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Un même artiste pour deux chemins de croix : une découverte entre Héron et Schaltin

Publié le 03/03/2026

Lors de l’inventaire du patrimoine de l’église de Schaltin, une surprise est apparue au détour des nefs : le chemin de croix qui y est conservé présente une parenté frappante avec celui de l’église de Héron.
Les deux ensembles, composés de quatorze stations retraçant la Passion du Christ, partagent un même style pictural, des compositions proches et une manière très reconnaissable de traiter les visages, les
drapés et les lumières.

  Cette ressemblance n’est pas fortuite. À Héron, où j’ai eu l’occasion de restaurer le chemin de croix, des archives attestent qu’il a été peint par Rosbaels de Bouillon, artiste actif dans la seconde moitié du XIXᵉ siècle. Installées en 1868, ces stations constituent un élément patrimonial majeur de l’église. Rosbaels est également l’auteur d’un tableau représentant le Massacre des Innocents, autrefois exposé dans
l’église, et aujourd’hui conservé au musée d’art religieux et d’art mosan de Liège. À ce jour, ce sont les seules œuvres documentées de cet artiste discret, dont la production reste largement méconnue.

À Schaltin, aucune source écrite ne permet d’attribuer formellement le chemin de croix au même peintre. Pourtant, l’analyse stylistique rapproche sans équivoque les deux ensembles. Malgré quelques variations dans les attitudes ou les positions des personnages, l’ensemble des caractéristiques techniques — modelé des chairs, construction des volumes, traitement des ombres, organisation de l’espace — renvoie à une même main. Ces différences s’expliquent aisément : les peintres réutilisaient souvent leurs modèles tout en adaptant certaines scènes aux attentes des commanditaires.

À la lumière de ces éléments, et après une analyse rigoureuse, il est très probable que le chemin de croix de Schaltin puisse être attribué à Rosbaels de Bouillon.

Cette découverte enrichit la connaissance du patrimoine religieux wallon et met en lumière la cohérence du travail de Rosbaels de Bouillon, tout en contribuant à mieux comprendre la diffusion de l’art religieux au XIXᵉ siècle dans nos régions. Elle souligne aussi l’importance des inventaires de terrain : en observant, comparant et documentant les œuvres, il devient possible de restituer des filiations artistiques oubliées et de redonner un nom à des créations restées anonymes.

Fabien Hanchir

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