Le Carême, temps de préparation aux fêtes pascales et aux baptêmes d’adultes

Ravenne_baptistère des orthodoxes

Chez les chrétiens des premiers siècles, le baptême d’adultes était la situation la plus fréquente. Depuis Vatican II, l’Église catholique a retrouvé cette pratique, même dans les pays d’ancienne culture chrétienne. Chaque année à Pâques – excepté en 2020, évidemment – dans toutes les cathédrales, des adultes reçoivent les trois sacrements du baptême, de la confirmation et de l’eucharistie. Un vrai « coup de jeune » pour les communautés chrétiennes, car les « nouveaux venus » ont leur expérience de vie, leurs repères, leur regard sur le monde, leur parcours propre.

Aux origines du baptême
Tertullien de Carthage, théologien du IIe siècle, a fait cette déclaration restée dans toutes les mémoires : « On ne naît pas chrétien, on le devient ! ». Il voulait dire que la condition de chrétien ne se transmet pas par la génération humaine, mais qu’elle est le fruit d’un choix personnel, en réponse à un appel. A cette époque, les évêques se chargeaient eux-mêmes de la préparation des futurs baptisés. Pour l’Orient, on peut citer les noms de Cyrille de Jérusalem, Jean Chrysostome, Grégoire de Naziance. Pour l’Occident, on pense à Ambroise de Milan et à Augustin d’Hippone.

Ils nous ont laissé l’essentiel de leurs entretiens avec les futurs baptisés sous le nom de « Catéchèses » (en grec, « katèkéô » signifie transmettre oralement). Cette préparation n’avait pas le caractère « scolaire » qu’on pourrait imaginer. Il n’était question ni de la réussite d’un examen, ni de l’acquisition d’un diplôme, mais plutôt d’une « initiation » de type existentiel, d’un « devenir chrétien » progressif, au contact d’autres chrétiens.

Vestiges Baptistère du duomo de Milan                      Ravenne_baptistère des orthodoxes

Il s’agissait d’entrer dans la connaissance de Dieu en fréquentant les Écritures, de découvrir les mots de la foi et de la prière, d’adopter progressivement les mœurs des disciples du Christ. Ce « stage » prenait du temps. Ainsi se formait la vie selon l’Évangile, appelée « nouvelle naissance » (Jn 3, 3). Toute naissance suppose une gestation et une croissance. Les anciens disaient que l’Église exerce son rôle maternel dans le baptême des chrétiens ; ils comparaient volontiers la cuve baptismale au sein maternel. La fonction baptismale a toujours été centrale dans l’Église. Souvent d’ailleurs, les anciennes cathédrales ont situé le baptistère dans un lieu distinct de l’église. Qu’on se rappelle le baptistère du Latran à Rome, celui de Florence et celui de Pise.

Les évangiles des trois dimanches de Carême qui précèdent immédiatement le baptême sont tirés de Jean. Ils expriment symboliquement la condition des futurs baptisés. La rencontre de Jésus avec la Samaritaine au bord du puits (Jn 4) est source de vie nouvelle (« Si tu savais le don de Dieu ! »). La guérison de l’aveugle-né (Jn 9) le fait accéder à la lumière du jour, symbole de la lumière de la foi. La résurrection de Lazare (Jn 11) symbolise le passage de la mort à la vie, à la suite du Christ ressuscité. Par les sacrements reçus dans la nuit de Pâques, les nouveaux baptisés deviennent enfants du Père, disciples du Christ, temples de l’Esprit.

 

 

Légendes des photos :

1. Vestiges du premier baptistère (IVe siècle) de la cathédrale de Milan dans lequel saint Ambroise a baptisé saint Augustin. Comme tous les baptistères paléochrétiens, il est de forme octogonale. Les huit côtés rappellent les sept jours de la semaine et de la création, plus le jour de la résurrection. Le baptême est en effet pour le chrétien un symbole de résurrection, un passage de la mort à la vie. C’est ce que rappelle saint Paul dans la lettre aux Romains : Si donc, par le baptême qui nous unit à sa mort, nous avons été mis au tombeau avec lui, c’est pour que nous menions une vie nouvelle, nous aussi, comme le Christ qui, par la toute-puissance du Père, est ressuscité d’entre les morts (Ro 6,4).

2. Ravenne, intérieur du baptistère de l’évêque Néon, début du Ve siècle.

3. Cuve baptismale de la cathédrale de la Résurrection d’Evry (Mario Botta, 1995). Depuis le Concile Vatican II, l’Eglise renoue avec la tradition des baptêmes d’adultes par immersion tels qu’ils se pratiquaient dans l’Eglise primitive. Cette célébration a lieu lors de la vigile pascale.

André Haquin