Comprendre le sens des vêtements liturgiques et leurs couleurs

Le mois de février a déjà revêtu un caractère printanier marqué par une nature qui reprend des couleurs. Comme le printemps, l’année liturgique est également teintée de couleurs, exprimées à travers de nombreux ornements. En cette période de Carême, profitons-en pour nous intéresser à ces différentes couleurs, avec une attention particulière pour le rose, porté lors du quatrième dimanche de Carême, connu sous le nom de dimanche de Laetare.

Des couleurs dans la liturgie

Les églises conservent encore actuellement de nombreux vêtements liturgiques, souvent rangés dans les sacristies, les plus anciens parfois stockés dans les chasubliers. Bien que plusieurs d’entre eux aient tendance à être un peu oubliés, ces vêtements, appelés également ornements, sont symptomatiques de pratiques liturgiques séculaires.

En effet, les chrétiens revivent chaque année les grands événements de la vie du Christ. Ce cycle liturgique annuel est constitué de temps et de célébrations auxquels correspondent des couleurs empreintes de symbolisme.

La différenciation des couleurs, en fonction des solennités et des temps liturgiques, n’est guère sensible avant les IXe-Xe siècles. Ce n’est qu’à partir du XIIIe siècle que se fixe la réglementation des couleurs dans les manuels liturgiques. Le canon des couleurs n’est néanmoins définitif qu’après le Concile de Trente (1545-1563). En effet, le code des couleurs liturgiques se voit constitué en autorité par l’article XVIII des Rubricae generales du Missel Romain de 1570. Ces couleurs signifiantes sont le blanc, le rouge, le vert, le violet et le noir.

Le blanc représente la pureté, la joie, l’innocence et la vérité absolue. Il symbolise également la résurrection et l’immortalité et est donc porté au cours du Temps Pascal (Pâques), à Noël (Nativité), durant l’Épiphanie, la Toussaint, la fête du Saint-Sacrement mais aussi durant les baptêmes et les mariages.

 

Le rouge représente le sang versé par le Christ et symbolise donc la Passion. Il représente également l’amour divin et le feu. Par conséquent, cette couleur est utilisée pendant la fête des Martyrs ou lors la Passion mais aussi le Vendredi Saint, les Fêtes de la Saint-Jean, les fêtes de la Croix et le jour de la Pentecôte.

 

Le vert est porté durant les temps ordinaires pour la célébration des offices dominicaux. Il symbolise la Création, la nature, la charité, la régénérescence et la justice. Il est également porté lors de la période qui s’étend du troisième dimanche de Pentecôte jusqu’à l’Avent (premier temps ordinaire) et aussi durant le temps qui succède à l’Épiphanie jusqu’au jour qui précède le Mercredi des Cendres.

 

Le violet est la couleur du deuil et de la pénitence, il est porté durant l’Avent, le Carême et pour certaines messes votives. Il est aussi porté lors des funérailles.

 

D’autres couleurs font également partie de ce registre mais sont portées à de plus rares occasions. Le noir, qui était initialement la couleur du deuil, symbolisant aussi le combat de l’Église contre les ténèbres, était porté lors des cérémonies mortuaires. Son usage s’est considérablement raréfié après le Concile Vatican II (1962-1965), au profit du violet. Le bleu est porté parfois lors des célébrations mariales, l’or et l’argent peuvent remplacer le rouge et le blanc. Enfin, le rose, couleur qui n’est plus non plus nécessairement portée de nos jours, n’est employé que deux jours par an lors du dimanche de Gaudete (troisième dimanche de l’Avent) et lors du dimanche de Laetare (quatrième dimanche du Carême). Étant donné que nous approchons à grands pas de ce jour (célébré cette année le 14 mars), penchons-nous d’un peu plus près sur cette couleur.

Le rose pour marquer des temps de joie

Pour comprendre la symbolique du rose, il faut remonter à la signification des célébrations durant lesquelles il peut être porté.

