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Quand l’art contemporain entre en dialogue avec une église paroissiale

Publié le 30/09/2025

Commune importante du Brabant Wallon, Nivelles est réputée grâce à la collégiale Sainte-Gertrude, victime des bombardements de la Seconde Guerre mondiale. Or, il ne s’agit pas du seul édifice religieux qui a subi les affres du temps. En effet, l’église Saint-Michel de Monstreux a été confronté à un phénomène dévastateur dans les années 80 mais, comme la collégiale, elle a pu bénéficier d’importants travaux de restaurations. L’édifice a même pu devenir un terrain d’expression pour l’art contemporain.  

L’église de Monstreux avait subi de nombreux dégâts suite à un manque récurrent d’entretien durant plusieurs décennies, qui a eu pour conséquence la destruction partielle de la toiture et de la voûte. Face à cette catastrophe, une mobilisation locale importante s’est rapidement mise en place pour que l’édifice puisse renaître de ses cendres. C’est ainsi que le bureau d’architectes DDV (à Nivelles) a été désigné pour mener des travaux de reconstruction et de réaménagement. Des choix audacieux ont été pris, conférant ainsi une allure contemporaine à l’intérieur du bâtiment : charpente et murs de briques apparents et mise en couleur vive du maître-autel et des portes intérieures.

Dans la mesure où le mobilier avait également souffert, plusieurs nouveaux biens ont été introduits, dont un chemin de croix. Différents des chemins de croix habituellement rencontrés dans les églises, celui à Monstreux se distingue par sa conception, sa forme et sa matière. En bref, une œuvre unique !

Mille feux sur le chemin de croix

Ces stations en trois dimensions isolent chacune un détail qui permet d’identifier symboliquement chaque épisode. Ainsi, le moment où le Christ est cloué sur la croix est représenté par une main, dans laquelle est enfoncé un clou. Autre exemple, l’épisode évoquant la rencontre entre Jésus et Véronique est illustré par le voile.
S’il fallait résumer en quelques mots-clés ces productions artistiques, voici ce que nous pourrions en dire : une expression épurée mais symboliquement puissante.

Réalisées par les artistes Aline Nève et Anne Leclercq, les stations constituent une narration complète de la fin de la vie du Christ. Mais si chacune d’elles est isolée, l’on pourrait les considérer comme des œuvres en ronde-bosse à part entière. Anne Leclercq confie : « nous souhaitions créer une œuvre singulière tout en veillant à respecter l’essence d’un chemin de croix. Nous avons d’abord commencé par nous imprégner de lectures bibliques pour identifier la direction artistique à prendre. Ensuite, nous nous sommes mises au travail et nous avons créé minutieusement chaque station ». Toutes deux céramistes, elles ont traduit ensemble le concept dans l’argile.

Pour ce qui est du processus de création, elle précise : « Aline est plus familière avec l’expression figurative et le dessin, moi avec la connaissance des différentes argiles ainsi que leurs réactions et leurs modes de cuisson. Le dessin et le concept ont été œuvre commune, sur base de discussions et d’échanges. Aucune station n’a été dessinée au préalable, tout s’est fait directement à partir de l’argile.  Pour la réalisation pratique, chacune y a mis sa patte. Souvent, Aline installait la pâte pour une première ébauche, sur laquelle je revenais si nécessaire. Ensuite, tout s’est fait en commun : le choix de la position des personnages, la teinte à utiliser, ….  Si l’on veut trouver plus précisément la marque de chacune, je dirais qu’Aline ébauchais de manière plus spontanée et vivante et moi je cherchais plus à l’abstraction pour ne garder l’essentiel de l’expression. Je crois que c’est la connivence de nos deux personnalités différentes qui crée la force, l’humanité et l’équilibre de l’ensemble. »

Le chemin de croix de Monstreux prouve que l’art contemporain peut entrer dans un dialogue harmonieux avec le patrimoine religieux préexistant et que ce dialogue a encore de très beaux jours devant lui. Par ailleurs, il reflète aussi la symbiose de deux artistes qui d’après leurs dires, ont pris beaucoup de plaisir à créer l’œuvre et à travailler ensemble.

Une fabrique dynamique

Cet engouement et intérêt pour le chemin de croix sont aussi exprimés par la fabrique d’église et tout particulièrement par Gaëtan Lemaire, trésorier du conseil de fabrique, qui assure non seulement l’entretien de l’édifice mais veille également à la conservation des biens mobiliers. « Le chemin de croix est véritablement unique et il s’intègre bien dans l’architecture et la configuration de l’édifice. Nous veillons à ce qu’il soit correctement conservé ». Outre cette œuvre, la fabrique a de nombreux autres projets de préservation de son patrimoine. En effet, l’inventaire vient tout juste d’être finalisé cette année et des biens mobiliers importants issus du patrimoine nivellois, après restauration, vont être réaffectés dans l’église de Monstreux. Envie de connaître davantage de détails sur ce dernier projet ? N’hésitez pas à suivre les actualités du CIPAR car la fabrique en dévoilera davantage dans les prochains mois !

 

Maura Moriaux

Un grand merci à Anne Leclercq pour avoir partagé son témoignage et décrit son processus créatif avec Aline Nève.

Un grand merci à Gaëtan Lemaire pour son implication, son dynamisme et toutes les mesures mises en place en faveur de la préservation du patrimoine.

Un grand merci à Laura Weber pour la réalisation de l’inventaire.

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