Les châsses conservées dans le diocèse de Liège

Chacune des châsses classées du diocèse de Liège vous est présentée individuellement. Quelques informations historiques, stylistiques, iconographiques et dévotionnelles sont couplées aux informations pratiques afin de les découvrir de vos propres yeux. 

Châsse de saint Hadelin à Visé

Châsse de saint Hadelin_Visé
Illu. Châsse de saint Hadelin. Photo © KIK-IRPA, Bruxelles.

 

Art rhéno-mosan 

Vers 1046 et 1150-1165

Bois, argent, laiton, cuivre

54 x 150 x 34 cm

Collégiale Saint-Martin-et-Saint-Hadelin de Visé

 

 

 

La châsse de saint Hadelin est la plus ancienne représentante du groupe des châsses dites rhéno-mosanes. Son âme en chêne est habillée sur les flancs de plaques d’argent repoussées et partiellement dorées, tandis que le bois de la toiture en bâtière, laissé nu, est toujours visible.

Au niveau des pignons sont représentés d’une part le Christ couronnant saint Hadelin et son maître, saint Remacle, et d’autre part le Christ guerrier piétinant un lion, un basilic et un aspic, symbolisant respectivement l’antéchrist, la mort et le péché. Cette iconographie du Christ guerrier, empruntée à l’art byzantin, est plutôt rare. Ces deux reliefs proviennent probablement d’une châsse antérieure, datée du 11e siècle. Les flancs, subdivisés en quatre scènes séparées par de fines colonnettes, ont quant eux été réalisés au 12e siècle. Y sont racontés les moments marquants de la vie de saint Hadelin, inspirés de la Vita Sancti Hadelini Presbyteri attribuée à l’hagiographe Hériger de Lobbes (fin 10e siècle) : la vocation sur un côté, la mission de l’autre. D’après le style des reliefs, on peut supposer que trois orfèvres ont pris part à leur réalisation.

                               Châsse de saint Hadelin, Collégiale Saint-Martin-et-Saint-Hadelin de Visé

Illu. Châsse de saint Hadelin, Collégiale Saint-Martin-et-Saint-Hadelin de Visé, Photos © KIK-IRPA, Bruxelles.

D’abord conservée au monastère de Celles (Houyet), où fut inhumé saint Hadelin, son fondateur, la châsse se trouve depuis 1338 à Visé. Outre les ossement du saint aquitain, la châsse contient également des reliques dites historiques, supposées avoir été en contact physique avec celui-ci : un corporal de lin, une paire de gants en peau, un peigne liturgique en ivoire, une étole en soie et plusieurs authentiques. 

Informations pratiques :

Adresse : Place de la Collégiale, 4600 Visé

Ouverte tous les jours de 8h30 à 16h30

Possibilité de visites guidées sur demande. Contact : M. Jean-Pierre Lensen, 04/379.79.03 ou 04/374.85.63.

Pour en savoir plus, téléchargez le dépliant dédié à la châsse via le lien suivant : http://www.1579.be/hadelin/triptique-sh-3.pdf

Elise Philippe


Les châsses de saint Domitien et de saint Mengold – deux jumelles hutoises 

  

Châsse de saint DomitienChâsse de saint Domitien

Art rhéno-mosan – attribuée à Godefroid de Huy

Vers 1172-1189 (remaniements successifs entre le 13e et le 18e siècle – restaurée à l’IRPA)

Bois, argent, laiton, cuivre, émail, cristal de roche

61,5 x 131,5 x 31,5 cm

Collégiale Notre-Dame de Huy

 

Châsse de saint Mengold

 

Châsse de saint Mengold

Art rhéno-mosan – attribuée à Godefroid de Huy

Vers 1172-1189 (remaniements successifs entre le 13e et le 18e siècle – restaurée à l’IRPA)

Bois, argent, laiton, cuivre, émail, cristal de roche

62 x 134 x 39 cm

Collégiale Notre-Dame de Huy

 

Les châsses de saint Domitien et de saint Mengold présentent une composition et un programme iconographique sensiblement similaires. Et pour cause : elles sont toutes deux attribuées au même auteur, Godefroid de Huy, un des rares orfèvres de la période médiévale dont le nom nous est connu. Cependant, les deux châsses ont fortement été remaniées au fil du temps. Seuls certains éléments de cuivre datent du 12e siècle, et aucun élément en argent n’est original.