« Laetare », signifie littéralement en latin « réjouissez-vous ».

D’après l’Église Catholique de France, Laetare est le premier verbe du chant d’entrée du quatrième dimanche de Carême qui reprend un passage du prophète Isaïe (Isaïe 66, 10-11).

  1. Laetamini cum Ierusalem et exsultate in ea, omnes, qui diligitis eam; gaudete cum ea gaudio, universi, qui lugebatis super eam,
  2. ut sugatis et repleamini ab ubere consolationis eius, ut mulgeatis et deliciis affluatis ex uberibus gloriae eius.

Traduction en français :

  1. Réjouissez-vous avec Jérusalem ! Exultez en elle, vous tous qui l’aimez ! Avec elle, soyez pleins d’allégresse, vous tous qui la pleuriez !
  2. Alors, vous serez nourris de son lait, rassasiés de ses consolations ; alors, vous goûterez avec délices à l’abondance de sa gloire.

Cette célébration est une annonce de la joie de la Résurrection.
Le rose va donc de pair avec cette journée car il inspire justement la solennité et la joie.

Quant à « Gaudete », ce terme signifie en latin « Soyez dans la joie ». Au même titre que le dimanche de Laetare, le dimanche de Gaudete représente un temps d’arrêt mais pendant l’Avent, pour anticiper la joie de Noël.

Bien que le rose ne soit donc porté qu’en de rares occasions, cela n’a pas empêché la production d’ensembles roses somptueux, comme celui actuellement conservé au Grand séminaire de Tournai.

Focus sur un ensemble rose remarquable :

  • Date : 1701-1800
  • Numéro d’inventaire : IRPA 10155706
  • Matériaux et techniques : tissu brodé
  • Provenance : ancienne Abbaye de Bonne-Espérance, dépôt au Grand séminaire de Tournai

Ces ornements constituent un ensemble pratiquement complet et intact de neuf pièces comprenant : une chape, une chasuble, deux dalmatiques, deux étoles, trois manipules, une bourse et un voile de calice. À l’occasion d’une exposition au CHASHa en 2018, ces pièces avaient été mises en scène pour que les visiteurs puissent se faire une idée bien précise de la manière dont étaient portés ces ornements.
Vous souhaitez en savoir davantage sur eux ? N’hésitez pas à cliquer ici.

Envie d’en savoir plus ?

Les questions relatives aux ornements liturgiques vous intéressent ? N’hésitez pas à approfondir vos connaissances en découvrant notre publication La conservation des textiles liturgiques conservés dans les églises paroissiales. Contexte historique, évolution artistique et astuces efficaces pour une gestion et une conservation responsable de ces biens (rangement, nettoyage, manipulation, etc.) y sont repris. Contactez le CIPAR à info@cipar.be pour passer commande.

Par ailleurs, (re)découvrez l’article de Laurent Van Elverdinge, intitulé Évolution de l’iconographie des chasubles des XVIIe et XVIIIe siècles : enjeux de la représentation.

Sources :

Association Épiscopale Liturgique pour les pays Francophones, https://www.aelf.org/bible/Is/66 (consulté le 26 février 2021).

Biblia Catolica, https://www.bibliacatolica.com.br/biblia-de-jerusalem-vs-neo-vulgata-latina/isaie/66/ (consulté le 1er mars 2021).

Centre d’Histoire et d’Art Sacré en Hainaut (CHASHa)

CIPAR, La conservation des textiles liturgiques dans les églises paroissiales

Église catholique de France, https://eglise.catholique.fr/glossaire/laetare/ (consulté le 25 février 2021).

La Croix, https://croire.la-croix.com/Definitions/Lexique/Messe/Pourquoi-differentes-couleurs-liturgiques (consulté le 25 février 2021).

Maura Moriaux
Merci au CHASHa pour sa collaboration

CIPAR - Centre Interdiocésain du Patrimoine et des Arts Religieux