Formes du salut : publication et exposition à LLN

Depuis l’ouverture du Musée L, il ne cesse de renforcer son identité de musée universitaire en remplissant ses missions de recherche, d’enseignement et de service à la société. Après une exposition de type archéologique, riche en objets et bien documentée sur les tumulus, l’équipe du musée s’est plongée dans l’étude de la sculpture religieuse médiévale avec quelques études de cas bien précis. En effet, leur prochaine exposition leur permet de présenter de manière approfondie un lot d’œuvres mis en dépôt au Musée L par la Donation Royale. À l’origine, cet ensemble de sculptures et d’un panneau religieux, collecté par un généreux donateur bien connu du Musée L, l’Abbé Adolphe Mignot, était exposé dans la chapelle Sainte-Anne de Val Duchesse. Ce patrimoine longtemps conservé dans de mauvaises conditions a pu bénéficier d’une campagne de conservation-restauration par l’IRPA, financée grâce au Fonds Baillet-Latour. Dans le cadre de l’exposition, toutes les pièces ne seront pas montrées, mais trois Sedes seront mises particulièrement en lumière, ainsi qu’un calvaire, une dormition de la Vierge et le tableau représentant une scène de déploration. Des œuvres de comparaison empruntées à d’autres institutions (MRAH, Musée du Grand Curtius, Société archéologique de Namur, fabrique de l’église de Hoegaarden) enrichiront également cette exposition.

FORMES DU SALUT, AU PLURIEL

Le titre de l’exposition en lui-même mérite une explication car le « salut », comme l’indique le mot « formes » volontairement accordé au pluriel, prendra en effet plusieurs aspects…
Dans notre langage courant, le mot salut renvoie au fait, pour une personne, d’échapper à un danger, à un malheur, à la mort, en bref aux dangers qui menacent son existence. Dans la religion catholique, le « salut » est une notion bien évidemment plus spirituelle qui signifie « délivrance et libération », c’est-à-dire la libération définitive du mal et du péché en vue de la communion complète avec Dieu. À travers la visite, on abordera bien entendu la question du salut matériel de ces œuvres grâce au travail minutieux de conservation et de restauration  effectué à l’IRPA. Mais on analysera aussi la notion chrétienne du salut, en mettant un éclairage plus particulier sur les pratiques religieuses anciennes et leur évolution dans le temps. Grâce au travail de recherche de Matthieu Somon, nous allons plonger dans l’histoire et tâcher de comprendre quels types de rites et de pratiques dévotes étaient liés à ces sculptures et à ce panneau.
Les différentes compétences et les apports des commissaires sont complémentaires et indispensables pour comprendre le rôle de ces objets sortis de leur contexte originel et exposés dans les musées. L’ironie étant qu’en les présentant sur socle ou sous vitrine dans un bel espace scénographié, il y a une sorte de « re-sacralisation » de ces objets devenus intouchables. Avec le risque toutefois, sans médiation adéquate, de donner aux visiteurs une vision tronquée voire inexacte de leurs fonctions à l’époque de leur création. On proposera donc de les appréhender en s’efforçant de documenter leur contexte initial d’exposition et d’utilisation et d’explorer la signification des attributs, la symbolique des couleurs notamment.

L’IMPORTANCE DES IMAGES DANS LA DÉVOTION AU MOYEN ÂGE : EXEMPLARITÉ ET INTERCESSION DANS LA VIE DU CHRÉTIEN
Comme l’expriment très bien Ingrid Flaque et les différents auteurs qu’elle cite dans son essai qui paraîtra dans le catalogue de l’exposition, la période du Moyen Âge en Occident « voit un
développement et une valorisation sans précédent des formes et des fonctions des images religieuses». Différentes tentatives de justifier l’usage des images pour le culte se sont succédées et le
deuxième concile de Nicée (en 787) a particulièrement reconnu leur signification et leur valeur pédagogique tout en spécifiant que « l’honneur n’est pas rendu aux images, ni aux reliques mais, à travers elles, à la personne qu’elles représentent ». Ainsi les images acquièrent une légitimité et même une valeur de catéchèse puisqu’elles servent non seulement de « bible pour les illettrés », mais aussi de modèle, et qu’elles favorisent l’imagination dévotionnelle des croyant·es. Mais pour que cette représentation (qu’elle soit une sculpture, un tableau ou une image gravée) touche au plus profond les fidèles, l’image ou le sujet de dévotion se doit d’être au plus proche de la vie et des aspirations du quotidien. Les représentations des sujets vont donc se calquer aux us et coutumes de l’époque, aux modes, aux environnements connus et/ou reconnaissables par le fidèle et ainsi s’ancrer dans la vie contemporaine du croyant.