Châsse de saint Domitien
Illu. Châsse de saint Domitien

Les châsses se présentent sous la forme d’un coffre de bois surmonté d’une toiture en bâtière terminée par une crête ajourée à trois pommeaux. Les flancs étaient jadis compartimentés en trois caissons accueillant chacun deux personnages tournés l’un vers l’autre et séparés par une colonnette. Ils ont été raccourcis d’un sixième de leur longueur vers 1720, probablement afin d’uniformiser leurs dimensions avec la châsse de la Sainte Vierge, également conservée dans la collégiale de Huy. Y étaient représentés à l’origine sur la châsse de saint Mengold des saints de la Légion thébaine, et sur la châsse de saint Domitien les douze apôtres. Cependant, certains personnages ont été échangés entre les deux châsses ou remplacés, modifiant la cohérence du programme originel.

Châsse de saint Mengold
Illu. Châsse de saint Mengold.

Au niveau des pignons sont représentés la Vierge à l’Enfant et saint Mengold, chevalier martyr légendaire ; et, sur la châsse jumelle, le Christ en majesté et le saint évêque Domitien. Sur les toitures, cinq anges en bustes déploient des phylactères dans des tondi perlés.

Le culte de saint Domitien, évêque de Tongres-Maastricht au 6e siècle, est attesté à Huy dès le 11e siècle. Le saint chevalier martyr légendaire Mengold (9e siècle) lui est associé au 12e siècle comme patron protecteur de la ville. Véritables objets de dévotion, les deux châsses étaient sorties en procession plusieurs fois par an, jusqu’en 1963. Le reste de l’année, elles étaient exposées dans la collégiale Notre-Dame de Huy et attiraient de nombreux pèlerins soucieux d’obtenir la protection des deux saints.

Illu. Photos © KIK-IRPA, Bruxelles.

Informations pratiques :

Adresse : Parvis Théoduin de Bavière, 4500 Huy

Ouvert tous les jours durant les mois de juillet et d’août, sauf le lundi, de 14h à 17h

Prix d’entrée : 3€ (pour les adultes). Gratuit le 1er dimanche du mois.

Plus d’informations sur : https://www.tresordehuy.com/tresor

Elise Philippe


Châsse de Notre-Dame, Huy

Châsse de Notre-Dame, Huy
Illu. Châsse de Notre-Dame. Photo © KIK-IRPA, Bruxelles.

 

Art rhéno-mosan 

Attribuée à l’atelier de la châsse de saint Remacle (Stavelot)

Vers 1260-1265 (remaniements au 18e siècle – restaurée à l’IRPA)

Argent, cuivre, laiton, fer, pierreries, émail

60,5 x 121 x 36 cm

Collégiale Notre-Dame, Huy

 

 

 

Troisième châsse hutoise classée, le reliquaire de Notre-Dame  présente une composition et un programme iconographique traditionnels : le Christ et la Vierge à l’Enfant en majesté trônent aux pignons, tandis que les douze apôtres sont assis sous les arcades des flancs. Sur les versants de la toiture en bâtière, les bas-reliefs traités au repoussé représentant les prophètes ont été endommagés et montrent d’importantes lacunes. Au niveau de l’ornementation, notons les nombreuses plaquettes d’émaux champlevés aux motifs variés et colorés.

Le style des reliefs est marqué par l’influence du style gothique parisien, particulièrement visible dans la figure de la Vierge au pignon. Les reliefs sont également très plastiques : les personnages sont traités quasiment comme des statuettes en ronde-bosse, indépendantes du fond auquel elles sont adossées.

Cette châsse présente la particularité de contenir des reliques de plusieurs saints, outre celle de la sainte Vierge. Elle a joué un rôle important dans la vie religieuse hutoise : les chanoines du chapitre de Huy faisaient prêter serment sur ce reliquaire.

                           

Illu. Châsse de Notre-Dame. Photos © KIK-IRPA, Bruxelles.

Informations pratiques :

Adresse : Parvis Théoduin de Bavière, 4500 Huy

Ouvert tous les jours durant les mois de juillet et d’août, sauf le lundi, de 14h à 17h

Prix d’entrée : 3€ (pour les adultes). Gratuit le 1er dimanche du mois.

Plus d’informations sur : https://www.tresordehuy.com/tresor

Elise Philippe


Châsse de sainte Ode et de saint Georges à Amay

Illu. Châsse de sainte Ode et de saint Georges. Photo © KIK-IRPA, Bruxelles.

