Le retable marial de l’église Saint-Nicolas d’Enghien
Il n’existe aucune source permettant de dater avec certitude le retable, caractéristique de la production anversoise des années 1530-1540. Des études dendrochronologiques réalisées par l’IRPA permettent de situer la date d’abattage de l’arbre vers 1530. Vingt-deux marques de mains (« hand » pour Antwerpen correspondant à la signature anversoise) ont été repérées dont certaines au sommet de la tête de plusieurs personnages. L'œuvre est attribuée au Français Robert Moreau qui travaillait à l’école anversoise.

Fiche d’identité :
Robert Moreau (?) (polychromie des sculptures) et Pieter I Coeck van Aelest (?) (volets peints)
Vers 1540
Chêne sculpté polychromé, volets et prédelle peints
l. 226 cm – L. 211 cm – P. 23 cm
Eglise Saint-Nicolas, Enghien
Classé le 10 mai 2010
Nous n’avons pas de trace du retable à Enghien avant son achat en 1835 par la duchesse Prosper-Louis d’Arenberg née Ludmilla Lobkowitz. Il est alors restauré par le peintre bruxellois Jean-François Thijs (1780-1866). Il garnira la chapelle castrale restaurée de l’ancien château d’Arenberg. Le peintre V.J. Genisson l’immortalisera dans son cadre en 1849. (Photo ci-contre)
Déplacé durant les deux guerres au couvent des Capucins, il trouvera finalement sa place en 1964 dans la chapelle Notre-Dame de Messines, dans le cadre de la rénovation de l’église Saint-Nicolas, pour des raisons de meilleure conservation.

La prédelle évoque l’arbre de Jessé. La partie centrale du retable est exclusivement dédiée à la Vierge et à l’enfance du Christ au travers de scènes où on ne trouve pas moins de 127 personnages sculptés.
Dans la partie inférieure on peut admirer, de gauche à droite, l’Adoration de l’Enfant Jésus par les bergers suivie de la Circoncision et l’Adoration des Mages.
Les trois scènes de la partie supérieure présentent le mariage de Marie et Joseph : au centre de la foule, le prêtre bénit Marie et Joseph les mains unies. On y voit aussi en miniature Adam et Eve au paradis terrestre s’apprêtant à manger le fruit défendu et chassés du paradis.

La scène centrale représente la Dormition et le Couronnement de la Vierge. La Vierge est couchée dans un lit à baldaquin et est entourée des apôtres, parmi lesquels saint André tenant un encensoir et saint Pierre officiant agenouillé. Elle est représentée agonisante tenant une chandelle allumée, pour symboliser la foi chrétienne. Cette composition est entourée de six petites scènes : l’Annonciation, la Visitation, le Songe de Joseph, le Massacre des Innocents, le Repos durant la Fuite en Egypte et la Fuite de la Sainte Famille en Egypte.
La narration se poursuit avec la Présentation de Marie au temple : Anne et Joachim, avec Marie au second plan, franchissent les marches du temple à la rencontre du grand prêtre Zacharie.
Les panneaux latéraux intérieurs sont peints et présentent à gauche la présentation au temple et le Miracle de la Houssine. Cet épisode montre la façon dont Joseph est choisi parmi de nombreux prétendants avec son rameau fleuri. A droite on peut voir les funérailles de la Vierge et son Assomption.
Le retable est protégé par un plexi qui ne permet plus sa fermeture et empêche de voir les peintures figurant sur les volets extérieurs. Celles-ci présentent la lignée de sainte Anne, mère de Marie, avec la descendance issue de ses 3 mariages.
Les panneaux centraux présentent la Vierge Marie accompagnée de l’Enfant Jésus, de Joseph et de Jean-Baptiste ainsi qu’Anne avec ses trois maris, Joachim, Cléophas et Salomé. Sur les panneaux latéraux, les deux autres Marie sont accompagnées de leur époux, Alphée et Zébédée, et de leur enfant.
Considéré comme un des plus beaux retables de Belgique, il est visible durant les heures d’ouverture de la chapelle (tel du secrétariat 02 395 92 36). Des visites guidées sont possibles sur rendez-vous à l’office du Tourisme (02 397 10 20).
Texte préparé par le Cercle Royal Archéologique d’Enghien sur base de l’article publié dans les Annales XLVI (2018)
Envie de la découvrir ? Informations pratiques d’accès à l’église : heures d’ouverture
Tous les jours de 9h30 à 17h de Pâques au 31 octobre
Envie d’en savoir plus ?
DE BORCHGRAVE D’ALTENA J. et MAMBOUR J., Retables en bois du Hainaut, Mons, 1968, pp. 42-47.
BUYLE M. et VANTHILLO C. (dir.), Retables Flamands et Brabançons dans les monuments belges, Bruxelles, 2000, pp. 160-163.
HENDERIKS V., Retable de la Vierge et de l’Enfance du Christ dans DELCOR Fr. (éd. resp.), Trésors classés en Fédération Wallonie-Bruxelles, coll. Protection du Patrimoine culturel, 1, Bruxelles, 2015, pp. 188-189.
NIEUWDORP H. (dir.), Antwerpse retabels. 15de-16de eeuw. I. Catalogue, Anvers, 1993.