« ÉTUDIER LA SCULPTURE, C’EST ÉVALUER LA PIÉTÉ ET SON ÉVOLUTION À L’ÉPOQUE MÉDIÉVALE.»
La collaboration entre nos trois commissaires – Matthieu Somon, Emmanuelle Mercier et Erika Rabelo – prend ici tout son sens. Ces dernières, en étudiant de manière approfondie et rigoureuse les transformations de ces sculptures au fil du temps vont, telle une enquête policière, retracer l’histoire de ces objets et mieux nous outiller pour comprendre l’évolution de leurs usages. Les radiographies vont révéler des modifications, comme des changements d’attributs ; l’observation au microscope va permettre un relevé précis de la superposition des polychromies, un suivi des changements de décors et de leurs techniques de réalisation. À cela s’ajoute l’analyse des matériaux qui sont autant d’informations primordiales pour comprendre l’évolution de ces sculptures et constituent autant de « témoignages de la vie spirituelle passée». Vient en parallèle l’apport de Matthieu Somon. Car forte de ces études matérielles des œuvres, une analyse du contexte et des pratiques dévotionnelles de l’époque permet une lecture beaucoup plus complète des usages de ces sculptures et du panneau peint qui, dans certains cas, ont perduré jusqu’à nos jours, telle la procession du Dimanche des Rameaux à Hoegaarden. Cet apport historique nous permet ainsi de mieux comprendre l’importance de la sculpture et plus largement l’art religieux sur le salut des chrétiens dans leur quotidien mais également après leur mort. Nous nous réjouissons de pouvoir bientôt vous présenter cette exposition, d’autant plus qu’elle correspond à une des aspirations profondes exprimées par l’Abbé Mignot lors de sa donation de vases antiques au Musée L : elle met à disposition du public « (…) un patrimoine qui ne soit pas un savoir, sujet de prestige ou de luxe, mais un instrument de savoir et de joie esthétique, qui serve à notre formation et à celle de notre public».

 

Abbé Adolphe Mignot (1903 – 2001) : l’Ermite de Val Duchesse
Si le nom de Mignot est relativement familier pour les habitués du Musée L grâce à sa donation de vases grecs et italiotes à l’Université en 1975, peu réalisent qu’il est également présent derrière la mention « prêt de la Donation Royale » dans la section Moyen Âge/Renaissance du Musée L. En effet, l’Abbé Mignot a collecté, durant ses années de vie à Val Duchesse (1962 – 2001), des sculptures médiévales et renaissantes qu’il a disposées dans la chapelle Saint-Anne. Cette dernière était d’ailleurs visitable douze après-midis par an pour tout visiteur qui le souhaitait. Et ce n’est pas moins de vingt-six mille visiteurs qui sont entrés dans la chapelle durant les 26 années d’occupation du lieu par Adolphe Mignot.

Chapelle Sainte-Anne Auderghem

Commissariat :
Emmanuelle Mercier, Historienne de l’art et Conservatrice-restauratrice, Collaboratrice scientifique, IRPA
Erika Rabelo, Conservatrice-restauratrice, Collaboratrice scientifique, IRPA
Matthieu Somon Boursier Post-Doc de Strycker en Histoire de l’Art, Fondation Sedes Sapientiae, Faculté de théologie UCLouvain

Elisa de Jacquier, Service expositions et édition du Musée L

Le premier § a été adapté pour nos lecteurs

 

EXPOSITION TEMPORAIRE – FORMES DU SALUT
L’exposition mettra en valeur les sculptures et les peintures religieuses de la Donation royale en provenance de l’abbaye de Val Duchesse et mises en dépôt au Musée L. Vous pourrez découvrir à cette occasion le travail expert et minutieux de conservation-restauration mené à l’IRPA (Institut Royal du Patrimoine Artistique) avec le soutien du Fonds Baillet-Latour. Cette exposition originale, conçue comme un diptyque, permettra de rentrer dans l’usage, dans les croyances et dans les conditions matérielles de ces œuvres qui garantissent le « salut ». Au-delà de ces pratiques religieuses, le propos soulignera la fonction de conservation et de transmission aux générations futures assurée par les musées et les restaurateurs. L’intervention technique, soutenue par la recherche documentaire et par la connaissance historique des pratiques, sera rendue très accessible par une présentation dynamique. Une occasion unique de découvrir ces histoires de « salut » et de sauvetage des œuvres qui sont beaucoup plus mouvementées que ce que leur apparence statique peut laisser croire ! Explorez le parcours de l’exposition et découvrez les modifications que ces œuvres ont connues au fil des siècles. L’exposition devait avoir lieu en mai 2020. A cause de la crise sanitaire, elle a du être annulée. Elle est désormais prévue pour le printemps 2022.

En partenariat avec l’IRPA (Institut Royal du Patrimoine Artistique).

Avec le soutien du Fonds Baillet-Latour et de la Fondation Sedes Sapientiae.

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L’exposition est  reportée à 2022, mais l’ouvrage a bien été publié, il est édité par les Presses universitaires de Louvain (PUL) et il est possible de l’acquérir soit à l’accueil du Musée, soit via l’éditeur ( http://pul.uclouvain.be/book/?gcoi=29303100148070 ) au prix de 27 € TTC.

À travers ce livre, le Musée souhaite mettre en valeur le travail de conservation-restauration mené à l’Institut royal du patrimoine artistique (IRPA) grâce au Fonds Baillet Latour. Au-delà de son utilité pratique qui garantit le salut, la pérennité et la transmission de ce patrimoine aux générations futures, cette intervention a permis de renseigner les usages et l’historique des sculptures, souvent remaniées au gré des circonstances de leur exposition. C’est donc aussi la participation de ces œuvres à la vie religieuse et plus précisément leur rôle dans la quête du salut par les fidèles chrétiens qui est au cœur de l’ouvrage.

https://museel.be/fr/publications/ouvrage/formes-du-salut