 

 

Vers 1240-1250

Bois, argent, alliage de cuivre, verroteries

58 x 103 x 43 cm

Collégiale Saint-Georges et Sainte-Ode, Amay

 

 

 

 

 

La châsse de sainte Ode et de saint Georges est datée de vers 1240-1250. Elle remplace une châsse plus ancienne, réalisée au 12e siècle. Vers 1240 est également rédigée une Vie de sainte Ode, ce qui témoigne d’une volonté de remettre à l’honneur le culte de la sainte. 

Le décor de la châsse met en avant les saints tutélaires, qui occupent chacun l’un des pignons. Les versants du toit présentent chacun trois bas-reliefs, consacrés d’un côté à la vie de sainte Ode, de l’autre à celle de saint Georges. Les apôtres occupent les longs côtés. L’iconographie de la vie de sainte Ode met l’accent sur les qualités de la sainte (la charité, la piété), tandis que pour saint Georges, sont représentés un de ses hauts faits (le combat contre le dragon) et son martyr. L’iconographie de sainte Ode témoigne d’un courant de piété féminine nouveau au 13e siècle. 

Chose étonnante, la châsse d’Amay a une petite sœur jumelle : la châsse de sainte Ermelinde de Meldert en Brabant, vendue au 19e siècle et aujourd’hui conservée au trésor de la cathédrale d’Amiens (elle abrite maintenant des reliques de saint Firmin). Fort similaires, les deux châsses ont été réalisées dans le même atelier d’orfèvres à quelques années d’intervalle. 

Informations pratiques :

Adresse : Collégiale Saint-Georges et Sainte-Ode, Place Sainte-Ode, 4540 Amay

Visite de la collégiale, de la crypte (avec le sarcophage de Chrodoara) et du trésor sur rendez-vous.

Contact : M. Jean-Louis Matagne,  conservateur du musée communal ( jlmatagne@hotmail.com)

2 €/personne

Plus d’infos : http://amayarcheomusee.be

Hélène Cambier


Châsse de saint Remacle à Stavelot

Châsse de saint Remacle à Stavelot
Illu. Châsse de saint Remacle. Photo © KIK-IRPA, Bruxelles.

 

 

 

Art rhéno-mosan, vers 1250-1260

Bois, argent doré, alliage de cuivre, émaux, pierres, verroteries

94 x 207 x 58 cm

Eglise Saint-Sébastien de Stavelot

 

 

 

 

La châsse de saint Remacle, avec ses 2,07 mètres de long, est après la châsse des Rois mages le plus grand reliquaire orfévré médiéval. Remplaçant une châsse plus ancienne (du 12e siècle), elle a été réalisée vers 1250-1260 pour abriter les reliques de saint Remacle (vers 600-669), fondateur de l’abbaye de Stavelot. Elle est depuis longtemps considérée comme un important témoin de l’orfèvrerie de l’ancien diocèse de Liège et a très souvent été commentée par les historiens. 

Sur les longs côtés se tiennent les apôtres avec parmi eux, les saints Remacle et Lambert. Sur les autres côtés de la châsse, le Christ et la Vierge sont mis en évidence. Aux pignons, ils sont représentés trônant ; sur le toit, on trouve plusieurs scènes de la vie du Christ et de la Vierge (Annonciation, Nativité, Adoration des mages, Présentation au Temple, Cène, Christ en croix, Femmes au tombeau, Ascension). 

La châsse a été réalisée par plusieurs orfèvres différents. Parmi eux, on peut identifier un orfèvre venu d’Aix-la-Chapelle, qui avait pris part à la réalisation de la grande châsse aixoise de Notre-Dame. Les commanditaires ont voulu pour la châsse de Stavelot un artiste de renom, ayant participé à la châsse d’Aix, qui a dû fortement marquer les esprits à l’époque de sa réalisation. 

Informations pratiques

Adresse : Place du Vinâve, 4970 Stavelot

Accès : 01 juillet – 30 septembre, jeudi-vendredi-samedi-dimanche de 14 à 18h.

Visite guidée : 1 h à 1 h 30 (FR, NL, D) – 4 €/p en groupe de 20-25 personnes max. Réservation obligatoire.

Contact : +32 (0) 474 08 65 25

Plus d’informations : http://tourismestavelot.be/fr/eglise-st-sebastien

Hélène Cambier

CIPAR - Centre Interdiocésain du Patrimoine et des Arts Religieux