L’église Saint-Symphorien de Jambes : la question de l’avenir du patrimoine mobilier

Vue intérieure de l'église Saint-Symphorien de Jambes

Avec la désaffectation annoncée de l’église Saint-Symphorien et le transfert du culte vers l’ancienne chapelle des Oblats, se posait la question de l’avenir du patrimoine mobilier de l’église. Un retour sur les richesses patrimoniales de cet édifice.

Vue intérieure de l'égliseComme toutes les églises, Saint-Symphorien renfermait du mobilier, des objets de culte, des œuvres d’art très divers, plus ou moins anciens ou modernes. Une partie de ce patrimoine avait été spécialement conçu pour s’intégrer parfaitement à l’édifice, d’inspiration art déco. Réaffecter le patrimoine d’une église est toujours une question complexe et délicate, car il n’est pas anodin d’arracher des objets au contexte architectural et religieux auquel ils étaient destinés. Une concertation entre la Fabrique d’église, la Ville de Namur et l’Évêché a permis de dégager des solutions.

La réflexion s’est basée sur un inventaire complet du patrimoine mobilier, réalisé par la Fabrique d’église, selon les critères d’inventaire mis en place par le Centre interdiocésain du Patrimoine et des Arts religieux (CIPAR). Un comité s’est réuni autour du patrimoine remarquable, réunissant des représentants de la Ville de Namur, de la Fabrique d’église, de l’Evêché et de l’IRPA. Des experts extérieurs, notamment des historiens de l’art, l’Association Campanaire Wallonne et le Comité wallon pour le vitrail, ont également été sollicités.

Une part importante du mobilier a été transférée à la chapelle des Oblats : des œuvres anciennes comme un Christ de Pitié daté du XVIe siècle et des œuvres plus modernes, conçues dans l’esprit Art déco, comme les tableaux du chemin de croix en cuivre repoussé. La belle mosaïque du Baptême du Christ, attribuée traditionnellement à l’artiste bruxellois Géo De Vlamynck, a pu être démontée pour être aussi transférée aux Oblats, de même que les fonts baptismaux. Les trois cloches, mémoire de la communauté et souvenir sonore de l’édifice, ont fait l’objet d’une attention particulière, afin d’être préservées en terres jamboises. Elles ont été examinées et inventoriées par l’Association Campanaire Wallonne. L’une d’elle, pièce historique du patrimoine namurois, réalisée par le fondeur namurois Binamé vers 1805, a été transférée dans la nouvelle chapelle. Les deux autres cloches sont destinées à l’école primaire Saint-Joseph et à la Tour d’Anhaive, lieu de valorisation du patrimoine jambois.

L’église recelait d’autres richesses qui ont pu être sauvées. Ainsi, sept grandes toiles des XVIIe et XVIIIe siècles, qui étaient conservées dans le grenier, déjà remarquées par le chanoine André Lanotte en 1995, puis re-découvertes par l’IRPA en 2009. L’une d’elle a pu être identifiée : il s’agit d’une œuvre importante pour Namur, puisque c’est une toile provenant de l’église Saint-Loup et attribuée à Jacques Nicolaï, peintre jésuite du XVIIe siècle. L’Évêché de Namur a encouragé le sauvetage de ces œuvres, qui étaient couvertes de poussières et de fientes de pigeon. La Ville de Namur a pris en charge le traitement de conservation des toiles. Ce traitement a révélé des œuvres de qualité, qui mériteront une étude et une restauration plus approfondie. La représentation de Saint Louis de Gonzague au pied de la Vierge est très proche de celle qui a récemment été mise en lumière à l’église Saint-Martin d’Havré. Une étude scientifique pourrait nous révéler davantage d’indices.

La préservation du patrimoine passe également par le numérique : l’IRPA a ainsi réalisé une mission photographique afin d’enregistrer l’ensemble des vitraux ainsi que les volumes architecturaux de l’édifice. Le mobilier et les objets qui n’iront pas aux Oblats seront mis à disposition d’autres églises et communautés religieuses. Certains textiles et reliquaires anciens seront mis en dépôt au Musée diocésain de Namur. Mais l’aventure n’est pas terminée. En fonction de l’avenir de l’édifice, se pose la question de la sauvegarde de la céramique du chœur, des vitraux ou encore des confessionnaux en marbre Art déco…

Hélène Cambier

Saint Stanislas de Kotska attribué à Jacques Nicolaï
Saint Louis de Gonzague attribué à Jacques Nicolaï