile à revendiquer par la communauté propriétaire.
- Historiquement, ces inventaires ont aussi une finalité scientifique et de mémoire : étude, conservation-restauration, recherche en histoire de l’art, et transmission aux générations futures.
L’inventaire de l’IRPA n’augmente donc pas le risque de vol, mais donne au contraire les moyens de réagir, de prouver la provenance et de mieux protéger le patrimoine à long terme.
Un objet étudié et correctement identifié sera toujours mieux protégé qu’un objet méconnu.
Est-ce que le CIPAR fait "chasse gardée" des données qui sont encodées ?
Que du contraire : les données sont enregistrées dans une base informatisée interdiocésaine accessible aux fabriques d’église, qui peuvent à la fois encoder les objets, modifier leurs fiches et y ajouter de nouvelles photos ou des documents à tout moment.
À la suite de la collaboration de plus en plus étroite entre le CIPAR et l’IRPA, les données complétées sont également prises en compte et mises à jour sur la base de données en ligne de l’IRPA, BALaT (Belgian Arts Links and Tools), consultable par tous. Cette intégration progressive montre un réel souhait de partager et valoriser le patrimoine mobilier religieux et de le rendre accessible au plus grand nombre. Il ne s’agit donc pas de faire « chasse gardée » des données, mais au contraire de les mettre au service de la connaissance, de la recherche et de la gestion du patrimoine.
Outre les inventaires, y a-t-il d’autres projets sur lesquels le CIPAR et l’IRPA collaborent ?
Certainement, le CIPAR et l’IRPA ont activement collaboré dans le cadre des inondations et plus spécifiquement au cours du projet CHrisis de l’IRPA. De là ont découlé de nombreuses réflexions, des outils pratiques (les fiches techniques sur le séchage des bâtiments), le projet de préservation et de valorisation de textiles anciens et à présent, le renforcement de la collaboration autour des inventaires.
Vous voulez en savoir plus ? Soyez attentifs et n’hésitez pas à vous abonner aux lettres respectives du CIPAR et de l’IRPA, des nouvelles actualités seront diffusées prochainement !
En cas de questions, qui contacter ?
Pour toute question liée à la gestion des inventaires et la base de données du CIPAR : Maura Moriaux, m.moriaux@cipar.be ; 0478 63 66 42.
Pour toute question liée à base de données de l’IRPA, BALaT :
CIPAR et IRPA : deux acteurs qui collaborent autour de leur passion commune pour le patrimoine historique !
Maura Moriaux (CIPAR), Mélanie Droumart et Elisabeth Van Eyck (IRPA)